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Lycée de Moorea, PSG, Somac...retour des questions orales à l'assemblée


Tahiti, le 24 avril 2024 – C'est le retour des questions orales à l'assemblée. L'occasion ce jeudi pour le Tapura d'interroger le gouvernement sur la “construction du lycée de Moorea ou plutôt son abandon” et sur le calendrier de mise en œuvre de la réforme de la protection sociale généralisée (PSG). Ahip s'intéresse au financement des établissements socio et médico-éducatifs, et l'élue Tavini, Élise Vanaa, s'inquiète de l'avenir des salariés de la Somac.
 
Quatre questions orales – dont une de la majorité – ce jeudi matin au menu de la deuxième séance de la session administrative à l’assemblée de la Polynésie qui doit notamment procéder au renouvellement des commissions (lire encadré). Quid du lycée d'Opunohu tant attendu par la population de Moorea ? C'est la question que compte poser l'élue du Tapura Tepuaraurii Teriitahi au ministre de l'Éducation Ronny Teriipaia . Plus d'un an après la pose de la première pierre le 3 mars 2023 sous l'ancienne mandature, le chantier est à l'arrêt. Les travaux n'ont même jamais commencé alors que le projet était pourtant “abouti et prêt à être lancé”. Mais à son arrivée aux manettes du Pays, le gouvernement Brotherson souhaitant faire des économies a actionné le frein à main de nombreux projets, à l'instar de celui-ci qu'il estimait trop coûteux.
 
“Aussi, l'architecte vous a proposé de phaser la construction afin qu'elle ne soit pas abandonnée, mais il attend toujours votre réponse. Et nous aussi d'ailleurs”, demande ainsi la représentante Tapura qui rappelle que des “dizaines de millions” de francs ont déjà été injectés pour les études et le concours d'architecture. De l'argent public jeté par les fenêtres ? La question est posée. Et entre l'ouverture de classes de seconde envisagée par le gouvernement dans les collèges de Moorea ou encore la transformation d'une partie du collège de Taunoa pour accueillir les internes de l'île Sœur, la représentante demande des comptes. “Là encore, c'est le flou total”, dénonce-t-elle.
 
Solidarité et subventions
 
Mais c'est Édouard Fritch qui ouvrira le bal de ces questions orales en interpellant le président Moetai Brotherson sur le “calendrier raisonnable” qu'il a proposé pour la mise en œuvre de la réforme de la PSG, mais “dont personne n'a encore connaissance”. Le patron du Tapura tient à rafraîchir la mémoire “défaillante” ou “à tout le moins sélective” du président Brotherson sur ce dossier. Édouard Fritch lui rappelle notamment avoir présenté une “réforme en profondeur” de la PSG en 2021 reposant sur trois piliers, à savoir la gouvernance, le financement et les prestations.
 
Premier pilier coché rapidement. Concernant le financement, et en attendant la mise en place d'une protection sociale universelle pérenne, il fallait parer au plus pressé et la fameuse “TVA sociale” était adoptée par la majorité Tapura de l'époque. Depuis, rétropédalage du gouvernement actuel qui a acté sa suppression. Promesse de campagne tenue. Mais l'équilibre des comptes sociaux était remis en question et préoccupe toujours les partenaires sociaux qui, selon Édouard Fritch, “envisagent désormais d'augmenter les charges sociales afin de compenser une perte estimée à 9 milliards de francs”. Une mesure qui réduirait le pouvoir d'achat des travailleurs polynésiens tout en augmentant le coût du travail, s'inquiète l'élu Tapura qui demande au président du Pays de lui “indiquer les axes de sa réforme”.
 
Pour rester dans le domaine de la solidarité et du côté de la minorité, Nicole Sanquer pour A here ia Porinetia (Ahip) interrogera la ministre Chantal Minarii Galenon sur la “situation inquiétante et alarmante” des établissements socio-éducatifs et médico-éducatifs subventionnés à hauteur de 80 à 90% par le Pays via la branche handicap du régime de solidarité de la Polynésie française (RSPF). Or, aujourd'hui, ils n'ont toujours pas reçu un franc et la représentante demande à la ministre “les raisons du retard de versement de ces subventions” et comment elle compte “résoudre ce problème extrêmement urgent”.
 
Piqûre de rappel d'Élise Vanaa
 
Enfin, c'est la présidente de la commission de l'Économie, Élise Vanaa, qui clôturera cette séance de questions orales en s'adressant au président du Pays. Elle s'inquiète, tout comme “la majorité des élus de notre assemblée”, de l'avenir des 90 salariés de la Somac qui risquent de se retrouver sur le carreau suite à la fermeture de la société de construction.
 
Rappelant “les enjeux de cherté de la vie et de protection sociale” qui se “posent en termes concrets” pour ces familles, l'élue Tavini demande ainsi au président Brotherson de quelle manière il peut intervenir avec l'aide de l'assemblée. Elle ne manque en effet pas non plus de lui rappeler que la majorité Tavini lui a renouvelé son soutien le 11 avril dernier en se levant comme un seul homme pour répondre à sa demande de “motion de confiance” et faire taire les mauvaises langues. Si les dossiers étudiés jeudi matin ne seront pas bien palpitants, la séance de question orales promet au moins d'être riche en enseignements.

Renouvellement des commissions : sucettes et punitions

Pour cette deuxième séance de la session administrative, rien de bien folichon le matin avec deux projets de délibération pour des modifications à la marge et deux projets de résolution portant sur le classement du 'ori tahiti au patrimoine culturel immatériel de l'Unesco et sur celui du “bien mixte en série ‘Te Henua Enata - les îles Marquises’” au patrimoine mondial de l'Unesco. L'après-midi sera consacré au renouvellement des neuf commissions législatives de l'assemblée comme l’impose annuellement le règlement intérieur de l'institution. Il faut savoir que l'attribution des présidences de commissions est un moment important pour les élus qui peuvent ainsi disposer d'un crédit supplémentaire. Une façon d'attribuer des “sucettes” aux bons élèves donc, mais aussi de réprimander ceux qui n'auraient pas respecté la ligne du parti. En ce sens, on peut se demander si Hinamoeura Morgant-Cross, dont certains élus de sa majorité lui reprochent le franc-parler, conservera sa commission des Institutions. Jointe par Tahiti Infos, elle est actuellement à Oslo pour parler de nucléaire et ne sera pas à Tarahoi jeudi. Elle nous a indiqué avoir candidaté mais ne pas avoir eu de retour. Enfin, il sera intéressant de voir si la majorité restera magnanime en continuant d'accorder la présidence d'une commission à l'opposition.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Mercredi 24 Avril 2024 à 18:30 | Lu 2262 fois