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Liban: les recherches se poursuivent après le naufrage d'un bateau de migrants


Lebanese Army Website / AFP
Lebanese Army Website / AFP
Tripoli, Liban | AFP | lundi 25/04/2022 - Les recherches se poursuivent lundi en Méditerranée orientale où une trentaine de personnes sont portées disparues après le naufrage d'un bateau de migrants surchargé, pourchassé par la marine libanaise au large de Tripoli, dans le nord.

Le corps d'une femme a été retrouvé lundi matin, portant à sept le nombre de victimes de ce drame survenu samedi soir. Il a provoqué une vive colère au Liban à trois semaines des élections législatives.

Les départs de bateaux transportant illégalement des migrants, syriens, libanais ou autres se sont multipliés depuis le Liban, pays plongé dans une crise économique sans précédent. Mais les naufrages meurtriers sont rares.

Selon le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), au moins 84 personnes se trouvaient à bord de l'embarcation partie samedi de la région de Qalamoun, au sud de Tripoli, avant de faire naufrage à trois miles nautiques (environ 5,5 km) des côtes libanaises.  

"Le corps d'une femme de la famille Al-Nimr a été retrouvé aujourd'hui sur une plage de Tripoli", a déclaré à l'AFP le directeur général du port de cette grande ville du nord du Liban, Ahmed Tamer, ajoutant que les opérations de secours se poursuivaient.

Jusqu'ici, 48 personnes ont été secourues, selon l'armée libanaise. La plupart des migrants sont des Libanais, mais le bateau transportait également des réfugiés syriens et palestiniens, selon la même source.

Selon le HCR, 30 personnes seraient encore portées disparues.

Vague de départ 

Les circonstances du naufrage restent encore floues: des survivants accusent la marine libanaise d'avoir intentionnellement percuté leur bateau avec leurs navires, alors que les autorités affirment que le capitaine de l'embarcation a lui-même heurté les patrouilles pour tenter de s'échapper. 

Le Liban était naguère un point de transit pour les demandeurs d'asile de la région qui espéraient atteindre par la mer les côtes de l'île de Chypre, membre de l'Union européenne, à 175 kilomètres.

Cependant, une crise économique sans précédent qui a provoqué une hyperinflation et plongé des millions de personnes dans la pauvreté pousse un nombre croissant de Libanais à tenter la périlleuse traversée.

Selon l'ONU, au moins 38 bateaux transportant plus de 1.500 personnes ont quitté ou tenté de quitter illégalement le Liban par la mer depuis 2020. Depuis janvier, au moins trois embarcations transportant 64 migrants clandestins ont quitté le Liban, et deux ont été interceptées avant leur départ, selon la même source.  

"La crise économique au Liban a entraîné l'une des vagues de migrations les plus massives dans l'histoire du pays", a déclaré dimanche soir Mathieu Luciano, directeur du bureau de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) au Liban, dans un communiqué.

Colère grandissante 

Au port de Tripoli, les frères Abdelkarim et Mahmoud Dandashi attendent anxieusement des nouvelles de huit de leurs proches qui étaient à bord du bateau naufragé.

"Ils voulaient trouver refuge dans un pays européen, où on a pitié des gens. Ici, on tue les gens", a déploré Abdelkarim.

"Si vous ne mourez pas de faim (dans ce pays), vous mourez en mer", a-t-il ajouté.

Tripoli, l'une des villes les plus pauvres du Liban avec une histoire émaillée de violences sectaires, a été durement impactée par la crise économique. Samedi, après le drame, l'une des principales routes menant à Tripoli a été coupée par des manifestants.

Dimanche soir, une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montrait le ministre de l'Energie, Walid Fayad, pris à partie dans une rue de Beyrouth avant de se faire violemment pousser contre un mur par un homme en colère, dénonçant les conditions de vie au Liban.

Une autre vidéo, également très partagée sur les réseaux sociaux, montre une banderole accrochée devant un luxueux yacht amarré à Nice (sud-est de la France), appartenant au Premier ministre, Najib Mikati, sur laquelle il est écrit: "Les habitants de Tripoli se font assassiner par le propriétaire de ce yacht".

Avec une fortune estimée à 2,7 milliards de dollars, selon le magazine Forbes, M. Mikati, originaire de Tripoli, est perçu par beaucoup au Liban comme l'un des symboles d'un pouvoir accusé de corruption et de népotisme, et soupçonné d'enrichissement illicite.

le Lundi 25 Avril 2022 à 03:59 | Lu 119 fois