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“Les six parlementaires polynésiens travaillent ensemble”


Tahiti, le 6 septembre 2022 – Premier député européen en Polynésie française depuis un certain Gaston Flosse en 1984, le président du Te Nati-Rassemblement national polynésien Éric Minardi a débuté officiellement son mandat le 29 juillet dernier. Avant son départ pour la prochaine session parlementaire à Strasbourg, il explique comment il entend utiliser ses nouvelles fonctions politiques pour porter les intérêts de la Polynésie au niveau européen.
 
Cela fait désormais quatre mois que vous êtes député européen, concrètement comment travaille-t-on pour la Polynésie depuis Strasbourg ou Bruxelles ?

“Un député européen peut travailler avec le gouvernement local, mais aussi avec les autres parlementaires nationaux de la Polynésie française. C'est ce qui s'est passé récemment au Syndicat pour la promotion des communes (SPC), avec Cyril Tetuanui et Antony Géros. J'ai beaucoup apprécié que nous soyons tous les six parlementaires polynésiens à travailler ensemble avec une même volonté tournée vers le développement de la Polynésie. Sachez également que lorsque Lana Tetuanui m'a téléphoné à Paris pour me féliciter, elle m'a aussi expliqué qu'elle portait un texte sur le toilettage du statut des agents communaux polynésiens qui devait passer à l'Assemblée nationale. Et elle souhaitait savoir si le groupe du Rassemblement national au Palais Bourbon pouvait voter ce texte. J'ai donc appelé Marine Le Pen qui, fort logiquement, m'a répondu immédiatement qu'il n'y avait pas de problème. Et nos 89 députés ont voté ce texte à l'Assemblée nationale. Mon seul cap, c'est la Polynésie française. Et même s'il s'agit des députés indépendantistes du Tavini, si leurs propositions vont dans le bon sens, dans l'intérêt des Polynésiens, il va sans dire que je mon parti politique et moi-même suivrons et accompagnerons sans problème leurs demandes.”
 
Le fait que vous ne soyez pas du même bord politique n'a pas empêché de travailler avec d'autres représentants nationaux de la Polynésie ?

“Non, ça n'a pas été le cas. Au contraire. Lorsqu'on a fait la réunion au SPC, Cyril Tetuanui m'a demandé si ça ne me dérangeait pas que l'on fasse cette réunion en langue tahitienne. Je lui ai dit que j'avais quelques difficultés à tout comprendre, mais que je n'y voyais pas d'inconvénients. À ce moment, Moetai Brotherson m'interpelle pour me dire que, même s'il ne partage pas mes idées, il apprécie que depuis que je suis arrivé en Polynésie je n'ai jamais changé de cap. (…) Eh bien, toute la réunion s'est finalement faite en langue française. J'ai énormément apprécié cet égard. Nous avons à l'Assemblée nationale et au Sénat des gens intelligents. Nous pouvons nous combattre politiquement, mais nous respecter une fois les élections passées.”
 
Vous avez également travaillé avec le gouvernement sur des dossiers précis à relayer au Parlement européen ?

“Pas encore, mais je dois rencontrer Édouard Fritch et une partie de son staff ce mercredi après-midi. Avec le délégué aux affaires internationales et européennes, Manuel Terai, nous devrions pouvoir travailler sur les dossiers qui sont déjà dans les tiroirs et que je pourrai porter au niveau de l'Union européenne. Bien entendu, il me faut des dossiers chiffrés et surtout étayés. Je ne peux pas arriver au Parlement européen en leur disant, par exemple, que les dégâts causés par la dernière houle ont coûté 400 millions de Fcfp. Il me faut un dossier, un chiffrage, des explications. Je ne peux pas demander à l'Union européenne de me faire un chèque de 400 millions de Fcfp ou de 3,2 millions d'euros.”
 
Il y a d'autres sujets sur lesquels vous avez été saisi pour porter la voix de la Polynésie française à Strasbourg ?

“Essentiellement des problèmes d'eau potable et d'assainissement dont on m'a parlé au niveau des communes. Il y a aussi des projets, notamment à Bora Bora, pour un musée militaire porté par Jean-Christophe Shigetomi. Mais pour l'instant, je n'ai pas véritablement de dossiers très étayés là-dessus non plus. (…) J'insiste sur le fait que je n'ai finalement que peu de temps, puisque je m'apprête à vivre ma première véritable séance et que nous revotons en 2024 pour les élections européennes. Je n'ai donc qu'un an et demi devant moi pour bien travailler, c'est pour ça qu'il ne faut pas perdre de temps.”
 

Rédigé par Antoine Samoyeau le Mardi 6 Septembre 2022 à 16:38 | Lu 2289 fois