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Les salariés de Sabena Technics se sentent "abandonnés"


Tahiti, le 12 mai 2021 – Plan social, reprise de leurs contrats, maintenance des Casa...? Les salariés de Sabena Technics, en grève depuis vendredi dernier, n'ont aucune information concrète sur leur avenir à un mois et demi de la fin annoncée de leur activité.
 
En grève depuis vendredi dernier, les salariés de Sabena Technics à Faa'a se désolent aujourd'hui du "flou" qui entoure toujours leur situation. Depuis mars dernier, leur société a perdu le marché national de l'entretien des avions Gardian au profit de la société suisse, Jet Aviation. Un deuxième appel d'offres concernant l'entretien des Casa est également en cours d'examen, pour un marché qui devrait être attribué en juin. Les deux contrats de maintenance prenant fin au 30 juin prochain, l'activité des 95 salariés de l'antenne locale de la société française est menacée.
 
Depuis cinq jours, 68 salariés de l'entreprise sont en grève à l'appel d'une intersyndicale CSTP-FO, CSIP, O oe to oe rima, Otahi et Unsa. Mais depuis cinq jours, les grévistes regrettent surtout de n'avoir toujours aucune information sur leur avenir. "On n'a pas d'écrit de la direction. Pas de proposition. On nous parle d'un plan social qui concernerait 70 salariés si Sabena gagne le marché Casa et 95 personnes si Sabena perd le marché. Mais on n'a aucune proposition écrite et concrète", explique un délégué syndical. Dimanche, les salariés ont rencontré le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu. Mardi, la ministre du Travail, Nicole Bouteau. Mercredi matin, le député Moetai Brotherson est allé à leur rencontre. A chaque fois les salariés se disent réellement satisfaits d'être entendus et écoutés, mais n'en restent pas moins avancés sur un futur qui se rapproche.
 
L'espoir d'une reprise des contrats
 
Parmi les problèmes rencontrés, celui de la dépendance d'un inspecteur du travail "militaire" basé en métropole. La ministre du Travail, Nicole Bouteau, a néanmoins accepté de demander à l'inspection du travail locale d'assurer un relai avec son homologue de l'hexagone pour permettre aux salariés de disposer d'un interlocuteur.
 
Autre problème, la question de l'application d'une loi du Pays imposant au repreneur de l'activité de Sabena Technics de reprendre l'ensemble des contrats en cours. La fameuse LP 1212-5 du code du travail qui édicte : "S'il survient une modification dans la situation juridique de l'employeur, notamment par succession, vente, fusion, transformation de fonds, mise en société, tous les contrats de travail en cours au jour de la modification subsistent entre le nouvel employeur et les salariés de l'entreprise."
 
Dans son offre de février dernier, Jet Aviation disait avoir "pris connaissance du fait que le personnel actuellement en place sera transféré au nouveau titulaire du marché". La direction locale de Sabena Technics a adressé un courrier le 26 avril dernier pour rappeler cet engagement et la législation locale à Jet Aviation. Mais la réponse de Jet Aviation du 30 avril dernier a jeté un froid : "Il n'a jamais été question pour la société de reprendre les contrats de travail des salariés sur les sites de Faa'a et de La Tontouta (Nouvelle-Calédonie)."
 
Abandon
 
Mercredi après-midi, les cinq délégués syndicaux de Sabena Technics attendaient un rendez-vous avec un conseiller du président du Pays. Rendez-vous manqué, puisque seuls leurs représentants de la CSIP et de l'Unsa, Cyril Le Gayic et Diana Yien Kow, ont été reçus. Et sans davantage de garanties à la sortie de l'entretien.
 
"95 salariés, c'est 95 familles qui vont être dans la rue. Il y a des familles dont le conjoint ou la conjointe ont perdu leur travail à cause du Covid. Comment ils vont faire aujourd'hui ?", alertait l'un des délégués syndicaux mercredi devant la présidence. "Oui, on a peur. On n'a aucun espoir. Personne ne peut nous dire aujourd'hui avec certitude qu'on sera repris par Jet Aviation."
 

Jérome Maurin, délégué syndical Otahi : "On veut savoir"

Dans quel état d'esprit êtes-vous après cinq jours de grève ?
 
"Depuis le début de cette grève, les salariés ont l'impression d'être abandonnés. Abandonnés à la fois par la direction, parce qu'aujourd'hui il n'y a aucune information par rapport à l'avenir des salariés, et par rapport au gouvernement dont nous attendons des actions pour protéger nos emplois. On attend un grand soutien de nos politiciens."
 
Vous attendez une réponse claire sur la reprise de vos contrats ?
 
"Aujourd'hui les salariés se positionnent sur cette loi LP 1212-5 qui impose au repreneur de reprendre les contrats des salariés, mais actuellement nous n'avons pas d'information confirmant cette reprise. Et malgré nos nombreuses demandes, nous sommes toujours dans le flou sur cette loi du Pays. Nous demandons à ce que les instances se positionnent vraiment sur le sujet. Le repreneur doit-il reprendre les salariés ? On veut savoir. Aujourd'hui, on nous dit oui. On nous dit peut-être. Et Jet Aviation n'a pas l'air d'avoir l'obligation de le faire."
 

Rédigé par Antoine Samoyeau le Jeudi 13 Mai 2021 à 12:28 | Lu 3369 fois