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Les remorqueurs bloquent la rade de Papeete


Tahiti, le 3 janvier 2024 – En attendant la reprise des négociations avec la direction du port, les agents grévistes du service armement ont positionné en rade de Papeete, mercredi matin, deux remorqueurs qui interdisent l’entrée du port aux gros navires. Le Pays menace d’engager une procédure pour débloquer la situation. Une rencontre est proposée à la présidence dans la journée.
 
C’est un barrage filtrant qui s’est mis en place dans la nuit, en rade de Papeete. Après l’échec des négociations avec la direction du Port autonome, mardi soir, et sans date pour une reprise des discussions, les agents grévistes du service armement ont décidé de poster deux remorqueurs à l’entrée de la rade de Papeete. “Pour le moment, on laisse passer le trafic Moorea”, indique l’un des marins grévistes. “Mais l’entrée du port est interdite aux gros navires.”
 
Mardi, avec la direction du Port autonome, si quatre des cinq points du préavis de grève auraient pu donner lieu à un accord, les discussions ont achoppé sur le point clé qui a motivé le mouvement social : la mise en place d’un vrai roulement 24/48 pour les équipages des remorqueurs avec le passage de l’effectif du service à 18 agents, là où ils ne sont plus que 14 au 1er janvier 2024. D’après nos informations, la direction était prête à porter l’effectif du service à 18 marins mais ne veut rien entendre sur l’application d’un roulement 24/48 qui est pourtant présenté comme le gage d’un fonctionnement harmonieux du service, avec l’aménagement de plages horaires définies pour le repos des officiers.
 
La grève a donc été décidée. Problème : ce mouvement social ne fait pas l’unanimité au sein du service armement. Mercredi, les quatre agents non-grévistes du service étaient en mesure d’assurer la mission opérationnelle des remorqueurs pour assister les manœuvres en rade des navires de plus de 100 mètres. D’où le coup de force décidé dans la nuit par les agents grévistes, alors qu'un cargo CMA-CGM transportant 400 conteneurs a dû retarder son arrivée à Papeete.
 
Menace de référé
 
Une cellule de crise a été mise en place tôt mercredi matin au port. Dans un entretien avec les grévistes, le président Moetai Brotherson a émis la proposition d’une rencontre organisée sous son autorité dans la journée à la présidence pour trouver une issue négociée à ce mouvement. “Il faut se rendre compte qu’ils sont dans l’illégalité la plus totale : on a le droit de grève mais pas dans ces conditions-là”, explique Moetai Brotherson. “Les grévistes utilisent un matériel qui appartient au Pays, pour bloquer le port, et il se trouve qu’un des deux remorqueurs est manœuvré par un agent qui n’a pas le statut de capitaine.”
 
Sans évolution rapide de la situation, le président du Pays entend saisir la justice d’une action en référé pour forcer la libération de la rade de Papeete, avec l’appui des forces de l’ordre. “Et on n’exclut pas d’engager une procédure au pénal pour acte de piraterie”, menace-t-il aussi. “Mais on ne veut pas en arriver là.”

Du côté des grévistes, on attend d'avoir la certitude de ne pas être interpellé dès l’arrivée à terre, dans l’hypothèse d’une levée du blocage avant reprise des négociations à la présidence. Et sur ce point, le président se veut rassurant : “On n’est pas des sauvages quand même.”

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Mercredi 3 Janvier 2024 à 07:36 | Lu 4083 fois