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Les plantes tinctoriales de Polynésie



Depuis des siècles, dans tout le triangle polynésien, les tapa fabriqués à partir d’écorces battues étaient teints à partir des plantes tinctoriales de nos îles. Sur notre photo, un ancien tapa tongien.
Depuis des siècles, dans tout le triangle polynésien, les tapa fabriqués à partir d’écorces battues étaient teints à partir des plantes tinctoriales de nos îles. Sur notre photo, un ancien tapa tongien.
TAHITI, le 7 août 2020 - De tous temps, les hommes ont appris à utiliser les ressources que leur offrait la nature pour s’embellir ou embellir leur environnement, leurs vêtements, leurs outils... Les Polynésiens, bien entendu, n’ont pas fait exception et bien avant l’arrivée des Européens, ils maîtrisaient l’art et la manière d’obtenir les couleurs dont ils avaient besoin. La venue des explorateurs, missionnaires et autres colons n’aura fait qu’enrichir encore un peu plus leur palette.

Paul Pétard, dans son livre référence (“Plantes utiles de Polynésie”, Edition Haere Po) a listé un certain nombre de plantes tinctoriales puisque c’est ainsi que l’on qualifie les plantes susceptibles de fournir des couleurs, après préparation. Il en a recensé très exactement dix, mais il s’est volontairement limité aux plantes les plus utilisées jadis par les premiers Polynésiens. Nous en avons rajouté quelques autres, dont l’usage est peu connu ou qui, justement n’ont pas d’usage systématique en Polynésie française car d’introduction trop récente. Vous le constaterez au fil de ces photos, la palette de couleurs que nous offre la nature est très large.
Si vous êtes à la recherche de teintes authentiques, naturelles, ne devant rien à la chimie, alors ces présentations sont pour vous...

Musa troglodytarum (Fe’i) 

L’une des plantes tinctoriales les plus connues est bien sûr le fe’i de nos vallées et montagnes. Dès 1857, Gilbert Cuzent, dans un article, soulignait le large usage de la sève rouge de ce bananier. On dit volontiers que c’est en trempant leurs crayons taillés avec de fins bambous dans la sève de troncs de fe’i que les Tahitiens recopièrent la première Bible en reo maohi.
En fait, les travaux de Cuzent ont mis en exergue qu’avec une quinzaine de sels métalliques, cette sève permettait d’obtenir à peu près toutes les couleurs de l’arc-en-ciel : rouge, bleu, jaune, vert, lilas...

Ficus tinctoria var. tinctoria (mati)

Comme son nom scientifique l’indique, le mati est une plante tinctoriale ; avec ses petites figues rouges, mixées avec un produit alcalin (soude, lessive), on obtient une couleur jaune indélébile. Mais sa vraie particularité est de produire un rouge vif superbe si l’on mélange ces figues bien mûres avec des feuilles broyées de Cordia subcordata (tou). Evidemment, avec des produits chimiques plus sophistiqués, on obtient d’autres couleurs, comme le vert, le jaune ou l’orange.

Inocarpus fagifer (mape)

Les gourmands qui se régalent de mape bien chauds ne soupçonnent sans doute pas tous qu’avec la sève de l’arbre, incisé, on obtient une teinture rouge rubis qui a fait surnommer le mape “toto mape”, toto signifiant sang en reo maohi. On peut également obtenir cette couleur très vive en incisant de jeunes fruits verts, mais les quantités sont évidemment bien moindres que sur un tronc d’arbre.

Bixa orellana (roucou)

Introduit en 1845 à Tahiti par le docteur Johnstone, le roucouyer aurait pu connaître un très vif engouement mais il n’en a rien été ; seules les jeunes vahine aimaient se servir des petites graines mûres comme d’un rouge à lèvres, garanti sans produits chimiques ! En revanche, aux Marquises, les graines rouges ont eu plus de succès puisque pilées au penu, mélangées à de l’huile de coco, elles offraient alors un remarquable colorant pour “habiller” les danseurs ; mélangées avec des feuilles de tou additionnées d’eau, on obtenait un colorant rouge écarlate idéal pour les tapa. Le terme Peaux-Rouges pour désigner les Indiens vient de l’usage très répandu du roucou dans le Nouveau Monde, les Indiens Colorados (Tsa'chila), en Équateur, continuant à porter sur la tête une galette de cheveux agglutinés par une graisse rouge teintée grâce aux graines de roucou.

Asclepias curassavica (tirita)

Aujourd’hui peu répandue à Tahiti (elle est une plante envahissante à l’île de Pâques), l’asclépiade n’a jamais eu une utilité majeure après son introduction en 1839 par George Osmond. Malgré tout, des racines, en fonction des préparations, on obtenait deux couleurs, le jaune et le rouge.
Originaire d’Amérique tropicale, la plante qui ne dépasse guère un mètre de haut est parfois surnommée herbe à papillons, car elle attire les beaux monarques orange (Danaus plexippus) et même les bolinas plus foncés, Hypolimnas bolina (tout comme les lantanas).

Tectona grandis (teck)

Bien peu de personnes savent que le teck, ce bois si précieux s’acclimatant parfaitement bien à la Polynésie française, présente d’autres attraits que son remarquable bois imputrescible. Avec les jeunes feuilles et avec l’écorce des racines, en prenant soin d’utiliser un “mordant” (un adjuvant chimique en teinture), on obtient des nuances allant du marron au jaune, en passant par le rouge et le orange ; une teinture précieuse car rare, utilisée pour certains papiers en Asie (d’où est originaire cet arbre) mais aussi et surtout pour les textiles (soie, coton, laine).

Melastoma malabathricum (motu’u)

Originaire d’Asie essentiellement, le rhododendron de Malabar ou de Singapour a très mauvaise réputation car il est classé comme plante envahissante dans de très nombreux pays. Si ses feuilles sont utilisées contre les diarrhées et la dysenterie, comestible son fruit sert à teindre le coton (et les autres tissus d’ailleurs) en bleu. Il permet aussi d’obtenir une couleur plus foncée, quasiment noire.

Clitoria ternatea (pois bleu)

Et oui, cette petite liane souvent envahissante sur nos clôtures et grillages (qui tire son nom de l’anatomie féminine) permet d’obtenir un très beau bleu ; avec ses petites fleurs aux formes si suggestives, une fois séchées et réduites en poudre, on peut teindre son thé (ou son riz, ou ses pâtes !), tandis que pour colorer des tissus, on se servira de ses racines. En réalité, la plante originaire d’Asie tropicale a mille et un usages en pharmacopée traditionnelle : analgésique, calmant, antidiabétique, collyre anti-inflammatoire, antistress, anxiolytique, antidépresseur, anticonvulsif... C’est également une petite plante très recherchée en cosmétologie ; elle promet aux femmes de garder à leur peau son éternelle jeunesse...
Localement, quelques fleurs teinteront votre eau de coco d’un superbe bleu. Effet garanti !

Bauhinia purpurea (arbre aux orchidées)

Originaire d’Inde ou de Birmanie, les bauhinias sont de très beaux arbres ornementaux recherchés dans les espaces publics pour la qualité de leurs fleurs.
Dans certains pays d’Asie, on se sert de l’écorce pour obtenir une teinture marron, certains cosmétiques utilisant cette couleur pour accentuer le bronzage. En Inde, en utilisant un “mordant” (un réactif chimique), on obtient avec l’écorce de l’arbre à orchidées un très beau rouge et un rose pourpre soutenu. Enfin avec les fleurs fraîches, on obtient un colorant rose-violet (par application directe sur le tissu à teindre).

Etlingera cevuga (opuhi mou’a)

Voilà sans doute sinon le plus esthétique, du moins le plus volumineux représentant indigène de la vaste famille des Zingibéracées. La plante ressemble beaucoup à la rose de porcelaine (Etlingera eliator), mais contrairement à cette dernière, elle ne produit pas une inflorescence au bout d’une longue hampe mais une fleur qui se développe très près du sol.
Si les rhizomes et les tiges sont rouge carmin, ils n’ont pourtant aucun pouvoir tinctorial. Celui-ci se trouve dans les feuilles qui doivent être écrasées avec un penu et mélangées à des écorces de nono (Morinda citrifolia) et à des amandes de tamanu râpée. On obtient alors un très beau jaune d’or qui se fixe parfaitement sur les textiles, mais aussi les tapa et les more des danseurs.

 

Alpinia purpurata (opuhi)

Cet opuhi, une Zingibéracée introduite à l’époque moderne par les Européens, est devenu une des plantes phares des bouquets polynésiens (variétés roses ou rouges). Ses feuilles passent pour avoir les mêmes propriétés que celles de l’opuhi mou’a (Etlingera cevuga), mais il n’était bien évidemment pas utilisé pour ses propriétés tinctoriales dans les temps anciens.

Curcuma longa (re’a)

Voilà sans doute l’une des plantes les plus généreuses de nos forêts puisqu’elle a des usages en gastronomie, en médecine et qu’en outre, elle possède de remarquables propriétés tinctoriales. La couleur que l’on obtenait avec les rhizomes était un jaune vif extrêmement apprécié aux temps anciens. A noter qu’en Asie, les robes de certains bonzes sont également teintées à partir de Curcuma longa (les couleurs variant selon les préparations d’un jaune clair à un orange très soutenu).

Indigofera suffruticosa (indigotier)

L’indigotier est devenu dans les îles polynésiennes, une mauvaise herbe envahissant les bords de routes et de pistes, notamment aux Marquises.
D’introduction moderne (par les Européens), cette plante est probablement originaire d’Inde, sa multiplication par l’homme ayant rendu ses origines incertaines. D’une extraordinaire robustesse, le petit indigotier produit des fruits en moins de trois mois. C’est à partir des feuilles de ce buisson que l’on obtient la fameuse couleur “bleu indigo” qui fait la joie de tous les porteurs de jeans. Il suffit de faire fermenter les feuilles de l’indigotier puis de laisser la solution obtenue s’altérer à l’oxygène (en y ajoutant de la chaux) pour obtenir ce bleu recherché dans le monde entier depuis des siècles. L’indigotier n’était pas utilisé par les Polynésiens et il ne l’est d’ailleurs toujours pas.

Aleurites molucacca (noix de bancoul, ti’a’iri)

Arbre “national” de l’Etat de Hawaii, le bancoulier est toujours un arbre aux multiples usages ; son bois était très recherché. Avec ses noix, on éclairait les fare ; l’huile de bancoul est un puissant cicatrisant et la plante tout entière a de multiples usages en médecine traditionnelle. Avec le suc de l’écorce fraîche, on obtient une couleur rouge tirant sur le brun. Le chlorure ferrique permet d’obtenir une teinture noire de cette même écorce, tandis que les amandes brûlées, pilées et mélangées à de l’huile permettaient aux tatoueurs d’obtenir la couleur foncée de leurs tatouages.

Casuarina equisetifolia (aito)

Réputé pour sa robustesse, sa dureté et sa résistance aux tarets et autres vers xylophages, le aito est un arbre qui jouait un rôle important dans la médecine traditionnelle polynésienne, mais une partie de son bois avait un usage pour teinter de brun les tapa : pour cela, les anciens récupéraient la sève colorée en rouge foncé de l’aubier (partie du tronc située entre le bois de cœur et la partie la plus externe du tronc) ; avec celle-ci, après préparation, ils obtenaient une teinture marron appelée hiri.

Morinda citrifolia (nono)

Arbre ou plutôt arbuste omniprésent en Polynésie française, le nono est une plante tinctoriale réputée. Ses racines contiennent en effet de la morindone entre autres colorants. Tapa, more, tissus incolores, après trempage, se paraient alors d’un splendide jaune citron résistant aux lavages.
En présence de produits alcalins (soude ou chaux éteinte par exemple) la couleur vire au rouge.
Avec l’écorce externe des fruits bien mûrs, on obtient par broyage avec des feuilles de opuhi mou’a (Etlingera veruga) une très belle teinte jaune, que l’on rend indélébile par adjonction d’amande de tamanu râpée.

Psidium guajava (goyave)

Peu ou pas utilisés en Polynésie à des fins tinctoriales, les jeunes fruits du goyavier, broyés puis placés dans de l’eau froide, permettent d’obtenir un colorant brun-rougeâtre, parfois utilisé en Asie pour teindre des vêtements ou plus souvent en peinture.

Hibiscus rosa-sinensis (hibiscus)

On obtient assez facilement une belle teinture allant du rouge au violet à partir des fleurs fraîches qu’il convient d’appliquer directement sur la surface à colorer.
Dans certains pays d’Asie, jadis, on frottait les pétales des fleurs délicatement sur les pages des manuscrits, ce qui les protégeait des insectes comme les termites.

Areca catechu (palmier à noix d’arec)

Très beau palmier ornemental, cette Arécacée n’a pas d’utilité en Polynésie alors qu’en Extrême-Orient, les noix d’arec, mélangées à des feuilles de bétel (liane de la famille du poivre) sont sempiternellement mâchées sous forme de chique donnant du tonus à ses utilisateurs. Avec ces mêmes noix, on obtient un superbe colorant rouge cuivre : il suffit de broyer les noix, de les mélanger à de l’eau et de laisser le tout reposer quelques heures. Un ajout de chaux à la solution lui donne tout son rouge, très recherché dans certaines régions.


A lire
  • Pardon Daniel (2005) : Guide des fruits de Tahiti et ses îles (Ed. Au vent des îles)
  • Pardon Daniel (2006) : Guide des fleurs de Tahiti et ses îles (Ed. Pacific Promotion Tahiti SA)
  • Pardon Daniel (2016) : Les graines bijoux de Tahiti et ses îles
  • Pardon Daniel : (2017 : Guides des fruits de Tahiti et ses îles (Ed. Au vent des îles). Nouvelle édition enrichie
  • Pétard Paul (1986 et 2019) : Plantes utiles de Polynésie (Ed. Haere Po)
  • Whistler W. Arthur (2009) : Plants of the Canoe People (National Tropical Botanical Garden Lawai, Kaua’i, Hawai’i)
  • Whistler W. Arthur (2000) : Tropical Ornemental (Timber Press)

Rédigé par Daniel Pardon le Jeudi 6 Août 2020 à 11:59 | Lu 1597 fois





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