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Les nouveaux éclairages de Haere Pō


TAHITI, le 6 octobre 2022 - A Tahitian and English Dictionary, Journal d’un voyage à Tahiti et en Océanie et Kena, la légende du tatouage marquisien sont les trois ouvrages qui viennent d’être publiés par Haere Pō. Ils nourrissent la Polynésie, son histoire et ses langues.

Les éditions Haere Pō viennent de publier trois ouvrages : A Tahitian and English Dictionary de John Davies, Journal d’un voyage à Tahiti et en Océanie fait par MM. Banks & Solander et Kena, la légende du tatouage marquisien de Karl von den Steinen. "Ils sont en lien avec le colloque de linguistique qui a été organisé début septembre à l’université", indique l'éditeur Robert Koenig. Ces trois ouvrages, à leur manière, apportent toujours plus d’informations sur le monde polynésien.

Une 7e édition attendue

A Tahitian and English Dictionary est une réédition. Il s’agit de la 7e version de cet ouvrage appelé également le Davies des Vernier ou plus simplement le Davies. Il est sorti des presses de la London Missionary Society (LMS) la toute première fois à Papeete en mai 1851. Les éditions Haere Pō ont fait une première publication en 1984. Depuis, les rééditions se succèdent plus ou moins régulièrement. "Éditer un livre à Tahiti est toujours une aventure, le rééditer aussi", glisse au passage Robert Koenig.

Au cœur du livre se trouve l’ouvrage tel qu’il a été publié en 1851. Il consiste en un dictionnaire de plus de 9 000 termes, rédigé par John Davies. Ce dictionnaire est complété de commentaires successifs rédigés par John Doom, Maco Tevane, Turo a Raapoto, Vonnick Bodin, Jacques Nicole, Yves Lemaître et, dans la 7e édition, Flora Devatine, présidente de l’Académie tahitienne.

Pendant ses deux séjours à Tahiti – le second dura plus de 40 ans–, John Davies a entretenu dans sa langue maternelle – le gallois – une correspondance avec un ami d’enfance resté au pays. Il lui raconte sa découverte de la langue tahitienne, la collecte des mots dès mars 1850, le lien avec les autres langues polynésiennes, les difficultés d’un passage de l’oralité à l’écriture ou encore sur l’impression de son dictionnaire.

Pour rédiger sa postface, Flora Devatine est entrée en contact avec Wil Aaron, un chercheur passionné d’histoire qui vit au Pays de Galles. Celui-ci travaille sur un livre à paraître sous peu qui traite de l’histoire de Gallois dans les îles de la Société au début du XVIIIe siècle dont celle de John Davies à Tahiti et au Pays de Galles. Les échanges entre Flora Devatine et Wil Aaron, et les documents fournis sur le sujet, ont permis à la présidente de l'Académie tahitienne de dresser le portrait de l’auteur, d’y voir plus clair sur ses ressentis et sa curiosité.

Un livre "plein de ratures"

Autre ouvrage paru, le Journal d’un voyage à Tahiti et en Océanie fait par MM. Banks & Solander est, selon l’éditeur, un livre "plein de ratures". De fait, au fil des pages, le lecteur découvre des phrases entières rayées. "Pour l’anecdote, la correctrice a été la première surprise", s’amuse Robert Koenig. Ce journal est le témoignage d’un jeune officier de l’Endeavour, le navire du capitaine Cook.

Cet officier a découvert la vie tahitienne en 1769, écouté Tupaia lui conter l’histoire politique et guerrière des îles Sous-le-Vent, et a observé la violence des premiers contacts en Nouvelle-Zélande. Il a consigné le tout qui a été publié dès son retour à Londres en 1771. La publication d’alors ne mentionnait pas le nom de son auteur. En 1772, l’ouvrage a été traduit en français, mais avec un singulier parti pris. Le traducteur s’est appuyé sur les idées véhiculées par Bougainville "et son mythe de la Nouvelle Cythère" pour construire la version francophone du texte. Denise et Robert Koenig, les éditeurs, ont fait le choix de reprendre et traduire fidèlement le journal original. Ce journal était enrichi en anglais comme en français par un Vocabulaire abrégé de la langue de l’île Otahiti. Il s’agit de plus de 150 mots recueillis par l’auteur.

Dans l’édition 2022 du journal, le nom de l’auteur a été précisé, c’est James Matra (1746-1806). Les suppressions et les ajouts du traducteur apparaissent également (elles sont rayées ou mises en italiques entre crochets). Enfin, les 150 mots sont revus et annotés par le linguiste Jacques Vernaudon, qui a bien voulu les comparer au vocabulaire relevé par Sydney Parkinson au même moment.


Un privilège

Enfin, Kena, la légende du tatouage marquisien, Ha’akakai ‘enata de Karl von den Steinen contient en fac-similé les 48 pages du mythe de Kena dispersés dans les 331 pages du carnet de terrain de Hiva’oa qui date de 1898. De plus, se trouve la transcription exacte de l’écriture du chercheur, en caractères d’imprimerie, afin de la rendre plus lisible au lecteur d’aujourd’hui, ainsi que le marquisien tel qu’il s’écrit actuellement pour le rendre plus correct aux yeux des lecteurs, des enseignants, de leurs élèves et des linguistes de notre temps. Il y a également la version traduite par Michael J. Koch, Denise et Robert koenig. Les postfaces traitent de l’histoire du carnet de terrain de Karl von des Steinen et présentent l’auteur lui-même.

"Mettre à disposition des lecteurs francophones les textes édités de von den Steinen sur les Marquises nous a longtemps semblé une évidence et une nécessité. Mais pouvoir, grâce à sa famille, faire connaître son carnet de terrain Hiva’oa – le seul peut-être qui ait survécu – est un réel privilège", confient les éditeurs.

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Rédigé par Delphine Barrais le Jeudi 6 Octobre 2022 à 18:52 | Lu 1252 fois