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Les médecins hospitaliers tirent la sonnette d'alarme



Les médecins hospitaliers tirent  la sonnette d'alarme
PAPEETE, le 03 avril 2018 - Les praticiens hospitaliers du fenua observent avec une inquiétude grandissante les difficultés de recrutement au sein des hôpitaux du territoire. Ils pointent du doigt un statut obsolète peu attractif par rapport à la métropole et au reste des Outre-mer.

La pénurie de médecins est une problématique que connaît la France de façon générale et la Polynésie n'y échappe pas, bien au contraire.

Alors qu'en métropole on compte 330 médecins pour 100 000 habitants, la Polynésie en enregistrait 177 pour le même nombre d'habitants en 2015. La densité de médecins en Polynésie française fait partie des plus faibles de France et de l'outremer. À titre d'exemple, la Nouvelle-Calédonie compte 255 praticiens pour 100 000 habitants. Ces chiffres communiqués par le syndicat des patriciens hospitaliers de Polynésie française (SPHPF) mettent le doigt sur la question.

Si on pousse plus loin dans les chiffres et que l'on se focalise sur les hôpitaux, en 2015, la densité de praticiens hospitaliers en Polynésie française est de 64 pour 100 000 habitants. La Polynésie se place parmi les régions de France les moins dotées en praticiens hospitaliers. "La différence, c'est qu'en métropole, l'hôpital suivant se trouve généralement à deux heures de route. En quatre heures maximum le patient est à Paris. En Polynésie, on ne peut pas se permettre d'avoir de pénurie de médecin ou de rupture de soins. L'alternative, le centre hospitalier le plus proche est beaucoup trop éloigné en cas d'urgence. La perte de chance est réelle" explique Marc Levy, représentant du SPHPF.


ONZE MOIS D'ATTENTE POUR UN RENDEZ-VOUS EN CARDIOLOGIE

Or, il est de plus en plus difficile de recruter des médecins spécialistes en Polynésie française. Par exemple, en néphrologie, sur huit postes budgétisés ils sont aujourd'hui six praticiens. A partir du mois de mai, ils ne seront plus que quatre pour un service au bord de l'implosion. En radiologie, il manque un praticien. En urologie, sur trois spécialistes, il n'y en a qu'un qui est stable. En chirurgie vasculaire, il n'y a qu'un médecin sur deux postes budgétisés. Il est le seul chirurgien sur le territoire à pouvoir opérer sur des artères. Il n'y a pas d'équivalent dans le secteur privé pour prendre le relais. En oncologie, le problème est criant avec une incertitude constante concernant les effectifs d'oncologue.

Sans compter les délais pour obtenir un rendez-vous médical chez un spécialiste. "Pour vous montrer que nous n'exagérons pas, le temps d'attente pour obtenir une première consultation en cardiologie est de onze mois", s'alarme un médecin. Pour une IRM, les malades doivent patienter entre trois et quatre mois pour un rendez-vous et en psychiatrie, les délais sont de six mois à un an.


"CEUX QUI PAIENT LE PRIX FORT, CE SONT LES PATIENTS"

Les médecins hospitaliers tirent  la sonnette d'alarme
"Cela fait des années que nous tirons la sonnette d'alarme", s'inquiète Marc Levy, "nous n'arrivons pas à recruter. Nos statuts ne sont pas assez attractifs. Le lagon est beau, mais cela ne suffit pas pour fidéliser les médecins. Ils préfèrent aller à Saint-Pierre et Miquelon, en Nouvelle-Calédonie ou à Wallis et Futuna où ils sont payés à hauteur de leurs exigences plutôt que de travailler avec de moins bonnes conditions salariales en Polynésie. Ceux qui paient le prix fort, ce sont les patients."

Selon nos informations, modifier le statut des praticiens hospitaliers (PH), ne devrait pas avoir d'impact sur les contrats de ceux actuellement en poste. En revanche, accroître l'attractivité et avoir plus de médecins dans les services devrait nettement améliorer les conditions de travail des spécialistes déjà sur place.

À défaut de trouver des praticiens en activité qui voudraient exercer en Polynésie, les services se tournent vers les retraités, mais là encore le bât blesse. "Il est très difficile de faire appel à un spécialiste retraité. Les statuts ne permettent pas de les recruter au même échelon qu'ils avaient avant de partir à la retraite. On les embauche au même échelon qu'un jeune médecin qui vient de sortir de l'internat. Par exemple : il y a un médecin qui va venir faire un remplacement à Raiatea. C'est un ancien directeur d'hôpital, il vient tout juste de partir à la retraite. Il était échelon 13, ici, la Direction de la Santé ne le recrute qu'à échelon 4. Avec ces conditions, il n'a accepté de venir que trois mois pour nous dépanner, le temps que l'hôpital de Raiatea trouve quelqu'un d'autre", explique le représentant des praticiens hospitalier dans les îles. La reprise d'ancienneté pour les médecins retraités est aussi un des points sur lesquels la direction de la Santé avait refusé de flancher en octobre dernier lors de la grève des praticiens hospitaliers. Or plus de la moitié des médecins du Centre hospitalier de la Polynésie française (CHPF) ont plus de 50 ans. L'hôpital du Taaone compte une quinzaine de médecins âgés de plus de 60 ans. La limite d'âge étant de 60 ans au fenua, avec des prolongations possibles jusqu'à 68 ans à la demande de l'administration, et avec l'accord du médecin. Or ces médecins retraités sont un important gisement de médecins spécialistes expérimentés qui ont en plus la capacité et le savoir-faire pour travailler dans les îles.

UN STATUT QUI DATE DE 1996

Le statut des praticiens hospitaliers a très peu évolué depuis 1996. Or l'écart des conditions de recrutement avec la métropole et le reste des Outre-mer ne cesse de s'accroitre. "Actuellement certains postes ne sont pas pourvus, et d'autres le sont uniquement grâce à des contrats non statutaires hors norme (emplois fonctionnels validés en conseil des ministres). Or plutôt que de créer des exceptions pourquoi ne pas améliorer les statuts pour que tout le monde soit logé à la même enseigne ? C'est en faisant des exceptions que l'on fait exploser le budget", s'agacent les spécialistes. S'ils prennent en considération les concessions de la direction de la Santé sur le sujet lors des grèves d'octobre, les spécialistes demandent que les questions du travail des médecins retraités et de l'alignement des statuts avec la métropole et le reste des Outre-mer soient sérieusement étudiées.

De son côté, Jacques Raynal, ministre de la Santé, admet que les difficultés de recrutement existent en Polynésie. "Ils ont raison. Le statut n'est pas adapté. Il faut faire une réforme du statut de la fonction publique. Vous nous voyez entrer dans ce combat, une réforme du statut de la fonction publique touche tout le personnel de la fonction publique pas uniquement les praticiens hospitaliers. Le statut de 1995 est notoirement obsolète, au moins en ce qui concerne les personnels médicaux."

"Un hôpital ne peut pas fonctionner correctement qu'avec des gens de passage. Pour faire évoluer les services, commander du matériel, il faut des praticiens stables qui voient évoluer les services et connaissent les besoins des patients et de la structure. J'ai mis plus de dix ans à monter la plateforme de greffe rénale au centre hospitalier. Ce n'est pas avec des patriciens qui restent un an ou deux que cela aurait pu être possible", constate Pascale Testevuide, chef de service Néphrologie et hémodialyse du Centre hospitalier du Taaone.

Alors qu'en métropole, les hôpitaux et le service public s'attachent à tout mettre en place pour garder leurs médecins spécialistes et maintenir leurs praticiens hospitaliers à la retraite en activité, selon le SPHPF, ce serait l'inverse qui se passerait chez nous. "Tous les ans nous perdons des praticiens du public qui basculent dans le secteur privé. L'hôpital est au bord de l'implosion" se lamente un chef de service du CHPF.

Rédigé par Marie Caroline Carrère le Mardi 3 Avril 2018 à 19:30 | Lu 4428 fois





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