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Les insectes ont de la ressource


La présentation d'une thèse étant obligatoire dans le parcours du doctorat, Jade Tetohu a décidé de se pencher sur la valorisation industrielle du procédé de production de larves de mouches BSF.
La présentation d'une thèse étant obligatoire dans le parcours du doctorat, Jade Tetohu a décidé de se pencher sur la valorisation industrielle du procédé de production de larves de mouches BSF.
Tahiti, le 14 octobre 2022 – La doctorante, Jade Tetohu, présente sa thèse à la 4ème édition du Tech4Islands Summit sur la valorisation industrielle du procédé de production de larves de "mouche soldat noire", appelée BSF (Black Soldier Fly). L’objectif de ces recherches, parrainées par l’Institut Louis Malardé et Technival, est d’arriver à les inclure dans l’alimentation des animaux d’élevages en Polynésie, en passant par la maîtrise de la domestication, la bioconversion et la valorisation.

À terme, c’est un programme de type économie circulaire qui verra le jour grâce aux travaux de Jade Tetohu. Cette étudiante prépare une thèse sur la valorisation industrielle du procédé de production de larves de mouches BSF (Black Soldier Fly ou mouche soldat noire) pour recycler et valoriser les bio déchets. Initiées dans le cadre d’un partenariat public-privé en 2020, ces recherches sont parrainées par Technival, l’Institut Louis Malardé (ILM) et la Délégation à la recherche. La porteuse de projet vise trois axes. D’abord, Jade Tetohu doit maîtriser la domestication de Hermetica illucens, la mouche BSF. “L’idée étant d’obtenir une colonie de reproducteurs capables de produire des œufs et donc des larves en continue, de manière suffisante et constante pour approvisionner un élevage.” Le deuxième axe est celui de la bioconversion. Il s’agit, là, d’identifier des sources de matières organiques à valoriser. Le dernier axe est celui de la valorisation : comment transformer les larves et les inclure dans l’alimentation d’animaux d’élevage en Polynésie ?
 

Un laboratoire va être construit pour accueillir une zone d'élevage spécifique pour les BSF.
Un laboratoire va être construit pour accueillir une zone d'élevage spécifique pour les BSF.
Si des progrès significatifs ont été faits du côté de la domestication de l’insecte, Jade Tetohu constate encore “pas mal de variabilités”. L’Institut Louis Malardé réalise des aménagements dans ses locaux de Paea. Un laboratoire relai va être construit. Il accueillera une zone d’élevage spécifique pour les BSF. “L’environnement y sera mieux contrôlé”, décrit Jade Tetohu. Dans l’attente, une collaboration a vu le jour avec la société néocalédonienne Neofly. Cette dernière, membre de la French Tech Nouvelle-Calédonie, développe un modèle de production de matières premières novatrices destinées à l’alimentation animale et la fertilisation. Les matières premières sont produites grâce à la bioconversion par les insectes de déchets organiques agro-industriels et agricoles. “Nous pouvons ainsi partager nos expériences.”
 
Concernant la bioconversion du projet polynésien, en démarrant ses travaux, Jade Tetohu s’est intéressée au tourteau de coprah. “C’est d’ailleurs ce qui a tout déclenché”, témoigne Arii-Nui Prout de Technival. Mais ce gisement étant déjà bien utilisé pour l’alimentation des cochons, “je me suis donc tournée vers les déchets alimentaires de cantines industrielles et déchets de poisson du port de pêche”, continue Jade Tehotu. Le gisement de chacun d’eux est estimé à 1 500 tonnes par an. Charge à la doctorante d’étudier en détail la composition des larves en fonction des substrats sélectionnés car “selon les repas qu’elles font, les larves ne présentent pas le même profil nutritionnel”. Et les résultats sont encourageants.

Parallèlement, Jade Tetohu a élargi les filières potentiellement d’intérêt pour ses larves, en les intégrant d’abord au menu des poules pondeuses et maintenant à la filière crevette et à l’élevage de moustiques de l’ILM actuellement nourris à la farine de foie de bœuf. La farine ou l’huile de BSF se présente comme une alternative à fort potentiel. Ni l’un, ni l’autre ne peut constituer un repas complet “mais elles réduiront l’usage d’aliments industriels”, affirme Jade Tetohu. Dans un contexte insulaire, cela fait sens car un tel projet aura un impact sur la gestion de ce qui est considéré comme déchets, sur l’importation de nourriture animale et sur la qualité de l’alimentation donnée aux animaux d’élevage.
 
Technival a le projet de mettre en place un pilote de production de larves et de leur transformation en farine ou huile dès l’année prochaine. La société prévoit de s’implanter dans la zone biomarine de Faratea. Quant à Jade Tetohu, elle soutiendra sa thèse en février 2024.
 

Rédigé par La rédaction le Vendredi 14 Octobre 2022 à 15:38 | Lu 1961 fois