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Les étudiants de l'UPF font la preuve de leur éloquence



PAPEETE, le 1e avril 2019 - Jeudi 28 mars, l'Université de la Polynésie française organisait son tout premier Concours d'éloquence. 14 étudiants ont accepté de participer, pour le défi ou pour vaincre leur timidité. Ils ont eu plusieurs mois de préparation, et tout ce travail a payé. En moins de 5 minutes, ils ont réussi à émouvoir, indigner, amuser et convaincre le public venu nombreux. Ils ont eu tellement de succès qu'un organisateur de spectacle leur a même proposé de réitérer l'exercice dans un cadre professionnel !

Les trois lauréats du premier concours d'éloquence de l'Université partiront en Nouvelle Calédonie participer aux "Rencontres d’Éloquence du Pacifique".
Les trois lauréats du premier concours d'éloquence de l'Université partiront en Nouvelle Calédonie participer aux "Rencontres d’Éloquence du Pacifique".
Les trois étudiants les plus éloquents de l'UPF sont Leialoha Heuea, Makiroto Teharuru et Théa Marquand. Ce sont eux qui ont remporté le tout premier Concours d'éloquence de l'UPF organisé le jeudi 28 mars, dans un amphithéâtre entièrement rempli.

Pendant la soirée, 14 étudiants se sont succédé pour défendre un thème qu'ils avaient eux-mêmes choisi devant le jury composé de professionnels de l'éloquence. Ce jury était de qualité, avec le député Moetai Brotherson, l'avocat Stanley Cross, l'acteur Marc Hellard, la professeure de théâtre Christine Bennett, le chorégraphe et président du Heiva 2018 Moana’ ura Teheiura, la vice-présidente de l'UPF Marina Demoy-Schneider et le directeur du Conservatoire Fabien Dinard.

Les trois lauréats du concours ont donc convaincu à la fois le public et le jury, avec leurs thèmes très variés (dans l'ordre, "La liberté", "Qu'allons-nous faire" et "Le Fanatique"). Ils se rendront en Nouvelle-Calédonie afin de représenter l'UPF aux "Rencontres d'Éloquence du Pacifique" où ils se mesureront aux étudiants lauréats de l’Université de la Nouvelle-Calédonie.

Mais aucun participant n'a démérité. Plusieurs étudiants ont réussi à arracher des larmes au public en défendant la survie des langues polynésiennes et de notre culture en danger (voir interviews en fin d'article). Un plaidoyer pour sauver les baleines était particulièrement vibrant ("Nous ôtons un à un les maillons d'une chaîne qui vit depuis des millions d'années"), tout comme un autre en faveur des récifs coralliens. Plusieurs candidats ont enjoint le public et le jury à mesurer leur parole car "les mots peuvent blesser comme des poignards". Des étudiants en droit ont fait appel au bon sens, et un autre a fait l'apologie de sa matière ("Défendez-vous ! Beaucoup de gens voudront vous prendre tout ce que vous avez, le plus vite possible !"). Un autre a plaidé pour vaincre sa honte et sa timidité. Deux étudiants ont plaidé en faveur de la tolérance envers les homosexuels et les raerae. Une autre a été originale et a créé une véritable scénette de théâtre pour plaider contre l'hypocrisie et les faux sourires... ils ont tout réussi à émouvoir, amuser ou intéresser le public. Les meilleurs ont combiné les trois !

AIDER LES ÉTUDIANTS À VAINCRE LEUR TIMIDITÉ

C'est Marina Demoy-Schneider, vice-présidente en charge de la vie universitaire, qui est à l'origine de cet évènement. Elle présente le concept : "Un concours d'éloquence est une compétition où des personnes défendent un point de vue dans un temps limité, entre 4 minutes et quatre minutes et demi, devant un jury qu'ils doivent convaincre. Ce soir nous avons 14 étudiants qui participent, ils viennent de toutes les filières. Il y en a des Sciences de la vie, de Droit, des Langues polynésiennes, d'Économie-gestion, de la prépa ingénieur... On se rend compte que finalement nos étudiants sont parfois un peu timorés quand il s'agit de prendre la parole en public, donc ce défi les a intéressés. Pour les aider, nous avons organisé cinq ateliers : contes, théâtre, expression artistique, vidéo et un atelier gestion des émotions. Depuis septembre, ils ont eu 24 heures d'ateliers pendant leurs pauses de midi, donc ils sont bien préparés. Ces ateliers étaient ouverts à tous les étudiants, pas seulement ceux qui ont participé au concours d'éloquence."

Pour elle, l'organisation de cet événement était avant tout un moyen de lutter contre la timidité des étudiants. "On se rend compte que nos étudiants ont vraiment peur de prendre la parole en public et ça les desservira dans leurs vies professionnelles futures, donc il fallait trouver un moyen de les stimuler. L'éloquence était réservée aux étudiants avocats, pour les entrainer à la plaidoirie, mais ça s'est démocratisé récemment. C'est apparu d'abord dans les écoles d'ingénieur et désormais dans les universités, donc on s'est dit pourquoi pas."

Face au grand succès de l'opération, l'université a déjà annoncé qu'une deuxième édition serait organisée l'année prochaine, cette fois dans le grand amphi de l'université pour pouvoir accueillir encore plus de monde dans le public !

>>> Les vidéos des 14 présentations sont déjà disponibles sur la chaîne YouTube de l'université, "Université de la Polynésie française UPF".

Les présentations des trois lauréats :

Leialoha HEUEA, 1e année de master en Droit privé. Thème : "La liberté"

Makiroto TEHARURU, 3e année de Licence Droit. Thème : "Qu'allons nous faire ?"

Thea MARQUAND, Cycle Universitaire de Préparation aux Grandes Ecoles Scientifiques. Thème : "Le fanatique"

Makiroto Teharuru, dit Maki, 3e année de Licence Droit, thème "Qu'allons-nous faire ?", lauréat du concours

Tu es arrivé sur scène en jouant un rôle, peux-tu nous en parler ?
En fait le personnage que j'ai amené sur scène est justifié par l'essence même du texte. Le texte dit qu'il existe une dame qui était belle, mais depuis qu'un homme riche est entré dans sa vie, elle a commencé à dépérir. Ce personnage qui est entré est un enfant de cette dame, il est perdu, il ne sait plus quoi faire, peut-être est-il mourant lui-aussi. Il arrive et dit "non, j'ai quelque chose à dire !" et il déclame son texte.

Comment écrit-on un texte comme celui-là ?
J'ai mis deux semaines pour travailler ce texte, mais c'est un projet d'écriture que j'avais en tête depuis que j'ai compris que les Polynésiens vont perdre leur culture. Depuis que j'ai compris que les savoirs traditionnels vont disparaitre. Ici c'est une tradition orale, le savoir se transmet par la parole. Ma grand-mère me racontait comment mon grand-père savait que telle étoile qui apparaissait dans le ciel, c'était tel poisson à tel endroit. Il savait lire les étoiles, les fleurs, les vents... Et depuis qu'il est décédé, j'ai compris que je ne connaitrai jamais ce savoir. C'est ce qui m'a poussé à écrire ce texte : la belle dame qui se meurt, c'est la culture polynésienne !

Ce sont ces souvenirs qui t'ont permis de mettre autant d'émotions dans ton texte ?
C'est tout à fait ça. J'ai puisé dans mes émotions, dans ma révolte. Je perds mais je ne peux rien faire, je ne peux qu'être le spectateur de cette perte. C'est ce qui m'a poussé à écrire cette histoire, cette succession de questions. Vous ne me croyez pas ? Regardez ce que l'on perd !

Tu es satisfait d'avoir réussi à émouvoir le public ?
Émouvoir, je ne saurais pas le dire, mais je sais que le public a réagi, il est resté bouche bée. Sur cette réaction de silence j'ai compris que le message était passé. Quand je leur ai dit "l'heure est grave", ils ont compris. Donc je suis soulagé que mon message soit passé.

Après ce concours d'éloquence, penses-tu pouvoir utiliser tout ce que tu as appris et ce texte pour continuer ?
Effectivement. Ce texte est un aperçu d'une œuvre théâtrale que je suis en train d'écrire actuellement. Donc bientôt vous pourrez voir le spectacle entier !

(voir sa présentation un peu plus haut)

Maheamai Kokauani, 3e année de Licence en Langues étrangères appliquées, thème "Ecrire"

Tu as eu un succès mérité lors de ta présentation, comment t'es-tu préparée ?
Merci ! La préparation a été très difficile. On a du faire beaucoup d'ateliers pour nous préparer, mais le plus difficile a été le texte. Au début je savais de quoi je voulais parler, mais je ne savais pas comment l'écrire. Il faut trouver les bons mots pour pouvoir bien accrocher le public, heureusement j'ai eu l'aide de mes profs, comme je suis en lettres je leur ai demandé, c'est plus rassurant, ils ont les mots. Et avant la présentation ça a été trois semaines de préparation intense. Il fallait connaitre son texte par cœur, même si on improvise un peu.

Il y a eu différents thèmes pendant ta présentation, écrire son histoire pour la préserver, respecter les raerae... Comment as-tu choisi ton sujet ?
Le sujet était vraiment libre, après l'écriture est venue comme ça. Ce que je voulais pour ce soir c'était plus de pousser à une prise de conscience et faire passer un message d'espoir !


Tauhiarai Taputu, 3e année de Licence en Langues Polynésiennes, thème "Ma honte"

Qu'as-tu pensé de cette soirée ?
Cette soirée était quelque chose de bien pour nous. C'était l'occasion de faire entendre ma langue, le Rurutu, à tout le monde. C'était l'occasion de partager notre accent, nos mots avec tout le monde. C'était surtout l'occasion de surpasser ma honte et ma timidité, parce que je suis quelqu'un de très timide.

Pourtant tu avais une belle présence sur scène, d'où est-elle venue ?
Il y avait l'assistance de mes camarades, la préparation, et le fait que je puisse parler ma langue, car c'est avec elle que je me sens fort.

Tu avais un très beau texte, comment l'as-tu écrit ?
J'ai commencé par m'inspirer de mon thème, puisque moi-même j'ai parfois honte, donc c'était plus facile d'écrire. J'ai aussi eu l'aide de deux professeurs pour retravailler ce texte.

Un conseil pour les participants de l'année prochaine ?
Je leur dirais de se préparer à l'avance et de déjà commencer à écrire leurs textes. Je leur dirais qu'il vaut mieux prendre un sujet qui leur parle, une cause à défendre qui leur tient à cœur, et de rester eux-mêmes.


Sabrina Tapotofarerani, 3e année de Licence en Langues Polynésiennes, thème "Te reo"

Tu as choisi de faire la plupart de ta présentation en tahitien, c'était une stratégie ?
Non, c'était un désir. J'ai voulu valoriser ma langue ce soir, et valoriser toutes les langues polynésiennes, pas uniquement la langue tahitienne. Les linguistes le disent, on arrive dans une phase critique où on peut penser que nos langues disparaitront dans une génération !

Tu avais énormément d'énergie pendant ta présentation, d'où venait-elle ?
De mes ancêtres ! De mon île Moorea ! J'en ai encore la chair de poule. Pour moi c'était la meilleure occasion pour dire ce que j'avais sur le cœur, et je pense que j'ai vraiment réussi à faire passer mon message à la jeunesse, au jury, et même aux membres du gouvernement.




Rédigé par Jacques Franc de Ferrière le Lundi 1 Avril 2019 à 17:54 | Lu 1466 fois






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