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Les enseignants du premier degré réclament du changement


Le syndicat SNUipp FSU compte bien aller au bout du combat concernant les obligations règlementaires de service.
Le syndicat SNUipp FSU compte bien aller au bout du combat concernant les obligations règlementaires de service.
Tahiti, le 31 janvier 2024 – Alors que les récentes températures enregistrées dans les salles de classe ont mis en avant les conditions déplorables d'enseignement et d'apprentissage au sein des écoles, c'est au tour du syndicat SNUipp-FSU de taper du poing sur la table à l'occasion de l'appel national à la grève du corps enseignant ce 1er février. Et si aucune manifestation n'est prévue pour le moment au Fenua, le syndicat compte bien se faire entendre.
 
Si le phénomène n'est agréable pour personne, la hausse des températures en journée a tout de même permis aux enseignants du Fenua d'alerter quant aux conditions difficiles d'enseignement et d'apprentissage au sein des écoles. Une réalité qui, pourtant, ne constitue qu'une infime partie des problèmes récurrents que rencontre la profession. Actuellement, à l'échelle nationale, l'école publique et ses personnels appellent d'ailleurs à la grève ce jeudi 1er février, afin d'obtenir “des moyens, du respect et la liberté pédagogique”, selon la Fédération syndicale unitaire (FSU). Au niveau local, si aucune manifestation n'est prévue, l'appel est relayé par le syndicat polynésien SNUipp-FSU : “Nous partageons les revendications de fond, notamment concernant les conditions de travail”, assure John Mau, représentant syndical. “À l'heure actuelle, nous espérons obtenir une audience commune avec le syndicat FO (Force ouvrière) auprès du haut-commissariat et du ministère de l'Éducation. Mais pour le moment, pas de réponse”, regrette le représentant.
 
Des revendications précises  
 
Une situation malheureuse pour le syndicat SNUipp-FSU, qui assure pourtant porter des revendications précises, certes, mais de longue date surtout. À l'exemple de la demande de recrutement d'accompagnants des enfants en situation de handicap (AESH) : “Vouloir une école inclusive est louable, mais il faut en avoir les moyens”, fustige John Mau. “Les élèves ayant des besoins particuliers, ou en situation de handicap, souffrent d'une reconnaissance tardive de leur particularité. Les diagnostics définitifs se font bien souvent en classe de CP, or, la scolarité commence en maternelle à partir de 2 ans et demi, 3 ans. Il est difficile pour les enseignants de gérer convenablement ces situations sans l'intervention d'agents dédiés.”
 
Un besoin qui n'est pas sans rappeler également celui des agents territoriaux spécialisés dans les écoles maternelles (Atsem). Chargées pourtant de l'assistance au personnel enseignant pour l'accueil, l'animation et l'hygiène des très jeunes enfants, ces personnes sont localement substituées par des “taties”, ne bénéficiant pas de statut juridique précis : “Ces ‘taties’, qui n'ont pas le statut et donc les obligations d'un Atsem, refusent bien souvent de s'occuper de l'hygiène de l'enfant quand ce dernier doit être nettoyé après être allé aux toilettes par exemple. Et puis ces personnes ne sont pas formées comme elles devraient l'être, tout simplement. Pour l'enseignant en charge, cela mène à des situations qui ne devraient pas exister pour lui”, assure le syndicat.
 
Pour des structures adaptées
 
Le contexte actuel des bouffées de chaleur dans les classes d'école n'échappe bien évidemment pas au syndicat SNUipp-FSU, qui profite de l'occasion pour souligner cette problématique qui est l'affaire de tous : “Nous sommes dans un milieu tropical où, aujourd'hui, les températures ne cessent d'augmenter. Ce qui entraîne indéniablement une dégradation des conditions de travail pour les enseignants d'une part, mais surtout une dégradation des conditions d'apprentissage pour les enfants. C'est pourquoi nous demandons à ce que les classes soient équipées de climatiseurs, et pas seulement dans l'agglomération de Papeete.” Et au-delà des problèmes liés à la chaleur, le syndicat appelle à la prise de conscience quant à l'état de certains bâtiments scolaires, notamment dans les îles éloignées : “Dans le cadre de nos missions de syndicat, nous sommes amenés à parcourir les îles. Et parmi ces îles, certaines possèdent des établissements vétustes, voire même dangereux pour les enfants. C'est le cas de certaines infrastructures scolaires aux Marquises par exemple.”
 
Les ORS au cœur du débat
 
Parmi les revendications phares du syndicat SNUipp-FSU, celle concernant les obligations règlementaires de service (ORS) constitue le nerf de la guerre. En effet, en Polynésie, les professeurs des écoles sont des fonctionnaires d'État régis par un décret national sur lequel le Pays n'a aucune emprise. Ce même décret, qui définit les obligations règlementaires de service du corps enseignant, stipule que ce dernier doit effectuer 24 heures en semaine, cumulées à 3 heures hebdomadaires consacrées à diverses missions pédagogiques. Or, selon le syndicat, si le décret existe depuis 2008, ce dernier n'est pas appliqué à la lettre en Polynésie : “Nous travaillons plus de 24 heures par semaine, et c'est pourquoi nous sommes allés par deux fois devant le tribunal administratif afin de dénoncer cette situation”, rappelle John Mau. Du côté du tribunal, si effectivement la situation a été qualifiée d'irrégulière, ce dernier a toutefois rejeté les premiers recours d'indemnisation des enseignants. La juridiction polynésienne attend désormais les conclusions de la cour d'appel de Paris afin de traiter les autres dossiers en suspens. Des conclusions qui, d'ailleurs, devraient être délivrées vers la fin du mois de février. Et dans l'attente, le syndicat tient à rappeler qu'il s'agit là d'un combat pour favoriser l'efficience des cours dispensés, et non d'une énième tentative de réduire la charge de travail des enseignants. Dans ce sens, on note la récente consultation citoyenne de la Direction générale de l'éducation et des enseignements (DGEE) concernant les nouveaux rythmes scolaires de 24 heures.
 

Rédigé par Wendy Cowan le Mercredi 31 Janvier 2024 à 19:51 | Lu 2316 fois