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Les enfants de Hao réceptifs à l'avenir du récif


Hao, le 23 juin 2022 – Camille Léonard du Criobe est actuellement à Hao. Elle y a présenté plusieurs conférences aux élèves du collège et de l’école primaire sur le thème du corail et sa protection. Elle est également intervenue pour la finalisation de l'aire marine éducative qui verra le jour à la rentrée.

Camille Léonard est en déplacement à Hao jusqu’à dimanche. Pendant une semaine, la doctorante depuis deux ans du Centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement (Criobe) de Moorea et spécialisée dans l’étude du corail, est sur l’atoll des Tuamotu avec deux objectifs principaux : sensibiliser la jeunesse à la préservation de l’écosystème marin et en particulier les récifs coralliens, et également pour aider les enseignants du collège et de l’école primaire dans la finalisation d’un projet d’aire marine éducative (AME).

Le Criobe, unité de recherches du CNRS associe des chercheurs, des universitaires et autres. Il est l’un des plus éminents laboratoires français d’études des écosystèmes coralliens. À Moorea, une dizaine de projets de recherches est menée par les équipes de Laetitia Hedouin, pour trouver des solutions afin d'aider le corail à s’adapter aux changements climatiques. La sensibilisation des jeunes générations aux phénomènes climatiques qui détruisent le corail est devenue indispensable.

Cette semaine, Camille a animé quatre conférences au collège et à l’école primaire de Hao. Elle a présenté les différentes sortes de coraux présents en Polynésie, listé les différents facteurs d’agression des récifs coralliens tels que les cyclones ou les taramea, les activités humaines et le réchauffement climatique. La scientifique a également présenté à l’aide de vidéos et de photos le Criobe et le travail qu’elle y effectue comme la fluorescence des coraux ou les expériences sur l’influence des matières artificielles sur la reproduction et la croissance des coraux et la surveillance des récifs. Lors de ses conférences elle a pu démontrer l’importance de l’écosystème et la biodiversité aquatique qui peuple les récifs coralliens et contribue à leur bien-être. Pour terminer, les jeunes ont été invités à participer à des jeux sur la reconnaissance des sons que l’on entend sous la surface, car oui, les poissons communiquent et émettent des sons caractéristiques et le corail également.

Une AME à la rentrée

L'autre raison de la venue de Camille à Hao était de former les enseignants sur leur projet d’AME sur lequel ils travaillent depuis deux ans et qui verra le jour à la rentrée prochaine. L'AME, qui est une zone maritime littorale de petite taille gérée de manière participative par les élèves et les enseignants, est un projet éco-citoyen de connaissances et de protection du milieu marin par des jeunes publics. Les classes concernées (CM1 et CM2 de l’école primaire et les classes de 6e du collège), se sont rendues sur le site choisi en compagnie de leurs enseignants et de Camille. Cette dernière a pu apporter son expertise pour une bonne gestion d'une AME, à savoir : les méthodes et protocoles d’observation, les techniques de bouturage, le suivi au long cours et les règles de sécurité.
Face au réchauffement climatique, la devise "s’adapter pour survivre" trouve tout son sens autant pour l'homme que pour les coraux. Toutes les bonnes volontés sont bonnes à prendre, l’implication des élèves et de leurs enseignants conjugués avec les connaissances des scientifiques sont autant d’espoirs pour demain. L'exemple de Camille Léonard avec son métier de biologiste marin fera peut-être naître des vocations parmi ces jeunes gens. Le fenua en a besoin.

Camille Léonard, biologiste marin au Criobe de Moorea
"Les jeunes ici savent pourquoi les récifs coralliens sont importants"
"C’était super de pouvoir échanger avec eux, ce qui est impressionnant c’est que les jeunes ici savent déjà ce qu’est le corail, ils savent également pourquoi les récifs coralliens sont importants et pourquoi il est important de les protéger, j’ai trouvé ici des élèves très curieux et qui posent beaucoup de questions. J’ai choisi d’étudier les récifs coralliens justement pour pouvoir parler du changement climatique car les coraux c’est un peu 'les canaris dans la mine', ça va être les premières victimes et le premier écosystème entier à s’effondrer si les températures augmentent encore, et malheureusement le reste va suivre, c’est pourquoi il faut agir." 

Le récif corallien, centre névralgique de la biodiversité

Le récif corallien abrite de nombreuses espèces marines, il foisonne de vie et attire la faune, la nourrit et la protège, c’est un centre névralgique de la biodiversité marine. Le corail est un organisme vivant qui vit en symbiose avec une micro-algue, la zooxanthelle, qui au travers de la photosynthèse, va apporter au corail jusqu’à 90 % de ses besoins énergétiques, c’est donc cette algue qui le nourrit. Mais lorsque le corail subit un stress comme par exemple le réchauffement de l’eau, il se débarrasse de cette algue, il dépérit et laisse alors apparaître son squelette de calcaire blanc, d’où le blanchissement des coraux. Dans le monde 14 % des coraux ont déjà disparu entre 2009 et 2018 et la Polynésie française n’est pas épargnée par ce phénomène puisqu’en 2019 un fort épisode de blanchissement a été observé du côté de Moorea sur la pente externe du récif, dans la zone des six mètres de profondeur.

Rédigé par Teraumihi tane le Jeudi 23 Juin 2022 à 17:25 | Lu 567 fois