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Les chèvres de Rosa




Jamais je n’aurais pensé qu’un jour, je m’occuperais de chèvres !
Cette histoire s’est passée à Rurutu, dans mon île natale.
Tout a commencé, du moins pour moi, en 2001, à mon départ à la retraite.
Quelle chance ! J’allais avoir de quoi occuper mon temps ! Mais je ne cache pas que ce
fut un changement radical auquel j’ai eu… un peu de mal à m’adapter.
Cela faisait déjà sept ans que mon époux avait fait venir des chèvres de Nouvelle
Zélande, spécialement des laitières.
Elles étaient belles ! Il y avait la Toggenbourg, une excellente laitière. Son pelage fauve
était caractérisé par deux bandes blanches de l'oreille à la bouche. La british Alpine,
gracieuse et élégante avec sa robe noire, était très câline. Le bouc, qui pesait près de
120 kilos, avait des cornes proéminentes. Irascible et imprévisible, à lui seul, il pouvait
saillir vingt cinq chèvres.
Notre programme de la journée était aussi réglé et chargé que mon emploi du temps à
l’école : Couper de l’herbe, la distribuer aux chèvres, les traire, les soigner, nettoyer la
chèvrerie ainsi que le pâturage, faire les fromages, les vendre.
Je précise que nous recevions aussi les touristes car la ferme d’OMIRI était devenue
un passage obligé. Et oui, ils repartaient tout heureux, avec du fromage de chèvre que
j’emballais avec tant d’attention et de fierté.
Nous faisions huit sortes de fromages de quatre formes différentes : nature, au
poivre, aux herbes de Provence, à la pâte d’olive, au basilic, cendré, affiné, sec, en
bûche, en pyramide, en cube ou tout simplement en pavé.
La traite se faisait le matin et le soir, pendant que les chèvres mangeaient de l’herbe
fraîchement coupée et du maïs.
Avoir des chèvres laitières est une activité très prenante mais tellement intéressante
à tout point de vue. A elle seule, elle réunit trois métiers différents : chevrier, éleveur
et fromager.
Pour nous, le moment très attendu était la naissance des chevreaux. Cela nous
permettait d’augmenter le cheptel et le lait pour les fromages. Les femelles, après 5
mois de gestation, pouvaient avoir un à deux petits qui étaient aussitôt retirés, dès la
mise-bas. Et quel plaisir pour moi de leur apprendre à boire, à eux, qui ne savaient que
téter. Ils me considéraient alors comme leur maman. Dix jours après, mon époux
commençait à faire le fromage.
Si, pour nous, la transformation du lait a été un grand défi, le maintien du cheptel en
était un autre. En quinze ans d’activité nous avons subi quatre attaques de chiens. Je
me souviens d’une… LA PLUS HORRIBLE.
Le 2 mai 2009, trente cinq chèvres pleines, ont été éventrées, une semaine avant la
mise-bas. Quatre gros chiens avaient réussi à pénétrer dans la chèvrerie qui était
fermée. Ils étaient encore à l’intérieur lorsque nous sommes arrivés ce matin là.
Inutile de vous dire à quel point nous étions en colère.
Pour mon mari et moi, ça a été un cauchemar que nous ne sommes pas prêts d’oublier.
Ce fut, malheureusement, la fin d’une belle aventure.
 
Rosa VERSIGLIONI