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Le shark feeding condamné



Tahiti, le 27 octobre 2020 - Un moniteur patenté de 45 ans a été condamné mardi par le tribunal correctionnel de Papeete à six mois de prison avec sursis, assortis d’une interdiction d’encadrer une activité nautique pendant un an. L’homme était poursuivi pour avoir mis en danger la vie de plongeurs qu’il encadrait alors qu’il faisait du shark feeding. Lors de l’audience, les différents acteurs du dossier ont rappelé que cette pratique, interdite en 2017, était "tolérée" en Polynésie.
 
L’accident, largement relayé par la presse et commenté sur les réseaux sociaux, avait relancé la polémique autour de la pratique du shark feeding en Polynésie. Le 17 mai dernier, une femme enceinte de sept mois avait été mordue par un requin sur le site de la Vallée Blanche à Tahiti. La morsure de squale, qui avait nécessité 17 points de suture, avait eu lieu alors que la victime faisait du snorkeling lors d’une sortie de shark feeding organisée par un moniteur patenté, Nicolas Billy.
 
Entendue par les gendarmes lors de son dépôt de plainte, la jeune femme avait expliqué qu’elle avait participé à cette activité avec son conjoint et d’autres plongeurs sous la responsabilité d’un moniteur patenté qui proposait du shark feeding. Le jour des faits, ce dernier avait conseillé à la victime de faire du snorkeling pendant qu’il plongeait avec les autres participants. Alors qu’il se trouvait à 17 mètres avec sa palanquée, Nicolas Billy avait décidé de remonter seul. Arrivé sur son bateau, il avait constaté qu’il restait des sardines sur l’embarcation et avait décidé de les jeter à l’eau pour attirer les requins. Interrogé par la victime qui se trouvait encore à l’eau à côté du bateau, le moniteur lui avait expliqué qu’il n’était pas nécessaire de remonter. Mais, attirés par les appâts, les squales n’avaient pas tardé à encercler la jeune femme qui avait été mordue au mollet.
 
Extrême "négligence"
 
Or ce moniteur, entendu par les enquêteurs après l'accident, n’en était pas à son premier fait d’armes, puisqu’il avait déjà été impliqué dans deux autres séries de faits ayant mis en exergue son extrême "négligence". En septembre 2018 tout d’abord. Alors qu’un club concurrent avait installé une cage en profondeur contenant des têtes de thon à la Vallée Blanche, Nicolas Billy avait décidé d’ouvrir la cage, provoquant ainsi une soudaine "excitation" des requins, dont un requin tigre, alors que des plongeurs se trouvaient près de la cage. Un geste, destiné selon lui, à "sécuriser" la situation. En novembre 2018 ensuite, Nicolas Billy s’était de nouveau illustré lors d’une nouvelle séance de shark feeding en se montrant "brutal" et "agressif" avec deux plongeurs. Une version contestée par l’intéressé, qui avait affirmé avoir plutôt lui-même été agressé sous l’eau par les deux plongeurs.
 
C’est donc pour ces trois séries de faits que Nicolas Billy a comparu mardi matin devant le tribunal correctionnel pour répondre de "mise en danger de la vie d’autrui", "blessures involontaires" et "perturbation intentionnelle d’espèce animale protégée". D’abord interrogé à la barre sur la morsure subie par la femme enceinte en mai dernier à la Vallée Blanche, Nicolas Billy a concédé sa "négligence" en affirmant qu’il aurait dû être "plus strict" et jeter les appâts quand tout le monde était sur le bateau. Questionné sur les deux autres incidents qui lui étaient reprochés, le quadragénaire a maintenu les explications données au moment des faits en 2018. Invité à s’exprimer sur son avenir, Nicolas Billy a invoqué la clémence du tribunal : "Tout ce que je demande, c’est de pouvoir reprendre mon métier et de faire de la plongée classique car je ne sais rien faire d’autre".
 
Le "dossier d’une profonde hypocrisie"
 
Pour le procureur de la République, l’évocation de cette affaire devant le tribunal a surtout permis de rappeler que le prévenu n’était pas "le seul à se livrer à cette pratique" qui est une "source de tensions commerciales" au fenua. Lors de ses réquisitions, le représentant du ministère public a, en effet, rappelé que les personnes qui se livraient au shark feeding opéraient des "tentatives de privatisation des fonds sous-marins qui valent de l’or". Des pratiques allant même jusqu’à générer "des tensions qui ont débouché sur des pugilats à 17 mètres de profondeur". Après avoir évoqué la pratique illégale du shark feeding, le procureur de la République s’est penché sur le cas du prévenu en requérant six mois de prison avec sursis à son encontre ainsi que trois ans d’interdiction d’exercer. Il a affirmé que Nicolas Billy s’était "défaussé" sur sa gentillesse et sur des "négligences" alors qu’il s’était, à plusieurs reprises, "affranchi du cadre réglementaire en toute connaissance de cause".
 
Faisant écho aux réquisitions du parquet, le conseil de Nicolas Billy, Me Smaïn Bennouar, a fustigé dès le début de sa plaidoirie un "dossier d’une profonde hypocrisie" qui "confine à une sorte de malhonnêteté intellectuelle". Prenant le tribunal à témoin, Me Bennouar s’est étonné que son client soit la seule personne poursuivie pour avoir fait du shark feeding : "Dire que mon client représente la quasi-totalité du shark feeding en Polynésie relève de l’imagination. Il s’agit d’une dérive commerciale. Pourquoi n’a-t-on pas agi de la sorte envers tous ceux qui exercent cette pratique ? Le territoire est garant de l’application des lois et même les enquêteurs qui ont travaillé sur ce dossier ont relevé un flou juridique. Et ces gens-là connaissent la loi !"
 
Après en avoir délibéré, le tribunal correctionnel a condamné Nicolas Billy à six mois de prison avec sursis, un an d’interdiction d’exercer une activité nautique liée à l’encadrement et à indemniser les victimes.
 

Rédigé par Garance Colbert le Mardi 27 Octobre 2020 à 19:56 | Lu 4423 fois





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