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Le retard du fret maritime donne 6 mois de sursis aux tōtā


Tahiti, le 10 mai 2022 - Nous allons pouvoir payer avec les vieilles pièces jusqu'au 30 novembre. La période de transition entre l'ancienne et la nouvelle gamme de pièces de monnaie a été étendue de six mois, en raison des retards d'approvisionnement via le fret maritime.

Les anciennes pièces vont pouvoir être utilisées pendant six mois supplémentaires. L'Institut d'Emission d'Outre-Mer (IEOM) a annoncé mardi que la période de double circulation des anciennes et des nouvelles pièces courra finalement jusqu'au 30 novembre. Cette période de transition pour assurer un remplacement progressif de la vieille gamme de pièces par la nouvelle devait initialement durer 9 mois et sa fin était programmée pour le 31 mai. Jusqu'au 30 novembre, nous pourrons donc payer avec les deux gammes de pièces, continuer à calculer les arrondis et tenter devant la caisse de différencier la nouvelle pièce de 50 de l'ancienne pièce de 100. Ce report concerne l'ensemble des territoires utilisant le franc pacifique, Wallis-et-Futuna et Nouvelle-Calédonie inclus.

Le directeur de l'IEOM, Patrick Dufresne, explique en effet que le taux de retrait des “pièces ancienne gamme”, à l'heure actuelle, représente seulement “le quart de ce qui était attendu”. La cause, selon lui, se trouve du côté des retards dans le fret maritime en raison de la crise sanitaire qui ont empêché un bon réapprovisionnement des stocks de nouvelles pièces fin 2021. “Au moment du lancement de la nouvelle gamme, il y a eu une forte demande, ce qui est normal. Nos stocks ont été très tendus et nous avons pris des mesures pour les reconstituer, malheureusement, les retards dans l'acheminement liés aux problèmes de transport maritime à la fin de l'année nous ont ralenti”, justifie-t-il. L'institut a donc été contraint de “ralentir le retrait” des pièces de l'ancienne gamme et d'en laisser plus que prévu en circulation.
 
Le risque de “goulet d'étranglement”
 
Le directeur l'assure, ces problèmes de restockage sont largement réglés désormais : “On a presque 30 millions de pièces en stock, alors que le stock circulant de pièces d'ancienne gamme tournait autour de 20-25 millions”. La décision de prolonger la période de transition a néanmoins été prise pour éviter une trop forte affluence dans les banques le 31 mai, puisqu'une grande partie de l'ancienne gamme circule encore, ce que Patrick Dufresne appelle “un effet goulet d'étranglement”. Autre motif mineur invoqué pour ce report, l'institut signale que “certains opérateurs de distributeurs de boissons ou friandises n'ont toujours pas pu adapter leurs appareils aux nouvelles pièces, en raison également des difficultés d'approvisionnement et des retards de fret”.

Pour le directeur de l'IEOM, les Polynésiens ont plutôt bien adopté les nouvelles pièces, la pièce de 200 fcfp, nouveauté de cette gamme, étant la moins utilisée, conformément à ce que l'Institut avait anticipé. Il reconnaît néanmoins que la coexistence des deux gammes n'en facilite pas l'appropriation par la population et peut créer des confusions. “La prolongation est nécessaire, assure-t-il, mais à un moment donné, il faut qu'il n'y ait plus qu'une seule gamme”. A partir du 1er décembre, il ne sera donc plus possible de payer avec les anciennes pièces. Ceux qui le souhaitent pourront toutefois les changer auprès de l'institut, pendant une durée restant à déterminer.
 
“Vider les porte-monnaie”
 
Patrick Dufresne en appelle à la population polynésienne pour participer activement au retrait de la vieille gamme : “Il faut essayer de vider les porte-monnaie et payer le plus possible avec les anciennes pièces”. “Certaines de ses pièces sont en circulation depuis plus de 60 ans”, rappelle-t-il et elles ont, selon lui, un impact environnemental non-négligeable : “Elles ont une très forte teneur en nickel et en aluminium, qui sont très polluants. La nouvelle gamme, fabriquée par la Monnaie de Paris, est composée principalement de cuivre, moins polluant et en quantité plus limité, les pièces sont bien plus légères”. Les tōtā posent le plus de problème, car, bien que représentant 60% de l'ancienne gamme, les pièces de un ou deux francs ne circulent quasiment plus. Le Directeur de l'institut incite donc les Polynésiens à les utiliser dans les opérations caritatives. Les anciennes pièces restituées seront refondues par la Monnaie de Paris et le métal qu'elles contiennent sera revendu sur les marchés internationaux pour une somme “qui n'est pas modique”.
 
 

Le retard du fret maritime donne 6 mois de sursis aux tōtā
Fabrice Dufresne, directeur de l'IEOM : “Si c'était à refaire, on le referait de la même manière”


Êtes-vous confiant sur le fait que ce report va permettre un meilleur retour des anciennes pièces ?

“On veut inciter la population à payer le plus possible avec les anciennes pièces, pour que les commerçant, les transporteurs et les banques puissent nous retourner les anciennes pièces sur cette période de 6 mois supplémentaires Pour les tōtā, c'est plus compliqué. Ils reviennent dans des quantités plus limitées, les gens ne sont pas enclins à payer avec. Les opérations d'associations caritatives peuvent nous permettre une restitution de ces pièces de 1 et 2 Fcfp. Il a été décidé de supprimer ces pièces, parce qu'elle ne circulait quasiment plus. Les gens les stocks dans un bocal, dans leur voiture ; elles se retrouvent dans la nature ou dans le lagon. Elles ont un impact environnemental qui n'est pas négligeable”
 
Est-ce qu'il n'aurait pas été judicieux de reporter la mise en circulation de ces pièces en raison de la crise sanitaire ?

“Si c'était à refaire, on le referait de la même manière. Un changement de gamme de pièces est un processus extrêmement long. Il a duré trois quatre ans. Depuis l'approbation du projet par les autorités de chaque territoire, de l'État, la production préalable jusqu'à la préalimentation qui, dans les archipels, est un enjeu fort. Trois mois avant la mise en circulation, il fallait acheminer les nouvelles pièces dans toutes les îles de Polynésie, pour que tout soit prêt à la date officielle.”

 

Rédigé par Antoine Launey le Mardi 10 Mai 2022 à 17:52 | Lu 1753 fois