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Le rapport du Civen "pas satisfaisant" pour les associations de victimes des essais nucléaires


Tahiti, le 27 juillet 2022 – Suite à la publication du rapport d’activités 2021 du Civen, deux associations locales de défense des victimes des essais nucléaires ont réagi pour modérer la "satisfaction" du comité quant à la prise en charge des dossiers de victimes l’an dernier. L’association 193 juge les résultats encore "très insuffisants" et dénonce un manque de transparence, tandis que Tamarii Moruroa s’interroge sur la part des Polynésiens dans les indemnisations. Le Sdiraf, de son côté, s’intéresse à la question des remboursements auprès de la CPS, qu’il a soumise au président de la République.
 
Dans son dernier rapport d’activités, le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen) se félicite d’une année 2021 marquée par une "meilleure reconnaissance de la qualité de victime des essais nucléaires français", avec un nombre d’indemnisations record (presque 2 milliards de Fcfp versés). Mais du côté des associations locales, le retour est plus mitigé.
 
"C’est encore très insuffisant de notre point de vue", selon Léna Normand, vice-présidente de l’association 193. "On ne peut pas dire que ce que fait le Civen n’est pas bien mais c’est un dossier difficile et délicat", tempère de son côté Yannick Lowgreen, président de Tamarii Moruroa et représentant pour le nucléaire au sein du Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec). Les représentants de Moruroa e Tatou ne se sont pas encore exprimés à ce sujet, occupés cette semaine par le Synode de l’Église protestante mā’ohi à Faa’a.
 
Manque de transparence
 
"Sur 199 décisions rendues en 2021, 91 sont favorables, soit 46%. C’est un pourcentage léger. En quoi est-ce satisfaisant ?", s’interroge Léna Normand, qui pointe également un manque de transparence et de données concrètes de la part du comité. "Si on regarde bien, ça reste des généralités. C’est pourquoi on a demandé au comité de nous donner la part de dossiers émanant d’anciens travailleurs sur site et celle de simple population résidente, concernant les demandes émanant de Polynésie, et parmi celles-ci, celles qui ont eu des avis favorables et défavorables. On aimerait également connaître les statistiques par pathologies radio-induites et par genre."
 
De son côté, Tamarii Moruroa, par la voix de son représentant, aimerait connaître le montant des indemnisations versées aux Polynésiens. "Le détail n’est pas indiqué dans le dossier, c’est un chiffre global qui enveloppe aussi les dossiers métropolitains et algériens. Depuis 2018, 218 dossiers polynésiens ont été enregistrés pour 284 métropolitains. Ce n’est pas suffisant. Je ne pense pas qu’en Polynésie, beaucoup de gens aient touché 9 millions de Fcfp d’indemnisations, ça tourne plutôt autour de 2 à 4 millions."
 
Pour permettre au Civen de traiter davantage de demandes émanant de Polynésie, Yannick Lowgreen suggère que la CPS mette en place un bureau unique dédié à cela. "Les médecins contrôleurs de la CPS savent qui sont les personnes touchées par des maladies radio-induites. Il faudrait qu’ils les convoquent, ou leurs descendants, pour monter un dossier de demande d’indemnisation. Comme ça, si c’est validé au niveau du Civen, la personne touchera son indemnisation de 2 à 4 millions de Fcfp et la CPS aussi sera remboursée des frais engagés."
 
Des "réformes profondes"
 
La question de ces remboursements dus à la CPS intéresse particulièrement le Syndicat pour la défense des intérêts des retraités actuels et futurs (Sdiraf) dont le vice-président, Michel Arakino, vétéran du nucléaire, est également membre actif de Moruroa e Tatou. "Aujourd’hui, ce qu’attend l’État, c’est que le Pays lui envoie les facturations des charges supportées par la CPS dues aux maladies reconnues comme radio-induites. La démarche de notre syndicat, c’est de montrer une autre façon pour la CPS d’être remboursée en prenant en compte les personnes qui ont été indemnisées par le Civen." Cela fait partie des points qu’il abordera avec les autorités métropolitaines lors de son déplacement à Paris au mois de septembre. L’occasion également de présenter le cahier des charges de son syndicat suite au courrier tout juste reçu de la part du directeur de Cabinet du président de la République (lire encadré).
 
L’association 193, quant à elle, demande des "réformes profondes" de la loi Morin : le retrait de la date butoir de 1998, qui permettrait ainsi d’inclure la problématique des contaminations transgénérationnelles, le retrait du critère du millisievert, mais aussi la reconnaissance des "collatéraux", les proches des victimes qui souffrent également.
 
"Beaucoup de choses ont été modifiées depuis la mise en place de cette loi", souligne Yannick Lowgreen. "Mais il reste encore beaucoup à faire pour une meilleure reconnaissance des personnes touchées par les maladies radio-induites. Pour ça, il faut trouver les bonnes solutions et les bons arguments."

 

L’Élysée répond au Sdiraf sur les indemnisations CPS

Dans un courrier daté du 26 avril, le Syndicat pour la défense des intérêts des retraités actuels et futurs (Sdiraf) s’est adressé au président de la République sur la question des indemnisations de la CPS par le Civen. Il y était notamment question des frais de prise en charge des maladies radio-induites par la CPS et de leur remboursement après validation d’un dossier de victime par le comité. Le Sdiraf demandait qu’en cas d’indemnisation reconnue, la CPS soit avertie de la décision du Civen afin de pouvoir demander un remboursement de ses frais pour cette personne, et ainsi d’améliorer sa trésorerie. Dans ce même courrier, le Sdiraf demandait également une prise en charge totale par l’État des frais de l’hôpital, du fait des conséquences sur tous les Polynésiens des essais nucléaires.
 
Le directeur de Cabinet du président de la République a accusé, dans un courrier daté du 11 juillet, bonne réception de cette lettre et stipulé qu’"Emmanuel Macron mesure pleinement toute l’importance d’aborder cette question cruciale". Il enjoint ensuite au président du Sdiraf de contacter Michel Marquer, préfet chargé de mission auprès de la Première ministre pour le suivi des conséquences des essais nucléaires en Polynésie française, tout en informant les ministres de la Santé et des Outre-mer. Ce devrait donc être au programme des visites parisiennes du vice-président du Sdiraf, Michel Arakino, au mois de septembre.
 

Rédigé par Lucie Ceccarelli le Mercredi 27 Juillet 2022 à 19:56 | Lu 1334 fois