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Le poison d’avril



Tahiti, le 1er avril 2020 – Trois semaines après l’apparition du premier cas de coronavirus en Polynésie, l’organisation de la réponse immédiate aux crises sanitaires et économiques qui s’annoncent se dessine. Le plus dur reste néanmoins plus que jamais devant nous.
 
Exactement trois semaines se sont écoulées depuis la découverte du premier cas de coronavirus au fenua le 11 mars dernier. La Polynésie a vécu depuis un véritable bouleversement sociétal et économique dont personne ne peut encore aujourd’hui mesurer la durée et l’impact à court, moyen et long terme. En l’espace de quelques jours, le fenua a fermé ses écoles, confiné sa population, baissé le rideau de la plupart de ses commerces, suspendu ses vols domestiques et internationaux, stoppé brutalement sa locomotive économique touristique ou encore instauré un couvre-feu… Et si les premières mesures d’anticipation des crises sanitaire et économique se mettent en place –plus ou moins rapidement selon que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre des organes de décisions– ce 1er avril ne sera pas propice aux poissons. Même en PPN.
 
Le virus encore confiné
 
Parmi les motifs de satisfaction –parce qu’il y en a tout de même– la fenua reste pour l’heure épargné par la crise sanitaire qui déferle désormais sur la quasi-totalité des pays du monde. Avec 3 cas de Covid-19 dans sa première semaine d’introduction du virus, 15 en deuxième semaine et 17 en troisième semaine, le système de santé polynésien se prépare au pire sans avoir à gérer une mobilisation médicale particulière sur les cas en cours. Une cellule de crise sanitaire est déjà en place depuis plus d’une semaine, plusieurs tonnes de fret médical ont déjà été importés pour stocker masques, tests, médicaments et respirateurs afin de renforcer les capacités habituelles notamment en réanimation et dans les dispensaires et hôpitaux périphériques de la Direction de la santé dans les îles. Un premier vol Air Tahiti Nui affrété par le Pays est parti hier matin pour Tokyo puis Shanghai strictement pour acheminer du matériel médical jusqu’en Polynésie. Et le ministre de la Santé, Jacques Raynal, a annoncé hier la programmation d’un second vol “avec un volume de commande équivalent”. Par ailleurs, le ministre a également annoncé « en matière de continuité territoriale » qu’un vol hebdomadaire « technique » avec la métropole serait maintenu, via Pointe-à-Pitre, pour permettre un approvisionnement médical et rendre possible des évacuations sanitaires « urgentes ». Les deux premiers vols transporteront également les derniers non-résidents polynésiens vers la métropole. Mais ils ne pourront pas ramener de Polynésiens vers le fenua.
 
Pour autant, les douloureuses expériences vécues par la métropole et plusieurs autres pays ont appris à se méfier de ce virus qui dort. Jacques Raynal ne cesse de le répéter lors du point presse quotidien à la cellule de crise à Papeete, il y a “très probablement” davantage de cas “réels” en circulation en Polynésie. Des cas vraisemblablement asymptomatiques ou non déclarés, puisque leurs porteurs ne se sont pas fait connaître des autorités sanitaires à l’heure actuelle. Mais des cas à prendre en compte pour anticiper la progression à venir du virus. Le Pays attend d’ailleurs de recevoir une batterie de tests supplémentaires, pour amplifier ses procédures de dépistage et potentiellement identifier davantage de cas.
 
En confinement, jusqu’à quand ?
 
Résultat de cette lente progression du coronavirus, il est aujourd’hui très difficile de prévoir la fin du confinement imposé aux Polynésiens. Vendredi, l’ensemble des mesures renforcées de confinement avec couvre-feu a été repoussé d’une semaine au 15 avril prochain. Mais que ce soit en séance à l’assemblée la semaine dernière ou devant les médias lundi, le gouvernement semblait déjà prévoir son prolongement. “Il est quand même fort probable, quand on regarde l’évolution de l’épidémie, que l’on soit obligé de prolonger ce confinement, mais peut-être qu’il y aura des conditions particulières”, indiquait lundi Jacques Raynal. Selon l’épidémiologiste de l’OMS présent au fenua, Sean Casey, la levée du confinement doit correspondre à une baisse de la propagation du virus sur le territoire constatée pendant la durée d’incubation moyenne du Covid-19 estimée aujourd’hui à deux semaines. Avec deux cas en deux jours depuis lundi, tout dépendra donc de l’évolution de la situation au moins pendant les quinze prochains jours.
 
Mais après une éventuelle levée du confinement au niveau local, l’autre question inhérente à notre économie et à notre situation géographique sera celle de la réouverture vers nos pays voisins. Après l’Asie, puis l’Europe, c’est au tour des Etats-Unis de subir aujourd’hui une envolée du nombre de cas de Covid-19. Les pics d’épidémies n’étant pas atteint chez nos voisins, il y a peu de chances pour que ces derniers rouvrent leurs frontières dans les prochaines semaines et encore moins pour que les premiers touristes recommencent à circuler dans des proportions suffisantes pour l’économie locale. Comme la plupart des autres compagnies locales, Air Tahiti Nui n’a pas prévu de reprise de ses vols avant le mois de mai.
 
Economie de crise
 
Comme pour la crise sanitaire, les premières réponses à la crise économique ont été annoncées et se mettent en place au fil des jours. Comme au plan médical, une “cellule de crise économique” a été constituée jeudi dernier pour répondre aux entreprises et aux employés et patentés victimes de la soudaineté de l’impact des mesures de confinement. Hier, le gouvernement a dévoilé le mode opératoire pour bénéficier des trois dispositifs d’amortissement sociaux annoncés une semaine plus tôt. Un “revenu exceptionnel de solidarité” de 100 000 Fcfp pour les salariés dont le contrat serait “suspendu”, une allocation de 100 000 Fcfp pour les patentés privés de revenus et même une allocation chômage temporaire de 100 000 Fcfp pendant trois mois pour les victimes d’éventuels licenciements économiques. On peut y ajouter l’augmentation des allocations familiales aux ressortissants du régime de solidarité, le report du paiement des loyers OPH ou l’engagement des opérateurs téléphoniques, de distribution d’eau ou d’électricité de ne pas couper leurs services pendant la durée du confinement qui sont déjà effectifs. La ministre du Travail, Nicole Bouteau, a par ailleurs confirmé que le Pays travaillait désormais sur un plan de relance post-crise.
 
Côté sauvetage des entreprises, les regards du Pays se sont rapidement tournés vers l’Etat avec des réponses qui se sont faites attendre ces derniers jours et qui se précisent aujourd’hui. D’ici la semaine prochaine, les entreprises locales pourront bénéficier des prêts garantis par l’Etat via la Banque publique d’investissement pour un montant total de 300 milliards d’euros (36 000 milliards de Fcfp) au plan national. Par ailleurs, les petites entreprises et patentés polynésiens pourront également bientôt bénéficier du fonds de solidarité de 180 000 à 420 000 Fcfp également prévu au niveau national. Même si une convention doit encore être signée entre l’Etat et le Pays pour asseoir ce dispositif en Polynésie. Seule demande restée lettre morte jusqu’à aujourd’hui, celle d’une avance de trésorerie d’au moins 10 milliards de Fcfp adressée à l’Etat par le gouvernement.
 
Les premiers mécanismes de gestion de crise étant désormais enclenchés, la Polynésie va maintenant devoir faire le dos rond pour “laisser passer la vague” dans les prochaines semaines, pour reprendre les propos d’Edouard Fritch. Sans précisément savoir combien de temps il faudra continuer à surnager avant la déferlante.

Rédigé par Antoine Samoyeau le Mercredi 1 Avril 2020 à 01:51 | Lu 6847 fois




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