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Le patron grec de Pfizer ambitionne de dessiner "la carte mondiale de la santé publique"


Paris, le 26 novembre 2020 - AFP - Quelques mois après son arrivée à la tête du géant pharmaceutique américain Pfizer, le Grec Albert Bourla annonçait vouloir "dessiner la carte mondiale de la santé publique". 

Un an plus tard, son laboratoire est le premier à avoir annoncé la découverte d'un vaccin contre le coronavirus, suscitant de grands espoirs à travers le monde.

"Le poste de PDG, c'est beaucoup plus que la gestion d'une entreprise, il s'agit de dessiner la carte mondiale de la santé publique, prendre des décisions qui ont le potentiel de changer de manière significative des vies humaines", proclamait-il fin 2019 à l'université de sa ville natale de Thessalonique, qui lui remettait le titre de docteur honoris causa.

Il faisait aussi le voeu d'un "avenir où la maladie ne vaincrait pas", lors de cet événement honorant son parcours hors du commun au sein de Pfizer, où le père de famille de 59 ans a débuté comme visiteur médical en Grèce avant de d'émigrer 25 ans plus tard pour poursuivre sa carrière à l'international.

C'est en janvier 2019 qu'Albert Bourla s'est hissé aux plus hautes fonctions du groupe américain. Le 9 novembre 2020, il annonçait que le vaccin développé avec le laboratoire allemand BioTNech contre le Covid-19 était efficace à 90%. Provoquant les réactions enthousiastes des responsables politiques mondiaux et l'euphorie sur les marchés financiers.

Ce vaccin est "sans doute l’avancée médicale la plus importante des 100 dernières années", se vante alors le PDG sur la chaîne CNBC, même si d'autres sociétés, comme l'américaine Moderna ou la britannique AstraZeneca, ont annoncé depuis avoir mis au point leur propre vaccin.

"J'avais parié qu'il réussirait à inventer le vaccin", se réjouit son beau-père Isaac Alhanatis, qui vit à Thessalonique. "J'en étais sûr car tout ce qu'il dit, il le fait", affirme-t-il à l'AFP.

Albert Bourla avait annoncé dès le mois de septembre que les essais cliniques du vaccin produiraient des résultats avant fin octobre, un calendrier ambitieux qui avait provoqué le scepticisme des experts. 

Ce qui a conduit certains à émettre le soupçon que Pfizer, en faisant cette annonce juste avant l’élection présidentielle américaine du 3 novembre, cherchait à faire une fleur au président sortant Donald Trump, qui qualifiait volontiers M. Bourla de "type super". 

Rien n’aurait cependant été possible sans la petite société de biotechnologie allemande BioNTech qui en mars avait proposé un partenariat à Pfizer, pour produire un vaccin avec une technologie génétique nouvelle.

 

- "Critère du succès" -

 

M. Bourla affirme que "le critère du succès à la fin de (son) mandat sera le nombre de maladies traitées et celui des vaccins trouvés".

A titre personnel, la nouvelle des bons résultats préliminaires sur l'efficacité du vaccin anti-Covid lui a déjà rapporté beaucoup financièrement. Il a en effet vendu pour 5,6 millions de dollars d'actions du laboratoire américain le jour de l'annonce alors que l'action s'était envolée de plus de 7%.

Un porte-parole a cependant affirmé que cette transaction était prévue de longue date, laissant entendre un hasard de calendrier.

A l'Université vétérinaire de Thessalonique, "Akis", comme le surnommaient ses amis, a obtenu son doctorat de biotechnologie de la reproduction.

Né en octobre 1961 dans une famille juive de l'ancienne "Jérusalem des Balkans", où la majorité de la communauté juive avait été exterminée par les nazis, Albert Bourla était "calme" et "timide" mais savait "faire preuve d'un caractère de leader quand l'occasion se présentait", se rappelle son professeur Dimitris Kouvelas.

Fils d'un gérant de distillerie, il a intégré Pfizer à Thessalonique, d'abord simple visiteur médical avant de devenir directeur du département vétérinaire.

A l'âge de 34 ans, il est muté à Bruxelles, début d'une ascension internationale au sein du groupe, qui le conduira aux Etats-Unis en 2001 où il occupera divers postes de direction avant de siéger au conseil d'administration en 2018. 

Il "dégage une énergie positive", affirme son beau-père. "Quand j'ai appris la nouvelle (pour le vaccin), je l'ai appelé et nous avons trinqué... à distance", confie-t-il.


Rédigé par AFP le Jeudi 26 Novembre 2020 à 06:04 | Lu 727 fois