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Le long chemin vers l'emploi des travailleurs handicapés



PAPEETE, le 15 novembre 2017 - Trouver un emploi reste loin d'être facile, d'autant plus pour les personnes en situation de handicap. A l'occasion de la semaine européenne pour l'emploi des personnes handicapées et d l'examen à l'assemblée d'un texte à ce sujet, certains racontent leurs parcours.

Christophe, John, Lowina, Mahurai, Stéphanie ou Turoa. Des parcours et des horizons différents mais un dénominateur commun : une reconnaissance de travailleur handicapé. Trouver un travail n'est jamais évident. Pour les personnes reconnues comme travailleurs handicapés, encore plus. Le cachet de la Commission technique d'orientation et de reclassement professionnel (Cotorep) fait peur et inquiète encore trop souvent les employeurs.

"Mon rêve, quand j'étais plus jeune, c'était de devenir pilote d'avion, confie Christophe, 51 ans, travailleur handicapé. Finalement, j'ai fait plein de métiers dans différents domaines : construction, tourisme, culture…" Jusqu'à ce qu'on détecte chez la quinquagénaire un problème au cœur. Le père de famille subit depuis de longues séances de rééducation plusieurs fois par semaine. "Seulement, je me fatigue vite. Dans le monde de l'entreprise, les patrons m'ont souvent refusé."

Inscrit au Sefi, les conseillers l'ont orienté vers les ateliers pour la réinsertion professionnelle (APRP) seul établissement de travail protégé agréé en Polynésie. Le malade est recruté sur le champ. "Après avoir fait six mois de stage, je suis aujourd'hui en CDI. Je suis en charge de la numérisation des fichiers, indique-t-il tout sourire. C'est le seul établissement qui soutient les personnes comme nous."

UNE VOLONTÉ DE TRAVAILLER

Comme Christophe, une vingtaine de personnes sont employées aux APRP. Les missions sont diverses : de la mise sous pli à la reprographie en passant par le conditionnement et la numérisation. L'objectif de l'établissement est de donner, ou redonner, les clés du monde professionnel aux travailleurs handicapés. Ils sont ensuite redirigés vers une entreprise du "milieu ordinaire" dans la mesure du possible. Les APRP facilitent le dialogue et les rencontres entre les salariés et les potentiels employeurs. " C'est très important pour nous de retrouver du travail. J'ai toujours fait plein de choses, je ne me vois pas rester sans rien faire, ne pas travailler ", affirme Christophe en se tenant la poitrine.

C'est aussi ce que ressent Stéphanie, 44 ans. Cette mère de deux enfants travaille dans l'établissement depuis bientôt un an. "J'ai été opticienne pendant 20 ans avant d'avoir un accident. Après quoi, j'ai été jugée inapte à exercer ce métier car je ne peux plus être debout pendant trop longtemps."

Pendant plusieurs mois, elle cherche du travaille et envoie plus d'une centaine de candidatures. Les réponses, quand il y en a, sont toujours négatives. Reconnue travailleur handicapé, les portes des APRP s'ouvrent à elle. "Quand j'ai rencontré Candice, la directrice, j'ai été mise en confiance. Aujourd'hui, je fais plein de choses, j'apprends énormément. Cela me permet de faire la transition pour réussir ma reconversion professionnelle."

UN REGARD À CHANGER

A la difficulté de trouver un travail s'ajoute le regard de la société sur le handicap. Les personnes concernées aimeraient qu'il évolue pour qu'eux aussi aient leur chance dans le monde du travail. "J'ai été diagnostiquée épileptique et asthmatique à l'âge de 20 ans. Je n'ai jamais réussi à trouver de travail et je n'ai fait que des petits boulots. C'était un peu de la survie", explique Lowina, 47 ans.

Depuis son entrée aux APRP en avril, cette maman s'essaie à différents métiers. Une mission entre les mains et un objectif en vue, elle a peu à peu retrouvé confiance en elle. Ses crises d'épilepsie se sont beaucoup réduites. "Le problème aujourd'hui est que le mot handicapé fait peur à la société. Pourtant, nous sommes aussi des gens compétents. Seulement, les tâches nous demandent deux fois plus d'efforts que les employés qui n'ont pas de handicap et de pathologie."

DES INSERTIONS RÉUSSIES

L'insertion des travailleurs handicapés reste longue mais pas impossible. De nombreuses personnes passées par les APRP ont réussi à trouver un travail dans une entreprise locale. John, asthmatique, a été déclaré inapte à travailler en milieu ordinaire. Après essuyé de nombreux refus, il a intégré les APRP. Dans les semaines à venir, il devrait être mis à disposition d'une grande surface pour six mois. L'occasion de s'essayer au métier de caissier pour ce garçon de Tiarei et pour l'entreprise de tester ses compétences. Il rejoindra Mahurai, 39 ans, lui aussi travailleur handicapé passé par les APRP.

Ce dernier a obtenu un contrat à durée indéterminée en grande surface il y a trois ans. "Je travaillais dans la construction mais j'ai eu un grave accident, j'ai failli y passer. J'ai été reconnu travailleur handicapé. J'ai dû rechercher du travail mais ça a été impossible. J'ai un peu sombré et j'ai vécu dans la rue. Puis je me suis remis sur la voie du travail…", déclare Mahurai. Turoa, 23 ans, est lui aussi sur cette voie après avoir vécu dans la rue. Le travailleur handicapé est devenu agent polyvalent aux APRP. Comme ses collègues, il assure : "Il ne faut rien lâcher dans notre cas. Il y a toujours une entreprise pour nous."

En chiffres

En Polynésie française, selon les chiffres transmis par le Pays, sur les 12 397 personnes en situation de handicap, 5 963 ont une reconnaissance de travailleur handicapé. Parmi elles :
- 4622 bénéficient d'une allocation spéciale;
- 361 occupent un emploi en milieu ordinaire ;
- 920 bénéficient d'un stage travailleur handicapé;
- 19 travaillent en entreprise adaptée;

"Il faut plus d'humanité dans ce que nous proposons"

Trois questions à Sylvia Berteil, déléguée interministériel au handicap.

Que fait le gouvernement pour l'insertion professionnelle des personnes en situation de handicap?


Nous essayons de développer plus d'autonomie et plus de droit pour ces personnes. Il y a des réformes structurelles qui se mettent en place et il y a une organisation et une mobilisation de tous les acteurs. Par exemple, un projet de loi du Pays visant à étendre l'obligation d'emploi de travailleurs handicapés dans le public sera bientôt présenté à l'assemblée (NDLR : ce jeudi). C'est le texte de loi qui vient s'imbriquer dans un ensemble d'actions que l'on met en œuvre. Nous travaillons également sur la refonte de la règlementation qui date de 1982. En terme d'employabilité, il faut retravailler ce texte cadre.

Comment le Pays compte-t-il faire pour permettre cette insertion ou réinsertion?

Nous avons plusieurs pistes de réflexion. Nous allons repenser l'allocation versée pour les personnes en situation de handicap. Il y a un décalage entre celle-ci et le salaire perçu une fois qu'elle travaille. Ensuite, nous sommes en train de mettre en place un dispositif d'accompagnement pour les entreprises qui emploient des travailleurs handicapés. Il est important d'accompagner ces derniers et d'avoir un conseiller qui fasse le lien. Les entreprises ont besoin de plus de soutien. Enfin, c'est tout aussi important, il faut prendre en compte le regard de la société sur les personnes atteintes de handicap. Les actions menées au niveau institutionnel ne pourront marcher que si nous arrivons à faire changer de regard sur le handicap. La question est de savoir comment on les inclut mieux dans la société? La réponse ne se trouve pas seulement à travers les chiffres. Bien souvent, on ne parle que de chiffres. Il faut plus d'humanité dans ce que nous proposons.

Est-ce que tous ces objectifs sont atteignables?

A l'avenir, les services devraient être plus coordonnés et permettront un meilleur suivi des travailleurs handicapés. Nous sommes en train de tout mettre en œuvre pour atteindre ces objectifs. Il faut se mettre des objectifs réalisables car sinon les personnes en situation de handicap ont l'impression que nous n'avançons pas. Pour l'heure, du côté de l'accessibilité, ce n'est pas encore réalisable chez nous faute de moyens.


L'obligation d'emploi des travailleurs handicapés étendue au secteur public?

Au fenua, une loi de 2007 impose aux entreprises du secteur privé qui compte entre 25 et moins de 50 salariés, d'employer au moins un travailleur handicapé. Pour les entreprises de 50 salariés et plus, le taux d'obligation d'emploi est fixé à 4 %. Ce pourcentage n'a jamais été atteint car depuis la mise en place de cette loi, le taux a été ramené de manière provisoire à 2%. "Tous les gouvernements ont demandé à maintenir à 2 % le temps que les actions nécessaires aient un réel impact. Les politiques d'insertion qui étaient proposées à côté étaient souvent avortées", précise Sylvia Bertheil, déléguée interministériel au handicap. Cette mesure provisoire a été prolongée jusqu'en 2020.

Si les employeurs ne sont pas en règle, ils doivent s'acquitter d'une participation financière annuelle dissuasive qui équivaut à 2500 fois le SMIG horaire, pour chacun des travailleurs handicapés manquant ou correspondant à l'obligation d'emploi au bénéfice du Fonds pour l'insertion professionnelle des travailleurs handicapés (FIPTH). Cette participation peut être réduite, voire totalement compensée, si cet employeur dispose d’un contrat de sous-traitance ou de prestation de services avec un établissement de travail protégé.

Les Ateliers pour la réinsertion des travailleurs handicapés (APRP) sont le seul établissement de ce type agréé, permettant aux entreprises de s’exonérer en partie de leur obligation d’emploi de travailleurs handicapés par la sous-traitance. Les chefs d'entreprise peuvent aussi demander un recours gracieux afin d'être exonéré.

Un projet de loi présenté au CESC en octobre et prochainement à l'assemblée, prévoit d'étendre cette obligation d'emploi au secteur public. Si cette loi est adoptée, elle entrera en vigueur dès 2018. Le taux de l'obligation d'emploi auquel sera assujetti le Pays sera alors de 1 % en 2018 et 1,5% en 2019.

Rédigé par Amelie David le Mercredi 15 Novembre 2017 à 17:05 | Lu 700 fois





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