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Le docteur Viali au centre de RAA


En 2022, la CPS dénombrait 3785 inscrits en longue maladie au titre du RAA. Crédit : Tom Larcher
En 2022, la CPS dénombrait 3785 inscrits en longue maladie au titre du RAA. Crédit : Tom Larcher
Tahiti, le 11 avril 2024 - Le centre de lutte contre le Rhumatisme articulaire aigu (RAA) à Hamuta saluait, jeudi, la présence du Dr Satupaitea Viali, venu au Fenua pour assister au programme “Brick Pacific” de l’institut Louis Malardé. En présence de ce spécialiste du RAA, les acteurs du centre ont réfléchi aux prochaines étapes de la lutte contre cette pathologie, notamment sa détection, la sensibilisation des populations face à la bactérie et la mise en place d’un réseau de partage de connaissances.
 
Y a-t-il du RAA dans la famille ?”, demandait ce jeudi matin un médecin du centre de lutte contre le Rhumatisme articulaire aigu (RAA) en pleine consultation d’un jeune enfant, à la suite d’une vaste opération de dépistage dans les écoles. Dans le bureau d’à côté, un groupe de cinq médecins, un demi-siècle d’études cumulées, analyse une échographie du cœur d’un enfant. Ensemble, ils tentent d’y déceler des signes de RAA. Mais aujourd’hui, les membres du centre ont du renfort : le docteur Satupaitea Viali est venu leur rendre visite. Ce docteur émérite, spécialiste de la maladie et président de l’université océanienne de médecine de Samoa est de passage à Tahiti pour assister à l’atelier Brick Pacific de l’institut Louis Malardé. Pour lui, c’était l’occasion d’aller voir “les docteurs avec qui j’ai travaillé il y a 20 ans sur le Rhumatisme articulaire aigu” explique Satupaitea Viali. L’objectif de sa visite est de comparer les méthodes de détection de cette maladie endémique en Polynésie française (qui sévit en permanence dans cette région) et qui s’attaque au tissu cardiaque. “Les Samoans sont plutôt similaires aux Polynésiens, et sont beaucoup touchés par cette maladie. Le problème, c’est que si tu ne détectes et ne traites pas cette maladie au plus vite, tu en paieras le prix plus tard”, prévient le spécialiste.
 
Le RAA
 
Le fléau est ancien, ici, en Polynésie. Jean-Marc Segalin, médecin responsable du centre le connaît depuis longtemps : “C’est une très vieille maladie. Nos critères de diagnostic sont issus d’une publication de 1949.” Et au Fenua, les Polynésiens en souffrent depuis aussi longtemps raconte Pierre Boucher, médecin du centre de santé scolaire. “Dans toutes les familles tu as quelqu’un qui a un cousin ou autre qui a été touché.” En 2022, la CPS comptait 3 785 inscrits en longue maladie au titre du RAA. Cette même année, ce sont 228 nouveaux cas qui sont déclarés dans les fichiers de l’assurance maladie, dont 157 chez les jeunes de 5 à 14 ans (principale catégorie touchée ; un tiers des patients atteints ont moins de 20 ans). Ce qui fait de la Polynésie un pays de haute endémie vis-à-vis du RAA, selon la définition de la World Heart Federation.
 
Le RAA se contracte suite à une angine streptococcique qui n’a pas été soignée. “Le corps va réagir au streptocoque de type A et cette réaction attaque le cœur et ses tissus”, explique Satupaitea Viali. Cette réaction du corps face au streptocoque de type A permet d’ailleurs de comprendre la dénomination “Rhumatisme articulaire aigu”. “La réaction du corps est un état de maladie inflammatoire aiguë qui donne comme symptômes de la fatigue, de la fièvre, parfois des douleurs abdominales et surtout des douleurs articulaires. Les articulations sont chaudes, gonflées, douloureuses et rouges. Lorsque ce type de symptômes apparaît, on doit penser au RAA”, conclut Jean-Marc Segalin.

Pour soigner la maladie, des injections de pénicilline sont nécessaires. “En Intramusculaire, pour que la pénicilline reste longtemps dans le corps et évite ainsi une rechute de l’infection streptococcique”, dit Pierre Boucher. Pour la prévenir, il vaut mieux commencer par soigner son angine ou son infection de la peau. Et si des symptômes de RAA apparaissent, quelques semaines après, il faut consulter rapidement car plus la maladie se développe, plus elle devient dangereuse selon Jean-Marc Ségalin. « En Afrique, c’est la maladie cardiaque qui tue le plus. »

Pierre Boucher, Satupaitea Viali et Jean-Marc Segalin entrain d'examiner une échographie d'un coeur.  Crédit : Tom Larcher
Pierre Boucher, Satupaitea Viali et Jean-Marc Segalin entrain d'examiner une échographie d'un coeur. Crédit : Tom Larcher
Sensibiliser à la maladie
 
C’est pourquoi en 2019, le centre de lutte contre le RAA a été mis en place. Cet organe de la Direction de la santé officie directement dans les collèges où ses équipes dépistent les jeunes élèves en leur faisant passer des échographies du cœur. Dans un deuxième temps, les enfants chez qui ont été détectés des anomalies, doivent consulter un cardiologue avec leurs parents pour confirmer ou infirmer le diagnostic soit au centre du RAA situé à Hamuta, soit en cabinet libéral. En 2022, 92 cas ont été découverts grâce à ce dépistage scolaire.
 
Car l'une des grosses problématiques du territoire, c’est le manque de connaissance des symptômes de la maladie chez la population, qui entraîne une absence de consultation et de traitement . Le centre de lutte contre le RAA planche donc sur une campagne de sensibilisation à la maladie, pour encourager les gens à aller consulter au premier doute.
“On est en train d’élaborer un plan de communication pour inciter les gens à se soigner lors d’une infection de la gorge ou de la peau, car ce sont les modes d’entrée de la maladie”, rend compte Jean-Marc. “Et expliquer au grand public, que cette infection, si elle n’est pas traitée à temps peut entraîner quelques semaines après une réaction anormale du corps contre lui-même qui va notamment abimer le cœur ; c’est ce qui fait toute la gravité du RAA ». Et cette prévention passe par un apprentissage dès le plus jeune âge : « On doit apprendre aux enfants à se plaindre lorsqu’ils ont mal à la gorge ou lorsqu’ils ont des bobos, et apprendre aux parents à les repérer. Pour ensuite aller voir un docteur ou un infirmier ».

Un réseau d’échange scientifique
 
Au centre du RAA qui accueillait donc le Dr Satupaitea Viali, l’heure est à la réflexion. En présence de ce spécialiste du RAA, l’équipe du RAA envisage de mettre en place un réseau international, afin de partager les méthodes de dépistage et de prise en charge de la maladie ainsi que les avancées scientifiques. Un réseau international bien sûr, mais aussi impérativement un réseau « intra pacifique, car les populations sont très particulières dans le pacifique ». Évidemment, le Graal resterait le développement d’un vaccin contre le streptocoque confirme Jean-Marc Ségalin. « Quand on aura le vaccin, son utilisation en zone endémique mettra fin à cette maladie, c’est sûr ». Mais le processus est complexe, « C’est de la recherche fondamentale. Et le développement des vaccins contre les bactéries est un vrai défi à chaque fois » termine Jean-Marc Ségalin.
 
Pour tout renseignement : [email protected]

Rédigé par Tom Larcher le Jeudi 11 Avril 2024 à 18:43 | Lu 1010 fois