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Le climat invoqué par un tribunal australien pour rejeter un projet minier



Sydney, Australie | AFP | vendredi 07/02/2019 - Un tribunal australien a rendu vendredi une décision potentiellement lourde de conséquences pour l'industrie minière en invoquant le réchauffement climatique et l'Accord de Paris pour rejeter un projet de mine de charbon.
Le tribunal des affaires foncières et environnementales de l'Etat de Nouvelle-Galles du Sud, dans l'ouest de l'Australie, a estimé que le projet de mine de charbon à ciel ouvert de Rocky Hill, situé à Gloucester, à 220 km au nord de Sydney, intervenait "au mauvais endroit, au mauvais moment".
La décision rendue par le juge Brian Preston se distingue en particulier par le fait qu'elle ne s'appuie pas seulement sur les études d'impact local du projet de la société Gloucester Resources, mais aussi sur les répercussions secondaires en termes de réchauffement climatique liées à l'utilisation du charbon.
"Au mauvais endroit parce qu'une mine de charbon à ciel ouvert dans ce paysage spectaculaire et culturel (...) aura des impacts importants en termes visuel, social et en termes d'aménagements", peut-on lire dans la décision.
"Au mauvais moment parce que les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la mine de charbon et des produits du charbon accroîtront les concentrations mondiales de GES au moment où ce qui est nécessaire et urgent, pour atteindre les objectifs climatiques qui ont été agréés, est une baisse rapide et profonde des émissions de GES", écrit le juge. 
"Il faut éviter ces conséquences graves. Le projet doit être refusé", poursuit-il. "Toutes les ressources naturelles ne doivent pas nécessairement être exploitées."
 

- Le contentieux climatique est né -

 
La décision cite à de multiples reprises l'Accord de Paris sur le climat, que l'Australie a ratifié en 2016, et la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Et des climatologues avaient été appelés à témoigner.
Ainsi le chercheur Will Steffen a-t-il rappelé au tribunal que la température moyenne de surface avait augmenté en Australie d'un degré au cours du dernier siècle. 
Les organisations environnementales avaient fait de la mine de Rocky Hill un dossier "de référence" pour le droit australien en espérant qu'il crée un précédent.
L'Australie est un des premiers producteurs de charbon au monde, et son premier exportateur, alimentant les centrales électriques de Chine, d'Inde, de Corée du Sud ou encore du Japon.
"C'est une décision d'une importance énorme", a déclaré l'avocat David Morris, conseil du Bureau des défenseurs de l'environnement (EDO), une ONG qui représente les habitants en lutte contre le projet de Rocky Hill.
"Cela annonce l'arrivée du contentieux climatique en Australie", a-t-il dit à l'AFP. "C'est la première fois que le changement climatique est utilisé comme un motif de refus d'un projet d'énergie fossile dans ce pays et, à ce que je sache, ailleurs aussi."
Le tribunal avait été saisi par Gloucester Resources après que son projet de mine eut été rejeté par les autorités de Nouvelle-Galles du Sud.
Le groupe minier non coté, qui espérait extraire sur 16 ans 21 millions de tonnes de charbon du site de Rocky Hill, n'a pas pu être joint dans l'immédiat par l'AFP. Gloucester Resources, qui promettait notamment de créer 170 emplois, peut encore faire appel.
La Fondation australienne pour la conservation (ACF) a de son côté présenté la décision judiciaire comme "importante".
Plusieurs projets miniers, notamment le gigantesque projet Carmichael du géant indien Adani, sont notamment confrontés à de multiples recours judiciaires en raison de leur impact environnemental.
En raison de sa dépendance massive au charbon et de sa population relativement restreinte -25 millions d'habitants- l'Australie est un des pays qui génère le plus de gaz à effet de serre par habitant. 
Le gouvernement conservateur du Premier ministre Scott Morrison traîne les pieds en matière de lutte contre le réchauffement, ayant fait du développement économique une priorité aux dépens des objectifs de réduction des émissions. 
Il a reconnu en décembre être mal parti pour respecter les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour 2030 déterminés dans le cadre de l'Accord de Paris.

Rédigé par RB le Vendredi 8 Février 2019 à 05:11 | Lu 481 fois




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