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Le Teriieroo a Teriierooiterai est arrivé


L'arrivée du nouveau POM aux quais de Papeete.  Crédit : Tom Larcher
L'arrivée du nouveau POM aux quais de Papeete. Crédit : Tom Larcher
Tahiti, le 23 mai 2024 - Le nouveau Patrouilleur Outre-mer (POM), un des précurseurs de la nouvelle génération de ces navires militaires, est arrivé à Papeete ce jeudi. Surclassant ses prédécesseurs en tous points, le Teriieroo a Teriierooiterai ouvre la voie au renouveau des capacités des forces armées en Polynésie française, où il servira dans la protection et la surveillance de sa zone économique exclusive.

Enfin, il s’apprête à accoster. Après un voyage de deux mois et demi initié au port de Brest, le Teriieroo a Teriierooiterai sonne sa corne de brume à la vue du rivage tahitien. Près de 80 mètres de longueur, 12 de large… C’est sûr, ce Golgoth d’acier en impose. Qualifié de “bijou de technologie”, le deuxième des six POM commandés par le ministère des Armées en novembre 2019 arrive à son port d’attache à Papeete, d’où il exercera une présence dans toute la ZEE polynésienne.
 
Son arrivée était très attendue, car très symbolique. En témoigne le colonel Marc Dubois, adjoint du commandant supérieur des forces armées en Polynésie française. “Pour nous, c’est un événement majeur, on augmente significativement nos capacités en Polynésie française.” L’arrivée du patrouilleur affirme la poursuite du “renouvellement capacitaire des forces armées” ici, au Fenua. L’armée avait déjà fait peau neuve en remplaçant son hélicoptère Alouette par le Dauphin N3 en 2022 et continue avec ce patrouilleur qui vient remplacer son aîné, l’Arago. Un deuxième patrouilleur dernier cri devrait suivre en 2025, et accompagnera le remplacement de l’aéronef Gardian par le Falcon 50, un avion de surveillance maritime et de secours en mer.

Des tests à passer

Un des trois bateaux d'interventions rapides.  Crédit : Tom Larcher
Un des trois bateaux d'interventions rapides. Crédit : Tom Larcher
Mais pour l’instant, si le POM est arrivé à bon port, il n’appartient pas encore officiellement à l’État. Actuellement, le bâtiment est sous convention avec la marine en attendant de passer une batterie de tests en eau polynésienne pour vérifier sa pleine fonctionnalité. “Ce sera à la DGA de dire s’il est conforme” continue le colonel Marc Dubois. S’assurer de sa performance, c’est en partie pour ça que son voyage fut si long : volontairement, la Marine et ses officiers présents à bord ont suivi un itinéraire particulier afin de mettre ce nouveau POM à rude épreuve, explique le capitaine de corvette François Thisse : “L’objectif était bien sûr d’amener le bâtiment à Papeete, mais surtout de le tester dans différentes conditions.
 
C’est donc pour ça qu’ils ont décidé d’emprunter une route maritime aussi célèbre que crainte chez les navigateurs, le passage du Cap Horn. À l’extrême sud du Chili, et du monde, c’était un moyen de tester les capacités du navire en le confrontant à un des bras de mer les plus exigeants tous océans confondus. Mais après avoir triomphé de ce cap et s’il passe sans accroc les tests restants, le Teriieroo a Teriierooiterai devrait opérer sa première mission en haute mer, “au large de Teahupo’o pendant les JO, où il assurera la sécurité maritime”, annonce le colonel Marc Dubois.

Un beau bébé

La nouvelle génération de POM est "à la pointe de la tecnhologie".  Crédit : Tom Larcher
La nouvelle génération de POM est "à la pointe de la tecnhologie". Crédit : Tom Larcher
Construit à Saint-Malo, puis à Boulogne-sur-Mer par la Socarenam, cette nouvelle génération de POM surclasserait en tous points ses prédécesseurs. “Les différences majeures des patrouilleurs outre-mer par rapport à la génération précédente c’est plus de vitesse, une meilleure autonomie. Ce sont des moyens de surveillance, de détection et de traitement de l’information à bord qui sont améliorés, et une capacité de veille augmentée”, énumère le capitaine de corvette.
 
Plus de vitesse, car sur le papier le bâtiment monte à 24 nœuds, et dans les faits peut même aller plus vite. Son prédécesseur, l’Arago, plafonne, lui, à 12 nœuds. Une vitesse accrue grâce à son double moteur électrique et diesel, mais aussi par son mélange d’acier pour la coque et d’aluminium pour la structure afin d’alléger le tout. L’autonomie est aussi une condition sine qua non pour cette nouvelle version de POM, “surtout quand on opère dans des eaux aussi vastes comme celles de la Polynésie”, souligne Xavier Marotel, secrétaire général du haut-commissariat. Et un de ses plus gros atouts, c’est sa surveillance et la zone qu’il est capable de couvrir, expliquent les marins. Suréquipé en matériel informatique, le navire dispose d’un drone qui décuple la surface de la zone surveillée, mais aussi trois navettes d’intervention rapide à son bord. Fait rare sur un tel bâtiment.
 
C’est donc un véritable atout pour la surveillance de la ZEE polynésienne. Pour le contrôle de ses ressources halieutiques comme pour la présence importante dans cette zone géopolitique stratégique. “On pourra aller plus vite, plus loin, avec plus de capacité, pour la protection de l’environnement et celle de l’emploi des marins pêcheurs polynésiens”, assure Xavier Marotel.


 

Ce fut un long voyage

C’est donc comme Ulysse, heureux, que sont arrivés les 39 marins ce jeudi à Papeete. Encore plus pour les quatre marins polynésiens embarqués à bord. Il faut dire que la traversée n’était pas de tout repos : après avoir quitté Brest le 16 mars dernier, le Teriieroo a Teriierooiterai s’arrête à Mindelo au Cap-Vert, puis à Rio de Janeiro, à Buenos Aires, à Ushuaia et à Valparaiso avant de mouiller une dernière fois sur l’île de Pâques suite au passage “costaud” du Cap Horn. Une sacrée distance, “25/30 mille bornes à peu près, c’est presque 10 % de la distance Terre-Lune” compare un des marins, qui a visiblement eu le temps de compter.

Rédigé par Tom Larcher le Jeudi 23 Mai 2024 à 19:23 | Lu 1682 fois