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Le Tūramara'a, une tradition polynésienne


Le Tūramara'a, une tradition polynésienne
Tahiti, le 1er novembre 2021 - La journée de la Toussaint s’est achevée lundi soir par le Tūramara'a dans les cimetières du fenua. D’origine catholique, cette fête rassemble aujourd’hui des fidèles de toutes confessions chrétiennes venus honorer leurs défunts en communion.
 
En 2020, la Toussaint s’était tenue dans un climat contraint qui n’autorisait les rassemblements qu’en deçà de la limite de six personnes. Cette année, avec des rassemblements dans l’espace public autorisés jusqu’à cinquante personnes, et même si le port du masque est toujours recommandé, la célébration a pu se dérouler à peu près normalement lundi, avec son populaire point d’orgue en soirée : le Tūramara'a.
 
Car si le 1er novembre est la fête de tous les saints, pour les fidèles catholiques, une particularité polynésienne y associe en soirée l’hommage aux proches disparus, ailleurs célébré le 2 novembre avec la fête des morts. De sorte que la célébration du Tūramara'a va bien au-delà d’une fête catholique. C’est un rendez-vous familial et festif organisé dans une symbolique chrétienne. Un instant de joie, où la musique et les chants ont toute leur place. Mais aussi un instant de recueillement en marge de la Toussaint.
 
"Pour les chrétiens, c’est surtout une fête de la vie éternelle où les familles espèrent que leurs défunts participent à cette vie éternelle", explique le père Auguste Uebe Carlson, curé des paroisses Christ-Roi de Pamatai et Notre-Dame de Grâce à Puurai. "La croyance est que la mort n’est pas du tout une fin. Mais il y a bien sûr un aspect culturel très singulier, avec le Tūramara'a : C’est un mélange entre la fête de la Toussaint et la fête des morts. Et telles qu’elles sont célébrées, ces deux fêtes coïncident dans l’esprit des gens. Le Tūramara'a est un hommage en mémoire des défunts, mais avec une note très positive : celle d’une espérance que les défunts ne sont pas, entre guillemets 'morts', mais bien vivants. C’est cette espérance qui habite d’une certaine manière la tradition du Tūramara'a."
 
"Le Christ, lumière, vainqueur de la nuit"
 
En prévision de cette soirée, pour beaucoup le week-end de la Toussaint était réservé. Nombreux sont ceux qui ont consacré ces jours de repos à restaurer les tombes de leurs défunts. Les lieux de mémoire ont été nettoyés, parfois repeints. Les carrelages ont été brossés. En fin de journée lundi, les dernières fleurs sont posées sur les tombes avant la cérémonie qui doit débuter à la nuit tombée. Au sixième étage du cimetière de l’Uranie, Tehau est avec ses deux cousines sur la tombe de leurs grands-parents. La tombe est impeccable. "Tous les ans, on vient pour assister à la messe qui est donnée sous le chapiteau", souligne-t-elle alors qu’un culte doit avoir lieu à 18 heures, à quelques pas de là, pour initier la célébration du Tūramara'a. S’il doit être supervisé par le diacre Tehei Ken de la paroisse Maria no te hau sur les hauteurs du cimetière municipal de Papeete, un peu plus bas, au deuxième étage, le Père Christophe dirigera l’office avant de bénir l’eau apportée par les fidèles afin qu’ils puissent bénir leurs tombes. La précaution est imposée cette année par une directive diocésaine. Habituellement, ce sont les hommes d’église qui procèdent à cette bénédiction en circulant entre les tombes. Ce n’est qu’ensuite que la flamme est transmise à chaque fidèle pour l’illumination des lieux de mémoire.
 
"La bougie symbolise la victoire de la lumière sur l’obscurité. Pour les chrétiens, la bougie symbolise le Christ, lumière, vainqueur de la nuit", poursuit le père Auguste. Mais on l’aura compris, si elle est au départ catholique, la fête du Tūramara'a implique aujourd’hui des fidèles de toutes les confessions chrétiennes et même des familles non pratiquantes qui profitent de cette célébration pour rendre hommage à leurs défunts, en communion et selon leurs convictions. Une fête spirituelle et très populaire en somme, mais très polynésienne aussi.



Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Lundi 1 Novembre 2021 à 19:38 | Lu 1500 fois