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Le Pays dénonce le "chantage" d'Air Tahiti



Tahiti, le 22 juin 2020 – Le Pays a vivement réagi lundi à la décision d'Air Tahiti de ne pas reprendre ses rotations vers 26 destinations déficitaires. Par la voix de son ministre en charge des Transports inter-insulaires, Jean-Christophe Bouissou, le gouvernement dénonce un "chantage éhonté" destiné à le faire "cracher au bassinet".
 
La réaction du Pays a été particulièrement virulente, au lendemain de l'annonce de la compagnie Air Tahiti de ne pas reprendre ses liaisons déficitaires vers 26 îles et atolls de Polynésie française. Avant cela, lundi midi, le directeur général d'Air Tahiti, Manate Vivish, officialisait ses propos tenus durant le week-end à nos confrères de Polynésie la 1ère, annonçant dans la newsletter de la compagnie que "les niveaux de trafics enregistrés sont très loin de nous permettre la prise en charge des pertes que nous accusons sur les destinations autres que celles que nous avons reprises". Conséquences, seules Bora Bora, Raiatea, Huahine, Moorea, Rangiroa, Tikehau, Fakarava, Mataiva, Arutua, Ahe, Manihi, Makemo, Hao, Rikieta, Nuku Hiva, Hiva Oa, Rurutu, Tubuai, Raivavae et Rimatara seront desservies. Manate Vivish confirmant qu'Air Tahiti "renonce" à desservir les 26 autres destinations "pour une durée indéterminée".
 
"Chantage éhonté"
 
Dans l'après-midi, le ministre en charge des Transports inter-insulaires, Jean-Christophe Bouissou, a reçu les médias un par un dans son bureau au ministère pour une "déclaration" cinglante. Le ministre a d'abord dénoncé la "prise en otage" et le "chantage éhonté" de la compagnie vis à vis des populations des archipels et du Pays "pour le faire cracher au bassinet". Pour Jean-Christophe Bouissou, la compagnie aurait pu "baisser le nombre de fréquences" pour "équilibrer les comptes d’exploitation de ces lignes". Mais cette "décision unilatérale" n'a selon lui pour but que de "forcer la main du gouvernement dans un contexte de difficulté de l’entreprise".
 
La décision d'Air Tahiti intervient en effet dans un contexte de bras de fer de la compagnie et du Pays sur la compensation des liaisons non rentables. De 1990 à 2015, une convention permettait à la compagnie d'obtenir jusqu'à plusieurs centaines de millions de Fcfp par an pour compenser le préjudice économique lié à l'exploitation de ces lignes, notamment aux Tuamotu ou aux Marquises. Mais depuis la fin de cette convention et la réorganisation du transport inter-insulaire maritime et aérien en 2016, d'un côté la compagnie n'est plus accompagnée financièrement, mais de l'autre elle n'a plus d'obligations de service public à desservir ces îles non rentables.
 
Piqué au vif
 
Pour le Pays, Air Tahiti se sert donc de sa crise actuelle –bien réelle– pour contraindre le Pays à prendre dans l'urgence des délibérations organisant les obligations de service public sur la base du nouveau texte de 2016. Piqué au vif par ce qu'il estime être un odieux "chantage", le gouvernement reprend la balle au bond. "Si Air Tahiti a besoin d’un soutien financier, je peux le comprendre puisqu’il est prévu un déficit en fin d’année de 4 à 6 milliards de Fcfp", poursuit Jean-Christophe Bouissou. "Je propose à Air Tahiti de recapitaliser tout de suite la société. Nous apporterons notre contribution dans ce cadre-là, en contrepartie d’actions." Mais dans une telle option, poursuit le ministre, les autres actionnaires de la compagnie devront eux aussi recapitaliser. "Si tel n’était pas le cas, nous serions en situation de prise de contrôle de la société. Nous pourrions, à ce moment-là, régler directement ces obligations de service public et la définition tarifaire des billets d’Air Tahiti".
 
Le ministre va même plus loin, puisqu'il affirme qu'en cas de refus de cette solution par Air Tahiti, le gouvernement ne pourra "pas laisser la solution en l'état" et qu'il "soumettra la possibilité de créer une nouvelle compagnie locale". Histoire d'enfoncer le clou, Jean-Christophe Bouissou précise à l'adresse de Manate Vivish que ses propos ont été "validés ce matin au gouvernement" et qu'il n'est donc "pas la peine qu’il coure à droite et à gauche pour obtenir une autre position". "Il faudra que la direction d’Air Tahiti aille expliquer à l’actionnariat de la société, aux membres du conseil d’administration et au personnel, ce qui a pu justifier le fait que le directeur général de la compagnie se soit mis dans cette position". Chaude ambiance.
 

Jean-Christophe Bouissou, ministre chargé des Transports inter-insulaires

  • Sur la "prise en otage" et le "chantage" d'Air Tahiti :
 
"Je voudrais, suite aux propos du directeur général d'Air Tahiti, Manate Vivish, dénoncer tout d'abord la prise en otage des archipels par la direction de la compagnie. Une prise en otage des populations mais également de l'économie des archipels, via le tourisme évidemment. La deuxième chose que je dénonce, c'est le chantage effectué par le directeur général, manifestement seul, parce que jusqu'à preuve du contraire nous sommes actionnaires de cette société. Un chantage opéré vis-à-vis du gouvernement pour le faire cracher au bassinet."
 
  • Sur la "décision unilatérale" de stopper 26 dessertes :
 
"Baisser le nombre de fréquences de cinq à une, cela peut se concevoir lorsque l’on veut équilibrer les comptes d’exploitation de ces lignes, en remplissant bien évidemment les avionsAujourd’hui, Air Tahiti peut remplir ses avions en diminuant les fréquences sur les destinations de l’ensemble du réseau. Donc cette décision unilatérale qui est prise n’a pas d’autre objet que de forcer la main du gouvernement dans un contexte de difficulté de l’entreprise, bien évidemment."
 
  • Sur une "recapitalisation" d'Air Tahiti :
 
"Si Air Tahiti a besoin d’un soutien financier, je peux le comprendre puisqu’il est prévu un déficit en fin d’année de 4 à 6 milliards de Fcfp. La situation de la compagnie fera qu’avec 2,4 milliards de Fcfp de capitaux de la société, elle sera dans l’obligation de recapitaliser. Je propose à Air Tahiti de recapitaliser tout de suite la société. Nous apporterons notre contribution dans ce cadre-là, en contrepartie d’actions. Nous souhaitons bien évidemment que l’ensemble des partenaires procède à cette recapitalisation avec nous. Si tel n’était pas le cas, nous serions en situation de prise de contrôle de la société. Nous pourrions, à ce moment-là, régler directement ces obligations de service public et la définition tarifaire des billets d’Air Tahiti sur l’ensemble des destinations."
 
  • Sur la menace de créer une "nouvelle compagnie" :
 
"Si cette proposition ne convient pas à M. le directeur général de la compagnie, et si aucune autre solution n’est proposée, tout le monde comprendra que le gouvernement ne peut pas laisser la situation en l’état. Je soumettrai la possibilité de créer une nouvelle compagnie locale. Je ferai un tour de table avec de nouveau partenaires, y-compris avec Air Tahiti Nui qui aurait tout intérêt à avoir une politique tarifaire de bout en bout sur sa clientèle à l’international."
 

Rédigé par Antoine Samoyeau le Lundi 22 Juin 2020 à 22:04 | Lu 10076 fois





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