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Le Kirghizstan bloque l'application TikTok pour "protéger la santé des enfants"


Crédit Vyacheslav OSELEDKO / AFP
Crédit Vyacheslav OSELEDKO / AFP
Bichkek, Kirghizstan | AFP | vendredi 19/04/2024 - Dans son studio de photographie au Kirghizstan, Akou Charcheeva tente de se connecter à TikTok. En vain, l'application étant désormais bloquée après une décision des services de sécurité de ce pays d'Asie centrale, qui invoquent la nécessité de "protéger les enfants".

"Rien ne charge, aucune vidéo", dit la jeune femme de 22 ans qui montre le message d'erreur affiché sur l'écran d'accueil de l'application aux plus d'un milliard d'utilisateurs mensuels dans le monde.

Redémarrer le téléphone ne changera rien pour Ako Charcheeva, qui se sert de ce réseau social pour promouvoir son entreprise de photographie.

Car les opérateurs de télécommunications de ce pays de quelque sept millions d'habitants ont dû se plier jeudi à un choix des services de sécurité kirghizes, connus sous l'acronyme GKNB et dirigés par le puissant Kamtchybek Tachiev, proche allié du président Sadyr Japarov.

"Le ministère du Numérique a reçu une demande des services de sécurité pour restreindre l'accès à TikTok", a indiqué à l'AFP Azamat Assanov, l'un des responsables du service de régulation et de surveillance des communications du ministère du Numérique.

"Cette décision a été motivée par le non-respect par TikTok de la loi sur la prévention des atteintes à la santé des enfants", a précisé M. Assanov.

"Absurde" 

Mais cette justification laisse dubitatifs certains utilisateurs.

Aïgerim Bekbossounova, étudiante en médecine rencontrée par l'AFP à Bichkek, la capitale kirghize, "estime qu'il n'était pas nécessaire de bloquer TikTok".

"L'application avait aussi ses avantages. J'utilisais certes l'application pour me divertir, mais aussi pour regarder des vidéos en lien avec la médecine", poursuit la jeune fille.

Pour la photographe Akou Charcheeva, "fermer TikTok est absolument absurde. Les contenus malveillants dont ils veulent protéger les enfants se trouvent partout, sur n'importe quel réseau social".

Et elle va même plus loin, qualifiant le blocage de "détérioration répressive", alors que le Kirghizstan a longtemps fait figure d'exception en Asie centrale, région où la liberté d'expression reste limitée et l'opposition au pouvoir quasi-inexistante.

Parmi les cinq ex-républiques soviétiques centrasiatiques, ce pays montagneux voisin de la Chine possède la société civile la plus bouillonnante. Et la vie politique y reste concurrentielle bien que tumultueuse, avec déjà trois révolutions depuis l'indépendance de l'URSS en 1991.

Mais le blocage de TikTok, après plusieurs mois de discussions au Kirghizstan, intervient alors que les dirigeants ont été accusés par des ONG de vouloir renforcer leur contrôle sur la société civile.

"Accroc" 

Les autorités kirghizes ont ainsi arrêté plusieurs journalistes, suspendu à plusieurs reprises des médias privés et adopté une loi semblable au modèle russe sur les "agents de l'étranger", renforçant l'emprise du gouvernement sur les ONG.

Après le blocage de TikTok, l'ONG Reporters Sans Frontières (RSF) s'est ainsi dite "inquiète de cette décision qui restreint le droit à l'information sous prétexte de protéger les mineurs".

En Occident, TikTok, appartenant au groupe chinois ByteDance, est pourtant également confronté à des limitations croissantes.

Déjà soupçonné de transférer les données d'utilisateurs vers la Chine, TikTok est aussi accusé de stimuler les comportements de dépendance chez les jeunes, les poussant à l'addiction.

Syïmyk Jyrgalbekov, étudiant kirghiz de 18 ans, concède "être vraiment accroc à TikTok, comme d'autres jeunes".

"Je pense que fermer TikTok aidera les étudiants. Chaque jour on se connectait, ça nuisait à nos études car ça prenait beaucoup de temps, alors qu'il fallait se préparer aux examens", dit-il à l'AFP.

D'autres applications, comme Facebook, Instagram ou YouTube sont aussi dans le viseur des Etats-Unis ou de l'Union européenne, qui pointent du doigt un manque de protection des mineurs.

Interrogé par l'AFP sur la possibilité de fermeture d'autres réseaux sociaux au Kirghizstan, le GKNB a botté en touche et indiqué "ne pas savoir pour le moment".

le Vendredi 19 Avril 2024 à 07:03 | Lu 483 fois