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Le 137e Synode pour la fondation d'un gouvernement mā'ohi


Tahiti, le 31 juillet 2022 – Le 137e Synode de l'Église protestante mā'ohi s'est refermé ce dimanche. Deux mille personnes étaient rassemblées à cette occasion à Vaitupa, à Faa'a. Parmi ses recommandations, l'Église prône la fondation d'un gouvernement mā'ohi, qui correspond selon elle à une volonté divine.
 
Le 137e Synode de l'Église protestante mā'ohi (EPM) s'est clos ce dimanche, à Vaitupa, à Faa'a. La célébration a rassemblé 2 000 personnes, au premier rang desquelles des personnalités politiques comme le leader indépendantiste Oscar Temaru, accompagné de Tony Géros et du député Tavini Tematai Le Gayic, ou encore le leader du Amuitahiraa Gaston Flosse.
 
Après les chants et les prières, l'Église a rendu ses conclusions à l'issue d'une semaine de travail et de réflexion. Des conclusions dont les maîtres mots sont "vérité" et "justice". Parmi ses recommandations, l'EPM indique que "le temps est venu de fonder un gouvernement mā'ohi". Le Synode déclare qu'"il est temps de faire place à l'émergence d'une gouvernance mā'ohi et pleinement autonome" et "tient à rappeler à l'État français que le temps de la servitude est révolu". Un discours éminemment politique. Pourtant, "on ne fait pas de politique", martèle le président de l'EPM, François Pihaatae. "Il faut le comprendre à travers la Bible, ce n'est pas un gouvernement mā'ohi, mais un gouvernement de Dieu, tout simplement. On attend que le Seigneur nous dise à quel moment il viendra établir son royaume." Pour lui, il n'est pas encore question d'indépendance.
 
"L'Église protestante est sur l'idée que la souveraineté est présente mais que l'État français doit se détacher, c'est à l'État français de laisser le peuple polynésien accéder à sa pleine souveraineté. Et il y a cette volonté de retrouver cette identité, pas uniquement dans les mots, le discours, mais aussi dans le quotidien, que ce soit sur la gestion des terres, sur la loi qui doit être fondée sur les réalités polynésiennes et pas à chaque fois copiée collée de ce qui se passe en France", décrypte le député indépendantiste Tematai Le Gayic.

Nucléaire et coût de la vie

Comme chaque année, l'Église protestante a évoqué la question du nucléaire. Au nom de la vérité et de la justice, elle veut un changement dans le discours enseigné dans les écoles et que celui-ci se base sur les ouvrages élaborés par l'association Moruroa e tātou. L'EPM est également revenue sur l'augmentation "inconsidérée" du coût de la vie en Polynésie, qu'elle attribue aux emprunts contractés par le gouvernement local auprès de l'État. Elle établit un lien avec le fait nucléaire. "Comment peut-on dire à un gouvernement comme le nôtre de s'endetter et d'emprunter de l'argent à la France alors que la France a une dette envers la Polynésie ? Ce que notre gouvernement a emprunté à la France, ce n'est pas une dette, c'est un dû. À cause de tout le mal que la France a fait sur notre fenua à travers le nucléaire", déclare François Pihaatae.
 
Parmi les autres sujets évoqués lors de ce 137e Synode : la reconnaissance de la graphie du reo mā'ohi utilisée par l'Église protestante mā'ohi, la question de la migration ou encore celle du changement climatique. Le Synode a également pris la décision d'introduire un recours contre l'État et les services du vice-rectorat pour protester contre la décision qui avait été prise, début juillet, d'harmoniser à la baisse les notes de certains élèves du lycée Samuel Raapoto.
 
L'année prochaine, le 138e Synode se tiendra à Moorea.

François Pihaatae, président de l'Église protestante mā'ohi : "Un gouvernement de Dieu"

Il faut fonder un gouvernement mā'ohi, qu'entendez-vous par là ?

"Il faut le comprendre à travers la Bible, ce n'est pas un gouvernement ma'ohi, mais un gouvernement de Dieu, tout simplement. On attend que le Seigneur nous dise à quel moment il viendra établir son royaume. Dans la prière du Seigneur "que ton règne vienne", c'est de là qu'on a tiré le gouvernement de notre communiqué. Il faut avoir la patience d'attendre ce que Dieu va faire pour nous. C'est là le fondement de toute la réflexion que nous avons entendue dans le communiqué de l'Église protestante mā'ohi."
 
Au sujet du nucléaire, vous souhaitez un changement de discours dans l'enseignement du fait nucléaire dans les écoles ?

"On avait déjà essayé d'introduire le fait nucléaire dans les écoles, mais le gouvernement a refusé. Le livre qu'ils veulent qu'on apprenne dans les écoles ne dit que des bonnes choses du nucléaire, c'est cela que nous contestons. On veut que ce soit la vérité qui soit enseignée dans les écoles, avec ce qui a déjà été écrit par Moruroa e tatou."
 
Il a également été question du coût de la vie en Polynésie. Quelle est la position de l'Église ?

"C'est par rapport à la dette de la France au peuple ma'ohi. Comment peut-on dire à un gouvernement comme le nôtre de s'endetter et d'emprunter de l'argent à la France alors que la France, comme de nombreux présidents français l'ont dit, a une dette envers la Polynésie ? Comment pouvez-vous comprendre qu'un pays qui n'est pas endetté va s'endetter auprès d'un pays qui a une dette ? C'est ça la question qu'on voulait soulever. On veut dire que ce que notre gouvernement a emprunté à la France, ce n'est pas une dette, c'est un dû. À cause de tout le mal que la France a fait sur notre fenua à travers le nucléaire et les autres choses que nous, nous n'avons pas vues."
 
Vous dénoncez le phénomène d'immigration au fenua ?

"On se rend compte qu'on parle à notre peuple ma'ohi de planning familial, de réduire le nombre de naissances, alors qu'on fait venir les gens d'autres pays chez nous. Les étrangers qui viennent chez nous, c'est pour nous minimiser pour qu'ils deviennent majoritaires. Et peut-être qu'au moment où ils vont demander le référendum comme en Nouvelle-Calédonie, nous serons en minorité."
 
Il a également été question d'environnement, c'est un thème important ?

"Oui, c'est primordial. Ce n'est pas seulement nous qui sommes affectés, c'est tout le Pacifique et le monde entier. Il y a la montée des eaux chez nous, le feu en Amérique, en Australie et en France… Le réchauffement climatique se manifeste partout."

Rédigé par Anne-Laure Guffroy le Dimanche 31 Juillet 2022 à 18:08 | Lu 3047 fois