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La nouvelle passerelle plébiscitée


Le franchissement de la rivière est désormais sécurisé (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Le franchissement de la rivière est désormais sécurisé (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 13 mai 2024 - Fini les tôles et les engins au PK 0 de Teahupo’o. Inaugurée ce lundi matin en présence des autorités locales et de nombreux riverains, la nouvelle passerelle piétonne permet désormais de franchir la rivière en toute sécurité.
 
Tandis que la passe de Hava’e était en effervescence à la faveur d’une belle houle, le PK 0 de Teahupo’o était également en fête, ce lundi matin, à l’occasion de l’inauguration tant attendue de la nouvelle passerelle piétonne permettant de franchir la rivière Fauoro. Cette première livraison d’un chantier associé à l’organisation des épreuves olympiques de surf intervient à quelques jours des épreuves de qualification de la Shiseido Tahiti Pro, prévues ce week-end, tandis que les forains finalisent leurs barraques.
 

La représentante de l’État, Anna Nguyen, le ministre des Grands Travaux, Jordy Chan, son prédécesseur, René Temeharo, et la maire déléguée de Teahupo’o, Roniu Tupana-Poaereu, lors de l’inauguration.
La représentante de l’État, Anna Nguyen, le ministre des Grands Travaux, Jordy Chan, son prédécesseur, René Temeharo, et la maire déléguée de Teahupo’o, Roniu Tupana-Poaereu, lors de l’inauguration.

“Un réel soulagement” pour le ministre

Les tôles de protection ont enfin été retirées pour dévoiler l’ouvrage en acier de 44 mètres de long pour 3 mètres de large et sa rampe d’accès adaptée aux personnes à mobilité réduite (PMR). Cofinancée par le Pays et l’État pour un montant total de 390 millions de francs, la passerelle avait été importée de Belgique avant d’être assemblée localement. Elle était particulièrement attendue par les habitants et les autorités. “L’ancienne passerelle avait été endommagée par la crue du 1er mai 2023, et elle était déjà vétuste et dangereuse avec plus de 30 ans d’âge. Aujourd’hui, c’est un réel soulagement de savoir que la traversée est sécurisée pour les piétons”, nous a confié le ministre des Grands Travaux, Jordy Chan, au sujet de ce chantier tumultueux de 16 mois avec des crues à répétition. Son prédécesseur, René Temeharo, était présent, le projet ayant été lancé sous le gouvernement d’Édouard Fritch. 
 
“C’est une très belle première étape, qui n'a pas été un long fleuve tranquille”, a confirmé la cheffe de la subdivision administrative des îles du Vent, Anna Nguyen, tout en rappelant que la volonté d’une partie des habitants de ne pas bâtir un pont ou un radier franchissable par des voitures avait été respectée. Très émue, la maire déléguée de Teahupo’o, Roniu Tupana-Poareu, s’est dit “infiniment reconnaissante” pour la restauration de “ce lien entre les deux rives”. “C’est une très belle passerelle”, a déclaré le maire de Taiarapu-Ouest, Tetuanui Hamblin. “On s'est battu pour obtenir un avis favorable de la population et des associations pour pouvoir intervenir sur cette rivière. Merci aux acteurs et aux entreprises pour cette réussite qui bénéficie à la population .”
 

L’édifice et ses aménagements ont coûté 390 millions de francs.
L’édifice et ses aménagements ont coûté 390 millions de francs.

Fin de la barge et de l’ancienne passerelle

Cette inauguration marque la fin de service de la barge, peu empruntée. “Elle devait être disponible pour les gens qui voulaient traverser en toute sécurité. Il fallait la maintenir jusqu’au bout”, estime le ministre des Grands Travaux, interrogé au sujet de cette alternative maritime qui n’aura pas été un succès. Condamnée par le Pays, puis consolidée par la municipalité face au mécontentement des riverains, la vieille passerelle aura donc servi jusqu’au bout.
 
Désormais fermée, elle sera démantelée au mois de juin, après l’étape de la World Surf League (WSL). Des matériaux sont stockés provisoirement à proximité dans cette optique.
 

L’ancienne passerelle sera démantelée en juin, après la Shiseido Tahiti Pro.
L’ancienne passerelle sera démantelée en juin, après la Shiseido Tahiti Pro.

Alexis Nguyen-The, architecte : “Un ouvrage qui s’intègre dans le paysage”

“L’axe principal qu’on a retenu, c’est la nature avec la présence de cette vallée, de la rivière, de la végétation et, bien entendu, de la passe et de son célèbre récif. On a essayé de faire un ouvrage qui s’intègre au mieux dans le paysage. Pour cela, on a voulu lui donner l’aspect d’une structure en bois. […] Cette passerelle, on a été obligé de la surélever pour tenir compte du tirant d’air et des embâcles qui pourraient descendre de la rivière. On ne pouvait pas non plus la mettre trop haut, car ça aurait eu un effet aveuglant dans le paysage. […] On voulait retrouver un élément de l’architecture polynésienne avec un fare pōte’e, et une référence à l’artisanat traditionnel par les ligatures autour de la structure métallique. On a aussi voulu donner un côté contemporain avec l’orientation des tubes en diagonale.”

Paroles d’usagers

Fabiola, Maheata et Anouk, résidentes du PK 0 : “C’est rassurant pour les résidents du village et du Fenua ‘Aihere, mais aussi pour les touristes. On a besoin de traverser tous les jours : c’est vital ! On a continué à emprunter l’ancienne passerelle jusqu’à aujourd’hui, même si elle était en mauvais état. Mais est-ce que les vélos et les scooters pourront continuer à passer ? C’est le seul moyen de locomotion pour certains.”
 
Maui Maamaatuaiahutapu, directeur de l’école Ahototeina : “Nous avons des élèves qui habitent au Fenua ‘Aihere et qui viennent à l’école en bateau ou en passant par la passerelle. J’ai une élève qui avait eu un accident sur l’ancienne passerelle. Ce nouvel ouvrage, c’est mieux pour la sécurité des élèves, mais aussi des enseignants, et de toutes les personnes des environs. En cas de crue, nous aurons moins de craintes.”
 
Alexis Taupua, résident de la pointe Fare Mahora : “Je suis ravi, et je pense que c’est le cas de toute la population. Cette passerelle était nécessaire : quand on nous avait interdit d’utiliser la vieille passerelle, nous étions complètement désemparés. La bonne question, c’est qu’allons-nous vraiment hériter des JO ? Par exemple, je regrette que toute la plage du PK 0 n’ait pas été aussi aménagée, quand on voit les infrastructures réalisées à Toahotu avec le parc de la pointe Riri.”
 
Bernadette Taputu-Wasna, présidente du comité du tourisme de Taiarapu-Ouest : “Ça va permettre aux touristes et aux locaux d’avoir une structure adéquate et un bel espace paysagé. Ça donne une belle allure à la plage de la fin de la route ! Un effort a été fait pour les personnes en fauteuil roulant, mais pour l’instant, ces visiteurs ne pourront pas aller beaucoup plus loin que le pont.”

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Lundi 13 Mai 2024 à 17:42 | Lu 4444 fois