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La grogne des partenaires sociaux sur les hausses d'allocations


Tahiti le 1er novembre 2022 – L’augmentation des prestations familiales et du moni rū’au annoncée par le président Édouard Fritch doit encore passer par le conseil d'administration (CA) de la Caisse de prévoyance sociale (CPS). Mais les partenaires sociaux pointent du doigt des annonces “électoralistes”, faites “sans concertation” et financées par les salariés et le patronat. Ils menacent de ne pas les voter au CA de la CPS, qui a été reporté de deux semaines…
 
Le mois prochain, les allocations familiales et le moni rū'au doivent augmenter de 5 000 Fcfp “sans distinction de régime d’appartenance”, a d'ores et déjà annoncé le président du Pays Édouard Fritch le 13 octobre dernier à Tarahoi. Une revalorisation qui va concerner “30 000 familles pour 62 000 enfants” et 17 000 Polynésiens pour le minimum vieillesse. Des mesures annoncées par le président du Pays pour améliorer le pouvoir d’achat et combattre les effets de l'inflation.
 
Sauf que les partenaires sociaux, syndicats et patronat, sont aujourd'hui nombreux à exprimer leur mécontentement après ces mesures annoncées par le gouvernement “à la veille des élections” et sans consultation. Le sujet secoue fortement le conseil d’administration de la Caisse de prévoyance sociale (CPS) qui doit encore voter ces mesures. La question du financement de ces annonces est au cœur des crispations et le CA de la CPS, qui devait se tenir cette semaine, a été reporté de quinze jours, avec la menace d'un refus de voter ces dispositifs. Syndicats et patrons attendent du gouvernement local qu'il confirme l'aide de l'État au financement de la Protection sociale généralisée. “Cela permettrait de débloquer les sujets qui sont en stand-by”, glisse un administrateur.
 
3,5 milliards
 
Actuellement, les prestations familiales du régime de solidarité s’élèvent à 10 000 Fcfp par enfant et représentent un total de 2,1 milliards de Fcfp de dépenses par an. Avec cette augmentation de 5 000 Fcfp par enfant, il faudra donc rajouter 1,05 milliard de dépenses prises en charge par le Fonds pour l’emploi et la lutte contre la pauvreté (FELP). Un fonds financé à 70% par la contribution de solidarité territoriale (CST), dont la tranche 3 est passé de 7 à 9% de taux de prélèvement. Un impôt prélevé à la source sur les bulletins de salaire et sur les différentes taxes existantes au fenua, telles que celles sur les cigarettes ou l’alcool.
 
Pour le régime des salariés, l’allocation passera de 7 000 Fcfp à 12 000 Fcfp par enfant, soit un total de 4 milliards Fcfp de charges annuelles qui passeront à 6,5 milliards l’année prochaine. Des dépenses financées uniquement par les employeurs. Les syndicats, de leur côté, craignent que les patrons intègrent cette augmentation dans les discussions relatives aux revalorisations de grilles salariales actuellement en cours ou qu’elle se retrouve au final dans la prime pouvoir d'achat. Des syndicats qui dénoncent la différence de traitement entre les ressortissants du régime de solidarité et du régime des salariés sur les prestations familiales.
 
Au total, rien que pour les allocations familiales, les dépenses passeront de 6,1 milliards de Fcfp à 9,605 milliards Fcfp. “Aujourd’hui, il n’y a pas d'autre financement prévu que celui de mettre le tout dans le budget de la CPS. Et ce sont encore les salariés et les patrons qui vont payer”, fulminait lundi un administrateur de la CPS.
 

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Mardi 1 Novembre 2022 à 17:12 | Lu 2884 fois