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La gendarmerie formée sur la maltraitance animale


Tahiti, le 23 novembre 2023 - Souvent critiquée pour son manque d'implication dans les affaires liées à la condition animale, la gendarmerie tient à inverser la tendance. Ce jeudi, 33 agents des brigades territoriales autonomes de Polynésie française ont reçu la formation de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique, afin de devenir des enquêteurs référents en matière d'environnement et de maltraitance animale.
 
Très peu formée sur les problématiques liées à la maltraitance animale, il est bien souvent difficile pour la gendarmerie d'intervenir convenablement dans ces affaires. Pourtant, en face, les associations et bénévoles passionnés attendent que les autorités jouent leur rôle. En effet, la surpopulation canine croissante en Polynésie française entraîne de nombreux problèmes : nuisances sonores, morsures ou maltraitance animale pour n’en citer que quelques-uns. Souvent contactée, la gendarmerie peine à répondre à toutes les demandes. Et pour cause, dans la pile de dossiers à traiter, ceux concernant les animaux figurent en bas de la liste. Un constat que les autorités elles-mêmes avouent sans retenue : “Il n'y a pas que les affaires concernant les animaux à gérer, les gens aussi ont des problèmes.” Néanmoins, plus question pour ces dernières d'ignorer le problème : “Il y a une prise de conscience générale qui s'effectue actuellement, aussi bien à l'échelle nationale que territoriale, concernant ces problématiques. Qu'il s'agisse des pouvoirs publics ou de la société elle-même, la condition animale préoccupe.”
 
Aiguiser le regard des agents
 
Mis en place en janvier 2022 en Polynésie française, l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP) de Papeete a été retenu pour s'occuper des affaires liées à la maltraitance animale. Actuellement en sous-effectif sur le territoire, l'OCLAESP est bien décidé à élargir son champ d'action : “Pour la première fois sur le territoire, nous proposons à des agents de se former sur la condition animale, afin de devenir des référents dans leur brigade respective”, explique Franck Jolly, capitaine commandant le détachement de l'OCLAESP Papeete. La formation de cinq jours, du 20 au 24 novembre, vise à sensibiliser les enquêteurs aux problématiques environnementales et animales, ainsi qu'aux réactions que peuvent avoir les différents acteurs concernés.
 
“Les animaux ont-ils à boire et à manger ? Sont-ils dans un espace convenable où ils peuvent se déplacer et s'abriter ? Sont-ils en bonne santé ? Dans le cas contraire, sont-ils soignés convenablement ? Les animaux sont-ils stressés ?” Pour les enquêteurs, la formation consiste en grande partie à être capable d'identifier les cas de maltraitance et leur gravité. Soumis à des exercices pratiques, ces derniers doivent faire le lien entre les infractions et les sanctions en vigueur. Un exercice difficile, car largement influencé par la compréhension et l'appréhension de chacun, mais indispensable. Particuliers, professionnels ou associations, les écarts de conduites sont nombreux et demandent une attention toute particulière et objective.
 
Des acteurs sensibilisés mais toujours pas de structures d'accueil
 
En revanche, le gros du problème subsiste. Car si les acteurs concernés par la maltraitance animale sont désormais légion, les structures d'accueil pour animaux en détresse, quant à elles, manquent. Et pour cause, les mairies, qui normalement sont obligées de se munir au moins d'une fourrière, font l'autruche. À l'heure actuelle, seules les communes de Punaauia, Paea, Arue et Bora Bora sont plus ou moins équipées. Un déni de responsabilité qui pourrait pourtant coûter très cher aux mairies restantes qui s'exposent à des poursuites judiciaires. Pour rappel, ces dernières sont responsables de la gestion de l'errance et de la divagation des chiens au sein de leur commune.

Franck Jolly
Capitaine de l’OCLAESP Papeete
On a tous de bonnes idées, mais si on ne les coordonne pas, ça ne va rien donner”
Aujourd'hui, la gendarmerie se dote de référents en environnement et en maltraitance animale. Il faut donc former les gens aux règlementations, à la législation, aux infractions, etc. Ce qui n'est pas forcément notre corps de métier. Du coup, la gendarmerie a monté une formation pour avoir des enquêteurs de proximité de niveau 1. Les personnes participant à cette formation ont reçu au préalable un enseignement à distance de 12 heures, avec des modules sur les déchets et la maltraitance animale. Puis vient la formation en présentielle, d'une semaine. Une formation qui regroupe pour l'occasion toutes les brigades territoriales autonomes de Polynésie française, ce qui représente 33 stagiaires aujourd'hui. Et en plus des gens des brigades, nous avons rajouté un référent en maltraitance animale de la brigade nautique, ainsi que six membres de la brigade motorisée. Il est important aussi de noter la participation active de la direction de l’environnement dans cette formation, ainsi que de la direction des ressources marines et de la biosécurité. C'était important car nous faisons beaucoup d'opérations coordonnées avec ces acteurs, depuis la création de l'OCLAESP. Des actions qui ont déjà fait leurs preuves et qu'il faut encourager. On a tous de bonnes idées, mais si on ne les coordonne pas, ça ne va rien donner.”

Rédigé par Wendy Cowan le Jeudi 23 Novembre 2023 à 17:15 | Lu 1983 fois