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La croisière lutte pour survivre, à grand renfort de mesures sanitaires



Tahiti, le 26 octobre 2020 - Naviguant à l’aveugle, les opérateurs de croisière redoutent désormais l’impact négatif du couvre-feu à l’international. En attendant l’arrivée d’un vaccin, le secteur se démène pour conserver ses passagers, avec des protocoles de sécurité sanitaire toujours plus stricts et coûteux.
 
Chaque découverte de cas Covid à bord fait planer le spectre d’une annulation de croisière.
Les compagnies ont beau les isoler avant l’apparition des symptômes et éviter la propagation, le mal est fait. Minés par le retentissement médiatique de cas positifs à bord, les opérateurs ont pourtant développé des protocoles de sécurité sanitaire particulièrement exigeants et coûteux. Sous le diktat du Covid-19, l’Aranui et le Ponant – dont le Soléal, le Boréal et le Paul Gauguin ont repris les rotations – surfent depuis juillet sur des lignes de crêtes, entre gestion du risque et équilibre financier. Comme la plupart des compagnies, elles affinent leurs dispositifs de désinfection en permanence pour conserver la confiance des passagers et des pouvoirs publics.
 
L’Aranui en est d’ailleurs à sa 15e édition et le Ponant à son 24e numéro. Ainsi dès l’apparition d’une brèche, la stratégie est adaptée "pour aller toujours vers le risque zéro". Port du masque et distanciation des places assises bien sûr, mais aussi "nettoyage et désinfection des cabines, des surfaces et points de contacts dans les espaces publics". Des "sneeze guard" –plexiglaces d’isolation– ont été fixés "à tout point de contact entre la clientèle et le personnel". Finis les buffets en "self service", remplacés par le "service à l’assiette" à table, ou en cabine. Plus chronophage, la gestion des flux d’embarquement et de débarquement se fait désormais par petits groupes.
 
Caméra thermique, sas de décontamination et filtration de l’air
 
Côté diagnostic, les armateurs ont sorti l’artillerie lourde. L’Aranui a investi 15 millions de Fcfp dans de l’équipement de pointe : caméra thermique, pistolet thermomètre infrarouge, climatisation avec filtration de l’air et lampes à rayons ultraviolets dont les longueurs d’onde dans les gaines de climatisation détruisent les particules virales.
 
De nombreux opérateurs ont également équipé leurs navires d’un sas de décontamination "par brumisation ou lampes UV". Avant-gardistes sur la question des tests antigéniques –moins fiables que les tests PCR mais plus rapides– ,ils en ont commandé avant tout le monde et peuvent même se targuer de disposer d'un vrai "laboratoire mobile" à bord de certains navires.
 
Une autonomie qui leur permet d’imposer un certain rythme de prélèvement. L’Aranui soumet son personnel à un "minimum" de deux tests : 72 heures avant d’embarquer, puis deux jours après le départ, c'est-à-dire la veille de son arrivée aux Marquises. "C’est comme ça qu’on a détecté un cas la dernière fois, qu’on a pu débarquer à Hiva Oa, précise Philippe Wong. Ça nous permet d’avoir une longueur d’avance, de repérer les cas et de les isoler avant la propagation, parce qu’à chaque fois qu’on a diagnostiqué un cas positif, il était asymptomatique."  Ainsi autonome pour la détection, la compagnie a renforcé le personnel médical, aujourd’hui composé de deux médecins et de deux infirmières. Une équipe qui se fait assister par le Samu 987 dans la gestion de l'évacuation sanitaire.
 
2 millions de Fcfp en test pour chaque voyage
 
Reste les passagers. Déjà testés avant leur arrivée en Polynésie, les touristes passent un second test à l’hôtel, au frais des opérateurs. Ce n’est pas fini puisqu’une fois à bord, ils sont tenus de réaliser le test du quatrième jour. En attendant les résultats, le navire ne quitte pas le port. "Ça nous coûte beaucoup d’argent"  alerte Philippe Wong. Soit près de 2 millions de Fcfp en test pour chaque voyage.
 
Et devant la déferlante du Covid sur Tahiti et Moorea, les compagnies ont dû se résoudre à limiter les mouvements de leur personnel à terre. "Contrairement à ce qu’on croyait, les contaminations arrivent par le personnel, pas par les touristes"  commente l’armateur. L’Aranui a donc décidé de leur faire enchaîner trois croisières successives – lorsqu’ils sont dépistés négatifs. Ces derniers ne pourront donc pas quitter le navire du 31 octobre au 10 décembre, échéance programmée pour le prochain voyage.

Domiciliés à Tahiti contrairement au personnel expatrié du Ponant, ils le vivent comme un sacrifice supplémentaire, bien que nécessaire à la survie de l’entreprise. "Ils ont bien voulu jouer le jeu, mais ils n’ont pas l’habitude de ne pas rentrer chez eux pendant trois semaines"  commente le responsable. Une décision difficile à prendre pour l'entreprise qui ne peut pas se permettre de demi-tour, "pour des raisons commerciales mais aussi parce qu’on a de la marchandise qu’on ne peut pas ramener à Papeete."
 
En parallèle, la direction a isolé les agents maritimes des pointeurs et du personnel hôtelier. "Ils ne mangent plus et ils ne dorment plus au même endroit, précise l’armateur. On a aussi dédié un espace du navire pour les personnes malades si on ne peut pas les déposer à terre."  Enfin, pour chaque escale, un rapport d'observation des gestes barrières est réalisé "de manière systématique", permettant "d'identifier les points d'amélioration et de vigilance éventuels". Outre cette longue série de mesures, le dispositif prévoit deux niveaux d’alertes : "orange" en cas de "signes infectieux ou symptômes observés de l’épidémie" et "rouge" lorsqu’un cas est confirmé à bord.

Une reprise graduelle encore "entravée"

En métropole également, on vante la rigueur des protocoles à bord des hôtels flottants. "On a des serveurs qui passent trois fois le test PCR, et entre les différents tests, ils passent quand même 14 jours en quarantaine par prévention" rapporte Erminio Eschena, président de la CLIA France, dans Tourmag. "Les opérateurs ont tous parfaitement intégré les données de la crise, et ses enjeux, ils ont tous mis en place des protocoles sévères, et extrêmement construits, ils se sont tous équipés de modes de détection pointus, ils avaient déjà des équipes médicales à bord, elles ont été renforcées, et formées spécifiquement pour ces problématiques, renchérit Stéphane Renard, coordinateur du Cluster maritime. C’est ce qu’on a constaté partout, que ce soit en Italie, en Allemagne, en mer du Nord, partout où ça a repris dans le monde, quel que soit le type de navires, aujourd’hui il n’y a pas de propagation liée à l’activité."
 
Pas de doute pour le Cluster maritime, "la capacité des navires à prendre en charge les données Covid est pleine et entière, ceux qui n’en sont pas convaincus ce sont les pouvoirs publics, qui ne souhaitent pas courir ce risque supplémentaire, notamment en France."

Et tant qu’ils n’auront pas confiance dans les opérateurs de croisière, "la reprise graduelle sera entravée" assène Stéphane Renard. Car s’ils ont repris la mer, les hôtels flottants n’échappent pas à la saignée économique, la reprise de l’activité étant trop partielle et les voyageurs de plus en plus rares. Loin des 300 passagers d’avant crise, les opérateurs tournent avec des jauges de 20 à 40%.

60% de pertes, soit 1,5 milliard de Fcfp

Résultat, l’Aranui a vu son chiffre d’affaires s’écrouler de 60%, soit une perte colossale de 1,5 milliard de Fcfp. Et l’année n’est pas finie. "Le Pays nous a aidés à tenir le coup pour ne pas licencier, nous avons aussi obtenu le PGE (prêt garanti par l’Etat, Ndlr), mais ça ne suffira pas, redoute Philippe Wong. On ne sait pas dans quel contexte on se trouvera dans les prochains mois, quand il faudra commencer à rembourser les prêts, là je pense qu’il y aura un début d’hécatombe au niveau des entreprises locales."
 

Faute de visibilité, l’équation comporte de nombreuses inconnues. "Soit ils n’opèrent pas et les pertes sont abyssales, soit ils opèrent et ça reste des pertes, mais un peu plus mesurées" résume Stéphane Renard. Des pertes financières certes, mais aussi en termes de visibilité, et d’entretien. Avec l’électronique embarquée, les navires sont obligés de rester allumés en continue, notamment pour éviter l’encrassement des moteurs et des circuits. La climatisation permettant de conserver le mobilier, comme la moquette qui réagit mal à l’humidité. Les professionnels le savent, le salut ne viendra qu’avec l’élaboration d’un vaccin. Preuve que la situation n’est pas maîtrisée, l’annonce d’un couvre-feu envoie selon l'armateur un bien "mauvais signal" à l’international.
 


Rédigé par Esther Cunéo le Lundi 26 Octobre 2020 à 16:58 | Lu 3889 fois






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