Tahiti Infos

L'obésité, un lourd fléau à combattre


(Photo : Théo Rouby - AFP).
(Photo : Théo Rouby - AFP).
Tahiti, le 24 juillet 2023 - En Polynésie française, 70% de la population est en surpoids. Accompagnements personnalisés, prévention de la santé, hôpital de jour : les autorités tentent de prendre les choses en main pour combattre ce fléau à commencer par les mauvaises habitudes alimentaires, dès le plus jeune âge.
 
Plus d'un adolescent sur trois est en surpoids à la Presqu'île. C'est ce qu'a révélé une étude réalisée par le centre de santé de prévention de Tahiti Iti menée 1 584 étudiants de 15 à 16 ans. Selon Marie-Pierre Tefaafana, responsable des formations sanitaires à la Presqu’île, les causes sont les mêmes que pour le reste de la population : “la malbouffe” et “le manque d'activités physiques”. Les casse-croutes, les roulottes, les sauces ou encore les sodas sont pointés du doigt par les professionnels de la santé mais c'est surtout un ensemble de “mauvaises habitudes” qui est vu comme à l’origine de ces statistiques préoccupantes.
 
Accompagner le patient pout le rendre plus autonome
 
On ne peut pas maigrir tout seul”, assure Marie-Pierre Tefaafana. C'est pourquoi les professionnels de santé du public et du privé mais aussi des structures indépendantes et la Direction de la santé se mobilisent. La semaine dernière, pour la première fois en Polynésie française, les coordinateurs de programmes d'éducation thérapeutique du patient (ETP) se sont réunis lors d'un séminaire pour favoriser les rencontres et les échanges entre les différents coordinateurs afin d'animer un réseau de professionnels. Mené par une équipe pluridisciplinaire (infirmière, diététicienne, psychologue, ...), l'ETP vise à accompagner le patient pour le rendre plus autonome dans sa prise en charge.
 
Il faut modifier les habitudes de vie et c'est ensuite que l'on obtiendra une amélioration de l'IMC [l’indice de masse corporelle qui mesure le rapport entre la taille et le poids d’un individu, NDLR]”, confiait Zeina Ajaltouni, pédiatre formée à l'ETP, au micro de nos confrères de TNTV lors du séminaire. En plus de cette vision sur le long terme, la pédiatre estime qu'il ne faut pas avoir une vision négative sur cette maladie. “Si l’explication du diagnostic de l’obésité est faite de manière factuelle et bienveillante, les familles sont très contentes de pouvoir s’occuper du poids. La particularité, c’est qu’ils attendent souvent que l’obésité soit importante pour être demandeurs. Alors que, dans l’idéal, il faudrait que dès l’on puisse agir dès que l’individu est en surpoids.”
 
Réapprendre à bien manger
 
Pour la deuxième année consécutive, la Direction de la santé reçoit des étudiants en médecine sur les mois de juillet et d'août pour mener des actions de prévention ou de promotion de la santé. Concrètement, ils mènent des “enquêtes de santé” pour, à l'avenir, mieux informer et éduquer la population sur diverses maladies, dont l'obésité. Autre initiative, l'hôpital de jour Te Ora Ora de Pirae qui accueille onze patients par jour pour leur réapprendre à bien manger, à cuisiner ou encore à faire des activités physiques.
 
Mais c'est dès l'école que des actions doivent être menées. La dernière étude portant sur l’obésité date déjà d'une décennie. Elle constatait que 36% des 7 à 9 ans sont en surpoids et 16% sont déjà obèses en Polynésie. Selon Marie-Pierre Tefaafana, c'est un combat que tout le monde doit mener. “Il faut faire comprendre aux enfants que ce qu'ils vont apprendre aujourd'hui, ils le feront adultes.” Suivre une alimentation équilibrée, limiter les produits sucrés, réaliser des activités physiques, des habitudes à prendre dès le plus jeune âge.

“Chaque patient a sa spécificité”
 
La Direction de la santé vient d’organiser un séminaire afin d’améliorer les programmes d'éducation thérapeutique du patient (ETP). Mené par une équipe pluridisciplinaire (infirmière, diététicienne, psychologue), l'ETP vise à recentrer le patient au cœur de sa prise en charge pour qu'il devienne acteur de sa santé. Au CHPF, ce dispositif est en place pour le diabète depuis 2019. Entretien avec Alexandra Teriipaia, infirmière en ETP dans le service de diabétologie à l’hôpital du Taaone.
 
Pourquoi y a-t-il autant de diabètes de type 2 en Polynésie française ?
“La première chose, c'est l'hygiène de vie. L'alimentation forcément qui est trop riche en gras, en sucres, en sel. Ce qu'il faut savoir en Polynésie française, c'est que l'on a une histoire. Le Polynésien a perdu la base de son alimentation.”
 
Il faut donc l'accompagner pour qu'ils se prennent en charge ?
“Avec la mise en place de l'ETP, on a pris en compte l'individu dans le traitement de la maladie. On prend en compte la globalité de la personne. Il y a toujours un déclencheur. Tous les patients ont des problèmes qui ont conduit à l'obésité et au diabète comme la pauvreté, un choc émotionnel, ou des troubles dans l'enfance. On ne peut pas dire à une personne obèse de suivre un régime pour qu'elle perde du poids sans régler le problème premier qui l'a conduit à l'obésité.”
 
On s'intéresse à l'humain ?
“C'est ça. Ce n'est pas une maladie qui vient à l'hôpital mais un humain avec une maladie. On tente de faire en sorte que l'humain aille mieux pour traiter efficacement son obésité. Il faut aussi trouver la cause et ne pas seulement soigner la conséquence.”
 
Est-ce que l'on en fait assez en termes de prévention ?
“Il n'y a jamais vraiment eu de prévention. Aujourd'hui, on se rend compte que les gens n'ont vraiment aucune connaissance des maladies. Et si tu ne comprends pas à quoi sert ton traitement, tu n'y adhère pas du tout. Avec l'ETP, on apprend aux patients à comprendre leur pathologie et pourquoi on la traite de cette manière. On les accompagne pour qu'ils se responsabilisent. Il faut aussi monter des équipes de prévention dès l'école. Les gens ne peuvent pas apprendre seuls.”
 
Quelle est la recette pour accompagner les patients ?
“On ne peut pas faire de généralités. Chaque patient a sa spécificité. Ici, beaucoup de patients ne sont pas allés à l'école. Pour qu'ils arrivent à une compréhension de ce qu'ils font et de ce qu'il faudrait faire, ce n'est pas évident. On est obligés de prendre du temps et peu de gens prennent ce temps. Nous ne sommes que deux infirmières en diabétique pour tous les patients de Polynésie française.”

Rédigé par Jules Bourgat le Lundi 24 Juillet 2023 à 19:19 | Lu 2509 fois