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L’huile de coprah pour remplacer le fuel à Tatakoto



Tahiti, le 29 novembre 2020 - Produit, transformé en huile et utilisé sur place comme carburant, le coprah pourrait bien permettre à l’atoll de Tatakoto, dans les Tuamotu, d’être autosuffisant en énergie. Une étude de faisabilité sur un projet pilote de groupe électrogène à l’huile de coprah est dans les tuyaux. Huile vierge, eau, lait et bourre de coco : en toile de fond, c’est toute la filière que le Pays cherche à valoriser, notamment pour soulager les finances publiques.
 
Déjà équipé d’une centrale hybride photovoltaïque/fuel, l’atoll de Tatakoto est le parfait candidat pour accueillir le "projet pilote de groupe électrogène à l’huile de coprah". Paru au journal officiel le 20 novembre dernier, un appel d’avis public à la concurrence pour une étude de faisabilité donne le top départ d’un modèle économique qui se veut plus "circulaire". Car si Tatakoto a été retenu, c’est bien parce qu’il a une capacité de production de coprah suffisamment importante pour répondre aux besoins d’une telle centrale. Soit 217 tonnes en 2019. "Les quantités de diesel nécessaires sur l’année correspondent à peu près à ce qu’on pourrait produire comme huile en transformant le coprah collecté sur l’île" résume Philippe Couraud, à la Direction de l’agriculture. Mais l’enjeu est également technique pour un suivi adéquat du processus. "Le niveau de technicité des équipes communales est remarquable, c’était un élément déterminant pour décider de conduire ce projet là-bas" justifie le responsable. 
 
Au passage, le projet peut se prévaloir de réduire l’impact carbone du coprah, mettant un terme aux va-et-vient des cargos sur les 568 kilomètres qui séparent Papeete de Tatakoto. "Le coprah produit là-bas est envoyé avec du fret subventionné vers Papeete, où il est transformé en huile qui est ensuite exportée et parallèlement, du diesel est transporté dans l’autre sens pour faire tourner leur centrale,  explicite le directeur. Là, on va rompre ce schéma."
 
L’huile raffinée, une meilleure plus-value
 
Un dispositif vertueux que le Pays aimerait pouvoir répliquer dans d’autres îles. Mais en toile de fond, c’est toute la filière "coco" que le Pays cherche désormais à mieux valoriser. Notamment en diversifiant ses débouchés "vers l’augmentation de la production de l’huile raffinée qui représente une plus-value supérieure à l’huile brute – dont la production est exclusivement destinée aux producteurs de monoï – et d’autres produits tels que l’huile vierge, l’eau de coco, le lait de coco, la bourre de coco, etc." peut-on lire dans un rapport de l’assemblée de la Polynésie française sur la Caisse de soutien des prix du coprah diffusé en 2019.
 
A ce jour, près de 95% de l’huile de coprah est exportée, soit 6 000 à 8 000 tonnes par an, dont 80% de la production est vendue à l’entreprise métropolitaine Daudruy Van Cauwenberghe & fils pour entrer dans la composition de savons, détergents, cosmétiques, shampoings, peintures et autres produits pharmaceutiques. Une partie est utilisée comme combustible par l'Huilerie de Tahiti elle-même, et une autre partie est également exportée en Nouvelle-Zélande. Quant aux 5% restant, ils sont raffinés par l’Huilerie, c’est-à-dire portés à haute température, traités à l’argile et à l’acide phosphorique, puis filtrés pour la production industrielle du "monoï de Tahiti".
 
"Un secteur lourdement subventionné"
 
"L’huile de coprah, ce n’est pas la meilleure valorisation, reconnaît Philippe Couraud. Et c’est un secteur lourdement subventionné. L’idée aujourd’hui c’est de conforter le potentiel de production de notre cocoteraie, tout en limitant dans la mesure du possible les coûts pour la collectivité." C’est que le coprah pèse lourd sur les finances publiques. Subventionné à hauteur de 1 à 2 milliards de Fcfp chaque année, il procure toutefois des revenus de substitutions aux producteurs. Activité refuge, il permet de fixer les populations dans les îles.
 
Mais alors que "le dispositif de soutien du prix du coprah relève d’un objectif essentiellement social, le Pays n’a aucune information sur ses résultats" épinglait la cour territoriale des comptes en 2017 dans son rapport sur le coprah. "En tout état de cause et sans tenir compte des éventuels loyers, le rapport du tonnage de coprah et du nombre de coprahculteurs permet de déterminer un revenu moyen mensuel de 14 334 Fcfp." Soit "très éloigné du SMIG" alors même que "le prix d’achat du coprah a été déterminé afin de garantir aux coprahculteurs un revenu équivalent au Smig, soit 150 Fcfp le kilo."
 

​Un secteur qui craint plus la météo que le Covid

-30% de production sur le premier trimestre 2020, selon l’Huilerie de Tahiti. Un net repli qui est pourtant intervenu avant le début de la crise sanitaire. "On a constaté une très forte baisse de production sur les Marquises où il a fait un temps très sec, en revanche aux Tuamotu il a beaucoup plu" rapporte Henri Leduc, P-dg de l’Huilerie de Tahiti. "Et quand il pleut, les gens ne travaillent pas, ils ne sèchent pas leur coprah, et inversement, quand il fait trop chaud ou trop sec, les cocotiers produisent moins."
 
En dehors du facteur météo, le coprah est également soumis aux fluctuations du cours mondial qui est "peu élevé". Et la Polynésie française, qui produit moins de 0,5% de la production mondiale de coprah (0,26% en 2015), n’est pas en mesure de peser sur l’évolution de ce cours. "Il y a des variations que l’on observe, on est monté à 1 500 dollars la tonne [150 545 Fcfp, ndlr] avant de repartir à la baisse à 1 400 dollars [140 508 Fcfp, ndlr] et on pense que ça va continuer à descendre du fait de formations cycloniques dans le sud-est" prédit le responsable. Ainsi les caprices de la météo influent directement sur la production de coprah qui se fait ensuite ressentir sur le cours mondial.
 

Rédigé par Esther Cunéo le Lundi 30 Novembre 2020 à 16:01 | Lu 13374 fois





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