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L’accusé de Toahotu met le crime sur le compte de la drogue



Tahiti, le 7 septembre 2020 - Le procès de Steeve Bruneau, accusé d'avoir assassiné un homme de 26 ans le 28 octobre 2017 à Toahotu, s’est ouvert lundi devant la cour d’assises de Papeete. L’accusé de 21 ans, qui avait reconnu avoir tué la victime en lui portant plusieurs coups de pied de biche, encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Son procès doit s’achever mardi soir. 
 
Quatre coups de pied de biche en plein visage, un mobile disproportionné, des actes d’une "extrême violence". Le procès d’un primo délinquant de 21 ans, poursuivi pour "assassinat", a débuté lundi matin devant la cour d’assises de Papeete en présence de la famille de la victime, un homme qui avait 26 ans lors de son décès. Les faits, particulièrement sordides, s’étaient déroulés à Toahotu sur un terrain comprenant une maison principale et un petit cabanon dans lequel la victime avait été retrouvée morte le 29 octobre en début de matinée. Elle gisait dans son lit et présentait de graves blessures à la tête et au cou. Saisis par le parquet de Papeete, les enquêteurs de la Section de recherches (SR) de Papeete avaient dû procéder à l’audition de plusieurs dizaines de personnes avant d’obtenir, plus d’un an après les faits, les aveux détaillés et circonstanciés d’une connaissance de la victime, un individu âgé de 19 ans lors du crime. Placé en garde à vue, Steeve Bruneau avait en effet avoué le meurtre, commis à l’aide d’un pied de biche préalablement caché dans un caniveau proche du lieu du crime, alors qu’il avait bu et consommait des drogues.
 
Le procès de ce jeune homme, renvoyé devant la cour d’assises de Papeete pour "assassinat", s’est ouvert lundi pour une durée de deux jours et ce, alors que la victime aurait dû fêter ses 29 ans ce même jour. Bien habillé, poli, Steeve Bruneau a entamé les premières minutes de son procès en expliquant qu’il se sentait "vraiment très mal à l’aise" de comparaître devant la cour d’assises et de "tomber aussi bas". Il a déploré avoir "détruit" la famille de la victime, avoir "souillé" le nom de sa famille, et "sali" le nom de son quartier. Incarcéré depuis ses aveux en octobre 2018, ce jeune homme jusque-là inconnu de la justice a décrit à la barre une enfance passée dans les Tuamotu avec ses grands-parents. Une enfance marquée par l’absence d’un père volage et d’une mère peu équilibrée. Interrogé sur son adolescence chaotique, Steeve Bruneau a évoqué la drogue qui aurait, selon lui, fait "basculer sa vie". "En choisissant le chemin de la drogue, j’ai gagné plein d’argent en fréquentant des gens qu’il ne fallait pas fréquenter."

"​Faune marginale"

Successivement interrogés par la cour d’assises, deux enquêteurs de la Section de recherches de Papeete ont apporté d’importantes précisions quant au contexte dans lequel le crime avait été commis, mais également sur la personnalité de Steeve Bruneau. Ils ont raconté la découverte du corps de la victime, qui gisait dans un petit cabanon "vétuste" installé sur un terrain appartenant à sa famille. "Il y avait du sang sur les murs mais la victime ne semblait pas avoir opposé de résistance puisqu’elle ne présentait aucune trace de défense", a ainsi expliqué l’un des enquêteurs, avant de souligner l’ "extrême violence des coups puisque la victime avait eu l’oreille déchirée". Le gendarme de la Section de recherches de Papeete, qui avait fait avouer l’accusé, a évoqué un jeune homme non pas soulagé de "libérer sa conscience" mais plutôt d’être "reconnu comme l’auteur des faits". Il a expliqué que la victime, "connue comme ayant l’habitude de consommer des stupéfiants" et ayant déjà fait plusieurs séjours en hôpital psychiatrique pour soigner sa polytoxicomanie, s’était installée dans cette maison après s’être brouillée avec sa famille. 
 
Toujours selon les enquêteurs, cet homme célibataire et sans emploi avait instauré un système selon lequel il acceptait que des connaissances utilisent son terrain pour planter des plants de paka en échange d’une partie des récoltes. L’endroit était ainsi devenu un "lieu de trip et d’alcoolisation massive le week-end" et était occupé par une "faune marginale". A l’évocation des nombreux revirements de Steeve Bruneau pendant l’enquête, les enquêteurs ont expliqué que seul lui pouvait connaître certains détails de cette soirée fatale. Et notamment que l’accusé avait déclaré en garde à vue qu’après avoir tué la victime, il avait également voulu supprimer les deux couples qui louaient la maison principale en décrivant les positions exactes dans lesquelles se trouvaient ces personnes alors qu’elles dormaient. A la vue d’un enfant qui dormait dans la maison, Steeve Bruneau s’était ravisé et avait regagné son domicile. 

​Jeune homme "désargenté"

En cette première matinée de procès, la cour a longuement tenté de comprendre quel était le mobile qui pouvait mener à un assassinat aussi violent. Selon ses propres déclarations à la barre, Steeve Bruneau avait la "haine" contre la victime qui lui devait de l’argent et souhaitait ainsi se faire rembourser. "Je voulais le rosser mais pas le tuer. J’étais vraiment pas bien en le voyant, c’est pas cohérent car je n’étais pas moi-même. Il m’a mis dans une colère inexplicable et le coup est parti". Interrogé sur le montant de cette dette, l’accusé a évoqué des sommes différentes sans que le mobile ne s’éclaircisse pour autant. Alors qu’il s’était décrit comme un trafiquant d’ice et de paka qui gagnait beaucoup d’argent, un enquêteur de la Section de recherches a plutôt dressé le portrait d’un jeune "désargenté" qui avait fait des "déclarations fantaisistes" mais qui n’avait pas "vraiment les moyens de se payer de l’ice". Durant les mois qui ont suivi le crime et avant qu’il ne soit interpellé, des témoins ont par ailleurs rapporté que Steeve Bruneau avait "pris de l’aplomb" et qu’il semblait "plus sûr de lui". 
 
Très attendues, les auditions des deux experts-psychiatres qui avaient rencontré l’accusé se sont déroulées en fin de journée. La psychiatrie n’étant pas une science exacte, tous deux ont apporté des analyses différentes quant à la commission des faits et à la personnalité de Steeve Bruneau. Pour le premier expert, l’accusé souffre d’importantes carences affectives et s’était senti "humilié par la victime". Il est cependant "sincère" lorsqu’il dit regretter son geste et cela démontre qu’il est capable d’évoluer s’il se fait soigner. Pour le second expert, Steeve Bruneau présente des traits de personnalité manipulateurs et ses revirements démontrent qu’il ne peut présenter des remords sincères. Le procès s’achèvera mardi. L’accusé de 21 ans encourt la réclusion criminelle à perpétuité. 

Rédigé par Garance Colbert le Lundi 7 Septembre 2020 à 19:18 | Lu 1763 fois





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