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L'abattage gênant d'un marumaru centenaire


L'abattage gênant d'un marumaru centenaire
Tahiti le 6 mai 2021 - Un marumaru centenaire situé à Papeete devrait être couper pour laisser place à un immeuble de six étages. Mais cet abattage “fait pas mal de polémique” autant dans les services de la commune de Papeete que ceux du Pays. Tout le monde se refile la patate chaude et personne ne veut porter la responsabilité de cet abattage.

Un nouvel immeuble de six étages devrait voir le jour à Papeete. Il sera doté de 27 appartements “grand standing” allant du T1 au T5. Les appartements sont déjà en vente et coûtent entre 25 et 55 millions de Fcfp. Ils devraient être livrés le deuxième trimestre 2022.

Jusque là tout va bien, sauf que pour construire cet immeuble le promoteur a fait une demande auprès des instances du Pays et de la commune pour l'abattage d'un marumaru centenaire. En effet, le code de l'aménagement de la Polynésie française précise que tout abattage d'arbre est soumis à une autorisation et ce depuis la délibération du 15 juillet 1958.  

Ainsi, pour couper un arbre, une autorisation de la commune et de l’administration compétente est nécessaire. La demande est traitée d'abord par la commune où l'arbre va être coupé. Ensuite, elle le transmet à l'Équipement qui le transfère ensuite à la direction de l'Agriculture pour une expertise.
Contacté, le directeur de l'Agriculture Philipe Couraud n'a pas souhaité s'exprimer sur le sujet. Mais selon les informations recueillies, cette expertise fait état “d’un bon état de santé” de ce marumaru mais qu'un côté commence à être attaqué”.

Contacté, l'élu à Papeete en charge de l’urbanisme Patrick Bordet, renvoie la patate chaude au Pays. Il assure que cet arbre se situe sur leur domaine “le Pays a donné son accord (...). Nous on ne peut rien dire, on n'est pas chez nous. La direction de l'Agriculture a donné son avis favorable, l'Équipement pareil, moi je ne peux plus rien dire. J'attend que le document nous revienne et je vais voir la position de la commune”.

Et pourtant, selon nos informations la commune de Papeete aurait proposé au promoteur de l'immeuble de modifier son entrée pour éviter de couper cet arbre centenaire. Et toujours selon nos informations, ce dernier aurait refusé car cela lui aurait fait perdre deux places de parking, mais surtout pour des raisons de sécurité.  En effet, ce maru maru aurait osbtrué la visibilité des résidents sortant de leur parking,.    

De son côté, le ministre de l'Équipement René Temeharo souligne que cette demande d'autorisation d'abattage d'arbre n'a pas encore atterri sur son bureau : “Cela doit être dans les tuyaux”, explique-t-il.
Il souligne également que ses services suivent normalement l'avis de la direction de l'Agriculture, en tant qu'experte en la matière. “Je suis le dernier de la chaîne dans ce dossier”.

Du côté du ministère de l'Agriculture, on nous précise que “c'est juste un avis que l'on donne. La décision finale revient à la commune de Papeete”.

Finalement l'abattage de ce marumaru centenaire est “un dossier qui fait pas mal de polémique”, nous glisse-t-on du côté de l'administration du Pays. “C'est normal que personne ne veuille s'exprimer”. Un autre agent souligne qu'à Papeete “il n'y a aucune politique de plantation d'arbre et c'est un véritable problème. C'est simple, on les coupe tous”.  

Deux marumaru sauvés en 2016

Le président de la Fédération des associations de protection de l'environnement Winiki Sage assure ne pas être au courant de ce dossier. “C'est toujours triste de voir qu'on abat des arbres de cet âge. Peut-être même que cet arbre qui est centenaire a vu nos grands-parents”.

Il aimerait d'ailleurs qu'un texte soit pris par le Pays pour que lorsque les promoteurs abattent un arbre, d'autres soient replantés. “On aimerait bien qu'il y ait une loi qui les obligent à replanter ailleurs, ou qu'ils aident des associations. Pour un arbre coupé, il faut en replanter quatre voire cinq derrière. Ce serait une action positive”.

Pour rappel, en 2016, l'Équipement avait tenté d'abattre deux marumaru situés près du foyer des jeunes filles à Paofai pour l'aménagement de trottoirs. Après les vives réactions de la population et une pétition signée par plus d'un millier de personnes, l'Équipement avait alors fait marche arrière, et les marumaru sont toujours là. Deux places de parking, ça n'est quand même pas grand-chose…

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Jeudi 6 Mai 2021 à 19:34 | Lu 6289 fois