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L'Ifremer fête 50 ans de projets


Tahiti, le 4 octobre 2022 – L'Institut français de la recherche pour l'exploitation de la mer a célébré mardi à Vairao ses 50 ans de projets au fenua. Quatre ateliers ont été mis en place pour présenter les actions réalisées et les projets futurs de l'organisme.  

 

L'Institut français de la recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) est né d'une fusion entre le Centre national d'exploitation des océans (Cnexo) et de l'Institut scientifique et technique des pêches maritimes (ISTPM), en 1984. En septembre 1972, c'est donc en tant que Cnexo que l'équipe de scientifiques s'installe en Polynésie, avant de devenir l'Ifremer douze ans plus tard. Ce mardi, l'institut a alors célébré ses 50 ans d'existence au fenua, au centre de l'Ifremer du Pacifique situé à Vairao. Pour l'occasion, afin de permettre aux visiteurs de s'initier aux activités qui y sont réalisées, des ateliers basés sur quatre thématiques ont été mis en place : adaptation aux changements globaux, itinéraire zootechnique bivalve, diagnostic en santé aquacole et zooplancton, proies vivantes en pisciculture.
 

L'Ifremer est depuis un demi-siècle un organisme implanté dans l'océan Pacifique grâce à ses deux antennes en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie. De plus, l'Ifremer du Pacifique dispose également d'un navire de recherche pluridisciplinaire de la flotte océanographique française, opérant dans l'océan Pacifique-Ouest de la Polynésie française à la Papouasie Nouvelle-Guinée. Cet outil de recherche scientifique est destiné à des missions et des recherches océanographiques approfondies, de physique et de biologie. Pendant 50 ans, le centre de l'Ifremer du Pacifique en Polynésie s'est développé à partir des notions scientifiques et techniques, de recherche, d'expertise et d'innovation. Elles sont représentées au travers des données que l'Ifremer a collectées, en termes de biologie, physiologie, pathologie et écologie.
 

Les actions engagées sont déterminées par trois grands enjeux.
 

• La diversification des productions aquacoles. L'Ifremer cherche en effet à diversifier les branches de l'aquaculture avec la crevetticulture, la pisciculture, la perliculture, l'algoculture, l'holothuriculture et l'ostréiculture.
 

• L'adaptabilité des espèces aux changements climatiques globaux. Compte tenu de la variation des températures de l'eau, il est question d'étudier la capacité d'adaptation des espèces marines afin de sélectionner les plus à même de résister à ces altérations. L'aquaculture de restauration vient également d'être développée, et consiste à observer les conditions d'exploitation sur les récifs coralliens, particulièrement lorsqu'ils ont subi des phénomènes de blanchissement.
 

• La réduction des impacts négatifs de l'aquaculture sur l'environnement. Notamment dans la filière de la perliculture, source de pollution et de contamination par la prolifération de micro-plastiques dans le processus de production. L'institut tentera d'apporter des solutions pour exploiter durablement les huîtres perlières. 

 

En décembre 2021, l'Ifremer et le Pays ont renouvelé leur collaboration pour cinq ans. Plusieurs projets ont été énoncés, telles que leur participation conjointe au One Ocean Summit, ainsi qu'à la stratégie France 2030. Le principe étant de défendre la protection d'aires marines, le développement des énergies marines renouvelables et l'exploration des grands fonds marins de la Zone économique exclusive de la Polynésie.
 


François Houllier, président-directeur général de l'Ifremer

“La diversité ne peut être protégée que si on l'étudie” 


Quels ont été les principaux projets réalisés en Polynésie française ? Que prévoyez-vous pour la suite ?
 

“Nous avons un certain nombre de projets en Polynésie. Historiquement, nous nous sommes d'abord beaucoup focalisés sur la crevetticulture. Puis nous avons choisi de travailler sur la pisciculture, en tentant de développer les méthodes d'élevage sur des espèces autochtones. Qui, d'ailleurs, ont développé certaines pathologies dont le tenacibaculum, que certains scientifiques étudient en ce moment. Pour finir, la perliculture est actuellement au centre de nos activités. En parallèle, nous essayons aussi de traiter des sujets plus environnementaux. Par exemple, déterminer les possibilités d'exploitation écologique lorsqu'il y a eu un phénomène de blanchissement des coraux. C'est une sorte d'ingénierie écologique, mais on l'appelle aquaculture de restauration. Nous allons également examiner la santé du lagon, avec l'aide d'autres instituts évidemment.” 

 

Peut-on imaginer que ces projets permettront à la Polynésie française d'avoir les ressources nécessaires pour être en totale autosuffisance ?
 

“Seulement une petite dizaine de tonnes est produite en Polynésie, avec en plus des problèmes de pathologie. Mais si on produisait cinquante, soixante, voire quatre-vingts tonnes de paraha peue (platax orbicularis de son nom scientifique) par exemple, cela répondrait suffisamment aux besoins de la population. Dans ces cas-là on pourrait imaginer une perspective d'autosubsistance en Polynésie. En revanche, concernant la crevetticulture, on pourrait parler et d'autosuffisance alimentaire, et d'exportation de produits. En fin de compte, cela dépend des sujets mais il est possible d'envisager ce type de perspective. Il s'agit donc de viser non seulement l'autosubsistance du pays mais aussi la capacité de développer des filières qui pourraient générer de la valeur ajoutée pour les entreprises intéressées.” 

 

En quoi consiste la stratégie France 2030 ?
 

“C'est une stratégie nationale dont l'idée est de connaître les grands fonds marins. C'est la première fois que l'océan apparaît dans une stratégie de ce type-là. Le sujet concerne d'ailleurs grandement la Polynésie, en raison de sa Zone économique exclusive de plus de cinq millions de km². Il est donc important de s'intéresser à la biodiversité et à la géodiversité si nous voulons la protéger. A l'échelle de la Polynésie, cette stratégie 2030 est aussi une stratégie d'innovation car il est notamment question de développer les outils et les méthodes pour pouvoir couvrir toute la ZEE. Cette diversité de paysages sous-marins et d'écosystèmes ne peut être protégée que si on l'étudie.” 
 


Dates clés

Guillaume Mitta présentant le contexte historique de l'Ifremer du Pacifique en Polynésie.
Guillaume Mitta présentant le contexte historique de l'Ifremer du Pacifique en Polynésie.

Mai 1972 : Premiers travaux sur la réalisation des bassins pour l'aquaculture des crevettes pénéides
 

Septembre 1972 : Installation du Cnexo en Polynésie et début de projets de crevetticulture (élevage de crevettes)
 

Juin 1984 : Création de l'Ifremer avec la fusion du Cnexo et de l'ISTPM
 

Années 90 :  

  • Création de laboratoire de bactériologie, d'histologie, de physiologie, d'une unité de nutrition, de trois écloseries expérimentales et de deux écloseries pilotes, au centre de l'Ifremer du Pacifique 

  • Début de projets sur la pisciculture (élevage de poissons), l'holothuriculture (élevage de rori), l'ostréiculture (élevage d'huîtres fertilisées) et l'algoculture (élevage d'algues)
     

Années 2000 : Début de projets sur la perliculture (élevage d'huîtres perlières)
 

2015 : La Polynésie devient autonome pour la gestion de la filière de crevetticulture
 

Décembre 2021 : Renouvellement pour cinq ans de la convention-cadre entre le Pays et l'Ifremer
 


Rédigé par Meleana CHE FAT le Mardi 4 Octobre 2022 à 21:03 | Lu 1816 fois