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Kacific veut proposer l'internet haut débit par satellite à la Polynésie



La satellite Kacific-1 sera lancé en novembre.
La satellite Kacific-1 sera lancé en novembre.
PAPEETE, le 8 septembre 2019 - La société Kacific va expédier un satellite de télécommunication dernier cri dans l'espace en novembre prochain. Il sera équipé de trois faisceaux dirigés vers la Polynésie, capables de nous fournir l'internet très haut débit par satellite à un prix défiant toute concurrence... Mais il est possible que ce service ne soit pas commercialisé en Polynésie à cause du monopole de l'OPT sur nos communications extérieures.

C'est sur une fusée de Space X que le satellite Kacific-1 sera mis en orbite mi-novembre. Ce satellite de télécommunication de nouvelle génération a coûté 240 millions de dollars à l'entreprise singapourienne qui l'exploitera, et assurera une couverture internet très haut débit à des milliers d'îles dans la zone Pacifique Sud.

Le satellite Kacific-1 sera installé en orbite au-dessus de la Papouasie. Des faisceaux en bande Ka couvriront les différents archipels du Pacifique. Trois de ces faisceaux couvriront la presque totalité de la Polynésie française.
Le satellite Kacific-1 sera installé en orbite au-dessus de la Papouasie. Des faisceaux en bande Ka couvriront les différents archipels du Pacifique. Trois de ces faisceaux couvriront la presque totalité de la Polynésie française.
Pour les habitants du Pacifique qui bénéficieront de ce service, c'est la promesse d'une connexion à 50 mégabits par seconde pour quelques dizaines de dollars par mois, même dans les vallées les plus reculées et les îlots les plus isolés... À condition d'investir dans une antenne parabolique de 1m20 de large en moyenne. La même technologie peut servir aux opérateurs locaux, qui pourraient par exemple relier une antenne 4G à ce satellite et offrir ainsi l'internet mobile haut débit à toute une île.

En Polynésie aussi nous pourrons bénéficier de ce service, puisque trois faisceaux seront orientés vers nos îles. Pour en profiter par contre, ce n'est pas la peine de contacter Kacific : l'entreprise jouera le rôle de grossiste et ne passera que par des opérateurs locaux pour vendre ses services.

Et nous en aurions l'utilité. Au fenua, malgré le déploiement du câble domestique Natitua, il y a encore des dizaines d'îles ou de vallées qui n'ont pas accès au haut débit (voir l'interview de Mélinda Bodin en encadré).

UNE TECHNOLOGIE DÉJÀ ÉPROUVÉE DANS LES MARCHÉS OCCIDENTAUX

L'internet très haut débit par satellite intéresse donc beaucoup de monde en Polynésie. Outre les professionnels du tourisme, on peut imaginer des mairies qui partagent une connexion avec le reste de leurs administrés ; des écoles ou des dispensaires qui se connectent afin de profiter des dernières innovations en e-santé ou en cours à distance... Les possibilités sont vastes.

Bien sûr, l'internet par satellite ne se compare pas au service fourni par les câbles sous-marins comme Natitua. La technologie se base sur la bande Ka, une fréquence radio utilisée par les satellites télécoms. Dans le cas de Kacific, le signal est échangé entre le satellite géostationnaire et le sol grâce à des faisceaux resserrés qui permettent d'augmenter les débits considérablement. Il y a cependant quelques handicaps : l'opérateur satellite facture au gigaoctet consommé (1 dollars par Go au prix de gros, auquel il faut ajouter la marge du revendeur local), alors que le câble offre des débits pratiquement illimités. De plus, le temps que le signal se rende dans l'espace et revienne, 600 millisecondes sont passées, contre 80 ms par le câble (en comptant l'aller-retour vers la Californie). Mis à part les conversations par Skype ou les jeux vidéo, ce délai n'est pas trop handicapant, surtout quand on n'a aucun autre choix. La preuve : des satellites utilisant cette technologie sont déjà en service en Europe, aux États-Unis ou au-dessus de l'Australie pour desservir les communautés, entreprises et habitations isolées.

Jacques-Samuel Prolon et John Hawker, deux vice-présidents de Kacific, étaient en Polynésie la semaine dernière pour trouver des partenaires pouvant revendre leur solution. Mais ils doivent d'abord convaincre l'OPT.
Jacques-Samuel Prolon et John Hawker, deux vice-présidents de Kacific, étaient en Polynésie la semaine dernière pour trouver des partenaires pouvant revendre leur solution. Mais ils doivent d'abord convaincre l'OPT.
John Hawker, vice-président sénior des ventes dans le Pacifique et la Mélanésie de Kacific était en Polynésie la semaine dernière pour établir des contacts commerciaux éventuels. Il nous a expliqué que "nous avons déjà prouvé que notre modèle d'entreprise fonctionne, puisque nous avons un partenariat avec un satellite existant qui nous permet de commercialiser des offres satellites à très bon prix en Papouasie Nouvelle-Guinée, aux Tonga et autres. Notre partenaire a lancé ses offres il y a trois ans et demi, et il est aujourd'hui le plus gros opérateur satellite de PNG. Ça montre que si vous avez un bon produit à un prix abordable, le marché est considérable. Et avec notre satellite Kacific-1, nous allons pouvoir étendre cette offre à toutes les îles du pacifique Sud."

L'OPT A LE MONOPOLE DES COMMUNICATIONS INTERNATIONALES

En Polynésie justement, la régulation réserve toutes les télécommunications internationales à l'OPT (ou plutôt à sa filiale Onati). Il est donc illégal pour Kacific ou ses éventuels revendeurs locaux de commercialiser les offres d'internet par satellite de Kacific aux particuliers, entreprises, mairies ou autres services publics tant que l'OPT n'a pas signé un accord de partenariat avec Kacific (voir l'interview de la DGEN). "Nous parlons à tout le monde pour leur expliquer les bénéfices de notre technologie. Nous n'avons pas encore d'accord avec l'OPT... Mais je pense qu'en termes d'infrastructure, en plus des câbles domestiques et internationaux, l'OPT achète déjà de la capacité satellitaire à IntelSat. Nous proposons un service six fois moins cher, et nous avons beaucoup plus de capacité. Je pense qu'ils seront intéressés. Surtout que nous ne sommes pas des concurrents du câble. Nous adorons le câble parce que nous sommes totalement complémentaires."

De son côté, Onati est plus réservé. Le directeur de l'entreprise, Yannick Teriierooiterai, nous a confirmé que ses "équipes techniques ont rencontré Kacific cette semaine. (Leur) solution pourrait être utilisée pour les îles éloignées non connectées aux câbles Honotua et Natitua." Onati pourrait donc utiliser les services de Kacific pour compléter sa couverture internet haut-débit dans les archipels. Mais si l'entreprise juge qu'il n'est pas dans son intérêt économique d'ouvrir la commercialisation des offres Kacific auprès des particuliers, cela ne se fera pas sans une décision politique. Et quel serait son intérêt de laisser s'installer, partout en Polynésie, un nouveau concurrent totalement indépendant de ses infrastructures... L'OPT a tout de même une multitude de câbles sous-marins à rembourser.

Notons que si l'OPT décidait finalement de se passer totalement des services de Kacific en Polynésie (ou si l'opérateur n'obtenait pas l'autorisation d'utiliser les fréquences Ka au fenua, voir interview de la DGEN), le satellite ne pourra pas réorienter les faisceaux qui assurent la couverture de notre territoire. Par contre "nous pourrons diminuer la capacité allouée à la Polynésie et l'attribuer à d'autres marchés" nous explique John Hawker.
 

Les professionnels du tourisme sont très demandeurs

Mélinda Bodin, présidente de l'Association du tourisme authentique de la Polynésie française qui assure la promotion des pensions de famille et des prestataires de services authentique du fenua, nous raconte sa rencontre avec les représentants de l'opérateur satellite : "quand on m'a présenté ce projet, ça m'a impressionnée. Il est vrai que ce qu'ils proposent parle vraiment aux pensions de famille parce que c'est une solution pour les îles éloignées. Par contre les Tuamotu du sud-est et les Gambier ne seraient pas couverts par le satellite, mais tous les autres archipels, oui. Il y a le câble Natitua, mais quand tu fais la liste des îles qui en bénéficient, ce sont toujours les mêmes : les plus connues et les plus touristiques. Avec le satellite, ce sont des centaines de pensions qui pourraient en bénéficier, même à Tahiti. Je prends le cas de ceux qui sont en montagne, ou au Fenua Aihere... Pour l'instant ils doivent aller au bout du ponton pour avoir un peu d'internet."

Selon cette professionnelle du tourisme, avoir internet est aujourd'hui une nécessité dans son secteur : "les touristes qui viennent chez nous veulent partager avec leurs familles et leurs amis en Live, mais pour l'instant, rien que pour envoyer une photo, laisse tomber. On a besoin d'accepter le paiement en ligne ; on a besoin de faire de la promotion en ligne pour toucher les touristes étrangers... Si on n'arrive pas à apporter l'internet haut débit aux pensions des îles éloignées, elles n'arriveront jamais à se développer à leur potentiel. Par exemple dans l'association on a une pension de Manihi, c'est sa fille à Tahiti qui prend les réservations sur internet et elle appelle sa maman pour tout lui dicter... C'est compliqué et ça multiplie les frais."

Karl Tefaatau, directeur de la DGEN

Que dit la réglementation sur l'offre de Kacific ?
Le code des télécommunications est sans équivoque, en effet, le service public des télécoms comprend les services de bases, des services obligatoires et surtout le service public des télécommunications extérieures. De manière plus claire, seul l’opérateur public OPT et par voix de délégation Onati peut faire appel aux capacités techniques de la société Kacific. Ce n’est pas le cas pour les opérateurs Viti et PMT. Kacific ne peut donc pas vendre ses capacités directement à des collectivités, des entreprises ou bien encore Viti ou PMT.

Le lancement du satellite Kacific devrait toutefois permettre de couvrir une partie des îles de la Polynésie française mais abstraction faîte des conditions réglementaires, Kacific doit également disposer de ressources en fréquences radioélectriques afin de permettre les transmissions espace/terre et terre/espace. Ces assignations peuvent être données par la Polynésie française à l’issue d’une coordination entre les différents affectataires comme le CNES, la Défense, etc. Pour rester factuel, à aujourd'hui, il n’y a pas de demandes en cours.

Kacific est un opérateur satellite qui se positionne sur le marché régional comme cela est le cas pour son concurrent O3B, il n’y a donc pas de sujet, c’est une approche d’affaire qui répond à une logique de commercialisation de services. Onati devra donc faire le choix, ou pas, de faire appel aux services de ces 2 opérateurs en considération d’éléments techniques (efficience des liaisons, stabilité, qualité de service, etc) et de l’intérêt public.

Il y a-t-il une évolution réglementaire prévue pour mettre fin au monopole de Onati sur les télécommunications extérieures, conformément aux recommandations de l'Autorité polynésienne de la concurrence ?
La question se pose depuis un certain nombre d'années mais il n’appartient pas à la DGEN d’y répondre mais bien au gouvernement. Ce sujet est important et mérite qu’une réflexion d’ensemble soit menée. La stratégie de développement économique de la Polynésie française repose sur plusieurs vecteurs et le sujet des télécoms en est un.
La conservation ou pas d’un monopole consacré doit être avant tout être éclairée par une vision de moyens longs termes, et c’est d’ailleurs tout le sens qui a été donné notamment avec la mise en place du Schéma directeur d’aménagement du numérique (SDAN). D'autres outils comme le plan Smart Polynesia, viennent compléter cette vision globale d’aménagement. Des travaux sont en cours et devraient produire leurs effets dans les prochains mois car s’il est bien un secteur qui mobilise le privé et le public autour d’une vision commune, c’est celui des télécoms et du digital.

Le Président Edouard Fritch vient de rencontrer le Président chilien avec semble-t-il l’objectif de poser un troisième câble international. Est-ce que le sujet des câbles sous-marins internationaux pourrait venir imposer une levée du monopole ?
Les modèles de financement et d’exploitation des câbles sous-marins sont différents en fonction des investissements qu’ils portent, des partenaires à leurs financements, des enjeux de souveraineté et/ou de développement économique. Il semble aujourd'hui trop tôt pour y répondre mais le sujet pourrait effectivement être abordé. Ce que l’on peut noter, c’est que la vision et les actions du gouvernement témoignent d’une véritable prise en compte des sujets télécoms et de manière générale la Polynésie française préfère assurer le leadership de du sujet dans la région plutôt que de les subir.

Pour en revenir à Kacific, cette solution est-elle opportune pour la Polynésie française ?
Par définition, Kacific pourrait effectivement trouver sa place parmi les opérateurs satellites fournissant des services de transmission via l’opérateur public. Le groupe Kacific a d’ailleurs été reconnu début 2019 comme la meilleure solution d’inclusion digitale, notamment en s’adressant à des niches de marchés et des populations isolées qui ne sont pas couvertes par un câble, mais d’autres de ses concurrents ont été également récompensés donc laissons les expérimentations techniques s’organiser avant de tirer des conclusions.

Je crois que de manière générale, nos enjeux sont de fournir les meilleurs services à un maximum de personnes et aux meilleurs prix, la question des technologies utilisées doit être neutralisée. Je ne pense pas me tromper en disant qu’un abonné, un usager ou un administré veut accéder à des services de données et de voix, sans avoir à se soucier s’il s’agit d’une solution satellitaire, d’un câble sous-marin ou d’un faisceau hertziens.

L'Autorité polynésienne de la concurrence demande à supprimer le monopole de l'OPT

Le code des Télécommunications précise (article D.213-2) que "Le service public des télécommunications extérieures de la Polynésie française comprend l’acheminement et le transport de tous signaux de télécommunications à destination ou en provenance de la Polynésie française." Par arrêté, le gouvernement a délégué ce service public à l'OPT, plus précisément sa filiale Onati. Cette délégation a été renouvelée l'année dernière.

Pourtant, dans un avis datant de septembre 2017, l'APC préconisait d'instaurer la libre concurrence dans les télécommunications extérieures :

"Le maintien d’un monopole légal de l’OPT sur tous les marchés amont des infrastructures n’apparaît pas justifié. Les opérateurs alternatifs devraient être en mesure de pouvoir davantage s’intégrer verticalement pour maîtriser leurs coûts, construire et proposer des offres de détail diversifiées. Or, la réglementation actuelle réserve des monopoles trop étendus à l’OPT qui génèrent des barrières significatives au développement d’offres d’accès à internet, fixe et mobile, qui disparaîtraient si les télécommunications extérieures étaient exclues du périmètre du service public.
L’Autorité recommande donc de repenser le périmètre du service public, en particulier sur les télécommunications extérieures en levant le monopole légal sur l’accès aux capacités satellitaires, sur le câble Honotua international et sur le futur câble international Manatua."


L'APC demandait aussi l'instauration d'un régulateur indépendant de l'OPT et du gouvernement, actionnaire majoritaire de l'EPIC et donc juge et partie. Un avis qui est resté lettre morte.


Rédigé par Jacques Franc de Ferrière le Dimanche 8 Septembre 2019 à 19:00 | Lu 6479 fois






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