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“J'étais convaincue que j'allais mourir”


Tahiti, le 10 juin 2024 – Le procès d'un multirécidiviste de 38 ans, poursuivi pour avoir violé et passé à tabac une sage-femme le 7 septembre 2022 à Raiatea, s'est ouvert lundi devant la cour d'assises. Entendue en ce premier jour d'audience, la victime, qui n'a pas souhaité que les débats se tiennent à huis-clos, est revenue sur cette très violente agression en expliquant qu'elle avait de la “chance”d'être “encore en vie”.

Il était connu de la justice pour des vols et du trafic de stupéfiants mais c'est, cette fois, pour de répondre de faits de nature criminelle – quatre viols accompagnés de nombreux coups portés avec une extrême violence – qu'un homme de 38 ans a été présenté devant la cour d'assises lundi. Le procès de ce père de deux enfants s'est en effet ouvert en présence de la victime, une sage-femme, qui a expliqué avec dignité qu'elle ne souhaitait pas d'audience à huis-clos. Après avoir “rasé les murs durant des semaines”, la quadragénaire estime que c'est désormais à son agresseur d'avoir “honte de ce qu'il a fait”.
 
Cette agression particulièrement violente s'était déroulée dans la matinée du 7 septembre lorsque la victime, qui faisait du vélo à Raiatea sur un chemin de randonnée, avait reçu un premier coup sur l'arrière du crâne. Tel qu'elle l'a expliqué aux jurés en ce premier jour d'audience, elle avait alors vu un homme d'1m95 pour 105 kilos “foncer” sur elle et lui porter une dizaine de coups de poing. L'individu l'avait ensuite amenée dans la brousse, loin du chemin principal, où il l'avait violée à quatre reprises en menaçant de la retrouver puisqu'il disait savoir où elle habitait alors.
 
Hyper vigilance permanente
 
Un peu moins de deux ans après avoir subi ce calvaire, c'est avec un grand calme que la quadragénaire a expliqué à la barre de la cour d'assises qu'elle avait cru mourir, “persuadée” que l'accusé allait l'“achever”.Interrogée sur les séquelles causées cette terrible agression, cette mère de famille a spontanément répondu qu'elle estimait avoir de la chance d'“être encore en vie” en racontant cependant qu'elle vivait désormais dans un état permanent d'“hyper vigilance”. Lors des faits, cela faisait 15 ans que cette femme vivait sur l'Île Sacrée. Des années passées à aider des femmes à accoucher… dont l'ex-compagne de l'accusé. N'ayant pas été présent lors de la venue au monde de sa fille, le trentenaire a en effet appris lors de cette audience que sa victime avait assisté à l'accouchement. La sage-femme, elle, s'en souvenait très bien puisque la mère de l'enfant est depuis décédée sous les coups d'un autre compagnon.
 
Lors de son audition, la quadragénaire a également relaté les jours qui ont suivi le drame : “C'est une petite île et tout le monde en parlait. Je n'osais plus sortir et les gens se demandaient pourquoi je faisais du sport toute seule ou pourquoi je ne m'étais pas enfuie. Les gens sont tout simplement trop curieux”, a-telle conclu avec sobriété. Comme de nombreuses victimes de viol, elle a ensuite décrit une vie quotidienne marquée par des nuits passées à vérifier que tout est fermé dans son appartement. 
 
Des faits monstrueux
 
Entendu à son tour, l'accusé a fait état d'une mémoire que la présidente de la cour a qualifié de “sélective”.Évoquant des “trous noirs”, l'individu a reconnu quatre coups de poing en semblant presque surpris du récit fait par la victime quant aux faits de nature sexuelle. “Je m'excuse, ce que j'ai fait, c'est digne d'un monstre et je mérite de rester derrière les barreaux.” L'homme, qui avait avoué les faits après que les enquêteurs de la section de recherches lui ont annoncé que son ADN avait été identifié sur la victime, a assuré qu'il avait pris de l'ice avant les faits. Alors que la présidente de la cour d'assises lui faisait remarquer que la consommation de stupéfiants était une circonstance aggravante, il a fini par éluder la question en affirmant : “Je ne sais pas ce qui m'a pris ce jour-là.”
 
Jugé en état de récidive légale au terme de ce procès qui doit s'achever mardi, l'accusé encourt trente ans de réclusion criminelle.

Rédigé par Garance Colbert le Lundi 10 Juin 2024 à 18:26 | Lu 3786 fois