Paris, France | AFP | jeudi 19/03/2026 - Une démarche hors du commun : une juge d'instruction de Nouméa a tenu à présenter ses excuses à au moins deux militantes kanak, pour les conditions de leur transfert en métropole lors des émeutes de 2024 en Nouvelle-Calédonie, a appris l'AFP de sources concordantes.
Au printemps 2024, l'archipel connaît une vague d'émeutes, liée notamment au projet de dégel du corps électoral, qui fera 14 morts et conduira Emmanuel Macron à déclencher l'état d'urgence.
En juin, Christian Tein, leader de la cellule de coordination des actions de terrain (CCAT, collectif citoyen à l'origine de la mobilisation), devenu aujourd'hui président du Front de libération kanak (FLNKS) et dix autres personnes sont arrêtés. Sept seront envoyés en métropole, par avion militaire spécialement affrété, pour y être détenus.
Trois mois plus tard, la juge d'instruction Isabelle Ardeeff, en poste à Nouméa, les reçoit au tribunal de Lyon. A au moins deux femmes, elle a tenu à présenter des excuses, consignées sur procès-verbal, a appris l'AFP de sources proches du dossier.
"Je veux vous adresser là mes excuses au nom de l'institution judiciaire comme j'ai pu le faire auprès des autres personnes mises en examen pour les conditions de votre transfert qui ne correspondant pas à notre façon de travailler. De même, pour les conditions de votre garde à vue", déclare la magistrate à Frédérique Muliava, aujourd'hui âgée de 48 ans.
- "Dommage collatéral" -
Cette directrice de cabinet, formée à Sciences-Po Toulouse, vient de clamer son innocence et de lui raconter comment elle avait été "enlevée à (ses) proches". "La première nuit de ma garde à vue (...) j'ai été sous-alimentée", obtenant seulement "un bol de soupe" à la demande de son avocate, a-t-elle expliqué.
"On m'a réveillée à 02H00 du matin pour me changer de pièce (...). J'avais le bras droit sanglé au mur ce qui m'empêchait de bouger, et ce jusqu'à l'arrivée des enquêteurs", a-t-elle poursuivi. Une mise en condition qui l'a rend "très vulnérable" pour les interrogatoires.
Ensuite, c'est le "choc" : la détention en métropole, "à 17.000 km du pays". "Le juge des libertés et de la détention a dit ce soir-là qu'ils étaient obligés de nous éloigner car il pensait que des responsables politiques étaient responsables dans les exactions. J'ai compris que j'étais un dommage collatéral", souligne-t-elle.
Suivra un transfert qu'elle dit "inhumain", menottée pendant 30 heures de vol, "même pour aller aux WC". "Cet avion était rempli de gendarmes et de militaires, d'hommes surtout. Pour aller aux toilettes, on était obligés de laisser la porte ouverte. J'ai trouvé cela dégradant."
A la prison de Riom (Puy-de-Dôme), elle passe trois mois à l'isolement. "Ce qui m'a fait tenir bon, c'est l'espoir de retrouver mes enfants rapidement."
"Être assimilée à des délinquants et des criminels de droit commun, à mon sens, n'a que pour but de masquer (et) dépolitiser notre contestation", conclura devant la juge celle qui se qualifie de "prisonnier politique".
- "Dignité" -
Trois jours plus tôt, une autre militante, collaboratrice au gouvernement de Nouvelle-Calédonie et mère de trois enfants, Brenda Wanabo, a fait un récit comparable. Et reçu les mêmes excuses.
"En ce qui concerne votre dignité, je voulais que vous sachiez que nous n'avons jamais été interrogés sur les conditions dans lesquelles vous alliés être transportés, ni sur celles dans lesquelles vous l'aviez été. Du coup, nous n'avons jamais imaginé les conditions qui vous ont été imposées", lui assure la juge.
"On peut parfaitement entendre et comprendre, en particulier dans ce climat d'insécurité à ce moment-là, que des conditions de sécurité et de préservation de la mission soient prises, pour autant elles ont nécessairement des limites. Je vous adresse donc, bien que n'étant pas responsable de ce qui a été décidé à ce moment-là, toutes nos excuses", ajoute Isabelle Ardeeff.
Le traitement subi "est inadmissible dans un Etat de droit (...) Les excuses des juges d’instruction sont précieuses, mais l’Etat devra rendre des comptes", a réagi leur avocat François Saint-Pierre, interrogé par l'AFP.
L'information judiciaire sur la CCAT, dépaysée à Paris en janvier 2025, touche désormais à sa fin, pour 14 mis en examen, dont Mmes Wanabo et Muliava.
Visées pour plusieurs chefs, la justice leur reproche d'avoir participé à l'élaboration du plan d'action de la CCAT pour "déstabiliser" l'archipel. Elles ont été autorisées au printemps 2025 à quitter l'Hexagone.
Le parquet doit encore rendre ses réquisitions puis le juge décidera, ou non, de les renvoyer devant un tribunal.
Au printemps 2024, l'archipel connaît une vague d'émeutes, liée notamment au projet de dégel du corps électoral, qui fera 14 morts et conduira Emmanuel Macron à déclencher l'état d'urgence.
En juin, Christian Tein, leader de la cellule de coordination des actions de terrain (CCAT, collectif citoyen à l'origine de la mobilisation), devenu aujourd'hui président du Front de libération kanak (FLNKS) et dix autres personnes sont arrêtés. Sept seront envoyés en métropole, par avion militaire spécialement affrété, pour y être détenus.
Trois mois plus tard, la juge d'instruction Isabelle Ardeeff, en poste à Nouméa, les reçoit au tribunal de Lyon. A au moins deux femmes, elle a tenu à présenter des excuses, consignées sur procès-verbal, a appris l'AFP de sources proches du dossier.
"Je veux vous adresser là mes excuses au nom de l'institution judiciaire comme j'ai pu le faire auprès des autres personnes mises en examen pour les conditions de votre transfert qui ne correspondant pas à notre façon de travailler. De même, pour les conditions de votre garde à vue", déclare la magistrate à Frédérique Muliava, aujourd'hui âgée de 48 ans.
- "Dommage collatéral" -
Cette directrice de cabinet, formée à Sciences-Po Toulouse, vient de clamer son innocence et de lui raconter comment elle avait été "enlevée à (ses) proches". "La première nuit de ma garde à vue (...) j'ai été sous-alimentée", obtenant seulement "un bol de soupe" à la demande de son avocate, a-t-elle expliqué.
"On m'a réveillée à 02H00 du matin pour me changer de pièce (...). J'avais le bras droit sanglé au mur ce qui m'empêchait de bouger, et ce jusqu'à l'arrivée des enquêteurs", a-t-elle poursuivi. Une mise en condition qui l'a rend "très vulnérable" pour les interrogatoires.
Ensuite, c'est le "choc" : la détention en métropole, "à 17.000 km du pays". "Le juge des libertés et de la détention a dit ce soir-là qu'ils étaient obligés de nous éloigner car il pensait que des responsables politiques étaient responsables dans les exactions. J'ai compris que j'étais un dommage collatéral", souligne-t-elle.
Suivra un transfert qu'elle dit "inhumain", menottée pendant 30 heures de vol, "même pour aller aux WC". "Cet avion était rempli de gendarmes et de militaires, d'hommes surtout. Pour aller aux toilettes, on était obligés de laisser la porte ouverte. J'ai trouvé cela dégradant."
A la prison de Riom (Puy-de-Dôme), elle passe trois mois à l'isolement. "Ce qui m'a fait tenir bon, c'est l'espoir de retrouver mes enfants rapidement."
"Être assimilée à des délinquants et des criminels de droit commun, à mon sens, n'a que pour but de masquer (et) dépolitiser notre contestation", conclura devant la juge celle qui se qualifie de "prisonnier politique".
- "Dignité" -
Trois jours plus tôt, une autre militante, collaboratrice au gouvernement de Nouvelle-Calédonie et mère de trois enfants, Brenda Wanabo, a fait un récit comparable. Et reçu les mêmes excuses.
"En ce qui concerne votre dignité, je voulais que vous sachiez que nous n'avons jamais été interrogés sur les conditions dans lesquelles vous alliés être transportés, ni sur celles dans lesquelles vous l'aviez été. Du coup, nous n'avons jamais imaginé les conditions qui vous ont été imposées", lui assure la juge.
"On peut parfaitement entendre et comprendre, en particulier dans ce climat d'insécurité à ce moment-là, que des conditions de sécurité et de préservation de la mission soient prises, pour autant elles ont nécessairement des limites. Je vous adresse donc, bien que n'étant pas responsable de ce qui a été décidé à ce moment-là, toutes nos excuses", ajoute Isabelle Ardeeff.
Le traitement subi "est inadmissible dans un Etat de droit (...) Les excuses des juges d’instruction sont précieuses, mais l’Etat devra rendre des comptes", a réagi leur avocat François Saint-Pierre, interrogé par l'AFP.
L'information judiciaire sur la CCAT, dépaysée à Paris en janvier 2025, touche désormais à sa fin, pour 14 mis en examen, dont Mmes Wanabo et Muliava.
Visées pour plusieurs chefs, la justice leur reproche d'avoir participé à l'élaboration du plan d'action de la CCAT pour "déstabiliser" l'archipel. Elles ont été autorisées au printemps 2025 à quitter l'Hexagone.
Le parquet doit encore rendre ses réquisitions puis le juge décidera, ou non, de les renvoyer devant un tribunal.






























