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Ils s’aiment, un peu, Bakou


Handout / Azerbaijani presidency / AFP
Handout / Azerbaijani presidency / AFP
Tahiti le 30 mai 2024. L'Azerbaïdjan a accueilli jeudi des dirigeants indépendantistes de Polynésie française pour une conférence sur le “droit à la décolonisation”, au risque d'alimenter les tensions après que Paris a déjà accusé Bakou d'“ingérence” sur la Nouvelle-Calédonie.


Le Parlement azerbaïdjanais a invité des journalistes, ce jeudi, à une conférence organisée sur le “droit à la décolonisation”, a constaté l'AFP. Des responsables du parti indépendantiste de Polynésie, le Tavini huiraatira, étaient présents.

“Nous sommes aujourd'hui isolés en raison de la politique coloniale de la France”, a déclaré le secrétaire général du parti, Victor Maamaatuaiahutapu, lors de la conférence. Dans son dos, les drapeaux de l’Azerbaïdjan et du Tavini, pas celui de la Polynésie française.

“Politiquement, nous sommes une jeune nation et nous avons besoin du soutien de l'Azerbaïdjan”, a-t-il ajouté, accusant aussi la France de vouloir “poursuivre les essais nucléaires” en Polynésie. Une hérésie de plus alors que le parti d’Oscar Temaru semble vouloir se complaire dans le rôle de la marionnette géopolitique du régime de Bakou dans son conflit ouvert avec l’État français.


Interrogé par le service de presse du régime sur la politique néocoloniale menée par la France, le représentant à l’assemblée de la Polynésie française, Cliff Loussan, a, de son côté, mis en garde contre la désinformation dans une sentence sans profondeur. “Aujourd’hui, on vit dans un monde d’information et il y a aussi de la désinformation”, a-t-il expliqué. “Il faut que tout le monde soit vigilant aux informations diffusées dans les médias et, de manière générale, vérifier les informations que l’on prend en compte.”
 
Manifestement, les membres du Tavini et de l’assemblée de la Polynésie française sont tellement vigilants sur l’information qu’ils en oublient d’en informer leur capitaine, et accessoirement les Polynésiens. “Ils n'ont pas été invités par l'Azerbaïdjan sinon, institutionnellement, on aurait été mis au courant”, expliquait Tony Géros qui ne semblait même pas avoir connaissance de ce que pouvait faire sur place sa directrice de cabinet. “Je les ai invités pour la séance du 6 juin et j'attends bien qu'ils soient présents. Après, ce qu'ils font entre les deux, ça les regarde. Moi, je me suis occupé de tous mes experts en déontologie. Là, je prépare le prochain collectif.”
 
Les élus en sauront peut-être plus lors de la prochaine réunion de la commission de décolonisation qui se déroulera à l’assemblée le 4 juin prochain, et d’où jamais rien ne sort.

Néocolonialisme

Participant à la conférence, le vice-président du Parlement azerbaïdjanais, Ali Housseynly, a assuré que “l'imperfection des mécanismes juridiques internationaux entrave la libération des colonies françaises”.

La tenue de cette conférence survient alors que Bakou – dont les relations avec la France sont au plus bas depuis la reprise du Haut-Karabakh par l'Azerbaïdjan aux dépens de l'Arménie, soutenue par Paris – est déjà accusé par la France d'ingérence en Nouvelle-Calédonie. 

Les autorités françaises accusent notamment Bakou de “manœuvres informationnelles”, via la “propagation massive et coordonnée” sur les réseaux sociaux de contenus accusant la police française de tirer sur des manifestants indépendantistes lors des émeutes en Nouvelle-Calédonie.

En juillet 2023 déjà, l'Azerbaïdjan avait invité des indépendantistes de Martinique, de Guyane, de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie française à Bakou pour une conférence. Le “Groupe d'initiative de Bakou" avait été créé, avec pour objectif déclaré de soutenir “les mouvements anticoloniaux”.

Abbas Abbassov, directeur de ce groupe soutenu par le gouvernement, a rencontré la délégation polynésienne mercredi à Bakou, selon des informations de l'agence azerbaïdjanaise Trend News Agency.  

Dans un entretien sur l’agence de presse du Pays, Trend, ce dernier affirme même que “l'objectif de la visite de quatre jours est d'examiner la possibilité d'établir une coopération interparlementaire, économique et humanitaire entre l'Azerbaïdjan et la Polynésie française, ainsi qu'une coopération dans les domaines de la science, de l'éducation, des sports, de la santé et d'autres domaines”.

le Jeudi 30 Mai 2024 à 08:14 | Lu 5931 fois