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Iho Tumu, sacrée femme


TAHITI, le 20 juillet 2021 - Hinanui Salmon qui, en tant qu’artiste, se présente comme Iho Tumu, va assurer une performance dans le cadre de l’exposition A Tomo mai i Ava Uta. L’histoire retenue s’est imposée à l’artiste, elle racontera le sacré dans le sacré, l’émergence de la femme devant une délégation officielle. Tout un symbole.

Hinanui Salmon, alias Iho Tumu, est une femme de la lignée des Teva, cette grande lignée de Papara/Paea. Son père, Ariipaea Salmon, était un tahu’a. Elle-même suit les traces de son père qui l’a initiée lorsqu’il était encore en vie. "J’ai grandi avec cette vision du monde", dit-elle. Aujourd’hui, après avoir vécu ailleurs dans le monde et avoir reçu les enseignements de différents chamanes en Europe et aux États-Unis, elle poursuit son apprentissage avec Libor Prokop. Lui aussi est affilié au camp des Teva, il est tahu’a. "Les tahu’a", précise Iho Tumu "sont les réceptacles d’un savoir, les gardiens de ce savoir". Ils doivent savoir leur généalogie sur au moins sept à neuf générations, connaissent les étoiles et/ou les plantes et/ou la guérison…

Iho Tumu est masseuse énergétique. Elle soigne le corps et l’esprit. Elle explore depuis peu la dimension artistique. "Une zone nouvelle qui m’offre de nouveaux outils." Elle écrit des textes et pièces dont certaines ont été interprétées lors des dernières manifestations du World Art Day.

Une interprétation "symbolique"


Pour lancer l’exposition A Tomo mai i Ava Uta, elle prépare une performance. Une interprétation "pleine de clins d’œil, de messages à plusieurs niveaux et références". Une interprétation "symbolique" qui portera étant donné le lieu et le public attendu.

L’exposition A Tomo mai se prépare depuis plusieurs mois et, depuis plusieurs mois, les organisateurs ont sollicité Iho Tumu. "Jusqu’à mi-juin, je n’avais rien", avoue l’artiste. Jusqu’à ce qu’elle foule le sol de la résidence Ava Uta, qu’elle découvre l’espace qui devait lui servir de scène. "Là, l’histoire m’est venue." Il s’agit d’une histoire en lien avec le sacré, avec la place de la femme, avec les tupuna en attente d’une certaine reconnaissance. "Attention", glisse à ce propos Iho Tumu, "il ne s’agit pas pour eux de revendiquer quoi que ce soit". Les tupuna veulent rappeler qu’ils ont été là.

Concrètement, Iho Tumu fabriquera un to’o dans un to’o. Elle fera le sacré dans le sacré. "Vous savez ce qu’est le to’o", interroge-t-elle ? Il s’agit d’un objet sacré que les tahu’a utilisaient pour invoquer les dieux sur le marae. Il est constitué d’une partie en bois et d’une partie tressée. "Il était refait une fois l’an à l’occasion d’une cérémonie à laquelle seuls les initiés pouvaient assister." Dans ce contexte et pour la performance, "je serai la princesse prêtresse en train de recréer le sacré".

La place de la femme

Libor Prokop sera à ses côtés. Il jouera du vivo. Un poème sera déclamé. Iho Tumu tient, au-delà de l’aspect sacré, à la présence de la femme. "À l’origine, nous avions un rôle, nous donnions le nom du marae, choisissions son emplacement. Puis, comme dans tant d’autres cultures, nous avons été évincées. Il était temps de reprendre notre place." Une place qu’elle décrit à l’égal de l’homme. "Je m’octroie le droit de cela."

La performance, "un art du présent", décrit Iho Tumu, sera courte –une vingtaine de minutes– mais forte. "Elle doit marquer." Au passage du public, "elle s’allumera, puis s’éteindra". Le public qui sera notamment constitué d’invités, de représentants d’institutions du Pays et de l’État.


Le mot de la galerie

À l’instar de l’exposition intitulée James Norman Hall - voyage imaginaire et qui a été organisée en 2019, la galerie Winkler propose une nouvelle traversée hors les murs. Elle a été baptisée A Tomo mai i Ava Uta. Elle est exceptionnelle, au sens littéral du terme, car elle se déroule dans un site qui n’ouvre jamais ses portes au grand public, à savoir la résidence de l’Amiral à Punaauia, Ava Uta. L’accueil d’une exposition à Ava Uta est donc une démarche non ordinaire.

L’exposition est portée par la galerie Winkler en collaboration avec le Conseil des femmes de Polynésie française. La thématique "A tomo mai" pour : "venez, entrez ! " s’est imposée d’elle-même "tant le lieu invite à l’évasion", assure la galerie. "L’appel du large face à la passe Taipari est à elle seule une convocation au voyage. Cette vision furtive pose le cadre d’un tableau imaginaire grandeur nature. Tel un point de fuite qui fixe l’horizon vous serez entraînés dans une expérience artistique inédite. Fresque vivante, l’art s’entrelace à son environnement et vous embarque dans un parcours sensoriel à la rencontre de 28 artistes."


Pratique

Les 28, 29, 30 et 31 juillet à la résidence de l’Amiral, Ava Uta, à Punaauia.
Des visites guidées seront organisées tous les jours à 10 heures, 12 heures et 14 heures. Les moins de 12 ans ne seront pas admis.

Réservation obligatoire après de la galerie Winkler : 40 42 81 77.

FB : Galerie Winkler.

Rédigé par Delphine Barrais le Mardi 20 Juillet 2021 à 16:04 | Lu 2280 fois