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ISIDORE HIRO, Mo’orea sa terre nourricière, et le trésor de Patii


Isidore Hiro est un passionné des origines de son peuple, il écrit en tahitien un livre sur le sujet. Dans un entretien accordé spontanément sur la navette maritime Tahiti-Mo'orea, un personnage chaleureux et humble, une véritable source de savoir et d'anecdotes, se dévoile. Isidore Hiro est très attaché aux mystères de sa culture, il a créé l'association "Te Faufaa Tupuna no Aimeho" et semble vivre selon l'adage Ma'ohi "Ce que tu cherches avec persistance, tu le trouveras". C'est ainsi qu'il nous parle du trésor de Patii.


Rencontre avec Isidore Hiro, un Ma’ohi en quête de ce qui a été perdu

ISIDORE HIRO, Mo’orea sa terre nourricière, et le trésor de Patii
ISIDORE HIRO EST UN « MO’OREA-NIEN ».

Je suis un Ma’ohi, je suis né à Tearo… on ne connaît plus ce nom. Je viens de Mo’orea. Je ne suis pas un Tahitien. Je suis né à Mo’orea, mon nombril est à Mo’orea, mon placenta est enterré à Mo’orea, moi je ne suis pas tahitien, je suis un « Mo’orea-nien » (rire). Je ne me sens pas Tahitien. C’est comme pour le Paumotu ou le Marquisien : Jamais ils n’accepteront de dire « Je suis Tahitien », c’est pareil pour Mo’orea et moi, je suis un Mo’orea-nien, voilà ! J’ai beaucoup voyagé, mais jamais je ne pourrai quitter Mo’orea.

C’EST SUR UNE TERRE ETRANGERE QU’IL A ACCEPTE SON PRENOM.

Quand j’étais enfant, j’ai demandé à ma mère : « Mais, maman, pourquoi je n’ai pas de nom tahitien moi ! Pourquoi tu m’as donné ce nom là, Isidore, d’où ça vient ?! » Et elle m’a répondu : « C’est le taote qui t’a mis au monde, comme souvenir il t’a donné ce nom là, voilà ! »… Je n’ai jamais aimé ce nom, on s’est beaucoup moqué de moi et puis en 2011, je suis allé en Turquie et j’ai visité un musée et un bâtiment, qui dataient de 3000 ans avant Jésus Christ. J’ai lu sur un panneau que l’architecte qui avait fait ce musée s’appelait Isidoros (rire), donc Isidore c’était un grand savant, un grand architecte, c’est bien la première fois que j’ai enfin apprécié mon prénom !

« CE QUE TU CHERCHES AVEC PERSISTANCE, TU LE TROUVERAS » SAGESSE MA’OHI

En ce moment, j’écris en tahitien et en français, j’ai une traductrice, Patricia ma compagne, qui traduit mon livre en français. J’écris sur l’origine ou les origines du peuple Ma’ohi. Je suis passionné par ça. Beaucoup de personnes disent qu’on n’est pas d’ici, qu’on est un peuple immigré, venu vivre ici. Mais nous sommes tout de même les premiers habitants des îles. Tous ceux qui nous disent avec assurance : « Vous les Ma’ohi, vous êtes aussi des immigrés, vous venez de l’extérieur », quand je leur demande « Alors dîtes-moi ‘d’où on vient ?’ », ils ne savent jamais quoi répondre. J’ai donc lu beaucoup sur le sujet.

L’écriture a manqué à notre culture. On a des anciens qui transmettent oralement mais on a perdu beaucoup de choses. Un proverbe Ma’ohi dit que si tu insistes à chercher ce qui est perdu, tu le retrouveras. Il ne faut jamais baisser les bras. Si quelque chose a existé, que c’est perdu, on finira toujours par le retrouver. Ça prend du temps. Avant d’écrire, je me suis nourri de lectures pendant 17 ans.

« LA CULTURE NOUS SITUE, ELLE NOUS AIDE A SAVOIR QUI EST QUI, ELLE CONFIRME QUE « NOUS » EXISTONS »

On entend souvent dire « Il n’y a plus de Ma’ohi pur » mais qu’est-ce que ça veut dire ? Et les gens qui sont là, ce ne sont pas des Ma’ohi peut-être ! La Culture, c’est pour bien nous situer, après tout, NOUS existons. Ce n’est pas pour désavouer les autres. Ce n’est pas du racisme de vouloir se situer par rapport à l’autre, souvent on accuse de racisme la personne qui se revendique Ma’ohi, mais en fait, on a besoin de se situer, de savoir qui on est, grâce à la culture. Rien ne nous différencie des autres ethnies, la seule différence est que nous sommes les premiers habitants de ce pays, on a un lien fort avec nos terres. Le Ma’ohi a toujours un lien avec sa terre, il ne peut pas vivre sans sa terre, c’est impossible. On dit toujours que notre terre, c’est notre mère nourricière, Metua Vahine.

« JE VEUX QUE MON PEUPLE VIVE SA CULTURE. AUJOURD’HUI NOUS NE VIVONS PAS NOTRE CULTURE »

L’année dernière, en juillet 2012, je suis allé au Festival des Arts du Pacifique, aux Iles Salomon, 24 pays présents. J’ai vu que ces pays vivaient leurs cultures, ça m’a beaucoup touché. Vivre sa culture, c’est une question d’authenticité. Là, on est dans le folklore. Notre culture, ce n’est pas uniquement de la danse, oui, la danse fait partie de la culture, mais il n’y a pas que la danse. C’est aussi le ma’a, la langue, le comportement, le Ma’ohi a une personnalité, nous sommes un peuple attaché aux valeurs humaines, celle de l’accueil par exemple. Mais aujourd’hui, c’est chacun pour soi. C’est malheureux parce que ce n’est pas dans notre nature.

LE TRESOR DE PATII : « ENVIRON 300 TI’I SONT IMMERGES QUELQUE PART A MO’OREA ET LES MINISTERES SUCCESSIFS N’ONT JAMAIS RIEN FAIT POUR LES SORTIR DE LEUR TORPEUR »

Le grand prêtre de Mo’orea, Patii, quand il a été converti au christianisme, a demandé à tous les prêtres de Mo’orea d’amener leurs Ti’i, des Ti’i en bois, des Ti’i en pierre, à Papetoai. Le temple de Papetoai est, je crois, le 1er temple construit en Polynésie et il a été construit sur un Mara’e, mais j’ai oublié le nom du Mara’e.

Tous les prêtres ont emmené leurs Ti’i, de tout Mo’orea. Tous les Ti’i en bois, on les a tous brûlés. Mais par contre, les Ti’i en pierre, on les a jetés à la mer. J’ai rencontré des anciens, et j’ai demandé à Papa Matarau, « Papa Matarau, c’est grand l’Océan, quand on a dit ‘On a jeté les Ti’i dans la mer’, c’était où ? » et il m’a répondu « Normalement, on les a jetés dans la passe ».

Depuis 2004, j’ai tout essayé pour qu’on enlève ces Ti’i de la mer, je suis allé au Ministère de la Culture qui ne pouvait rien faire sans le Ministère de l’Equipement, j’en ai parlé à des personnes de responsabilités, mais j’ai du faire face à des murs d’indifférence, quels que soient les Ministères. C’est une personne, un pêcheur, qui a trouvé le lieu où se trouvent les Ti’i. Pour prouver son témoignage, il en avait ramené un, mais il a refusé de dire où ils étaient, pour qu’ils ne soient pas pillés. Lorsque j’ai demandé à cette personne combien il y en avait, il m’a répondu « Je n’ai pas pu compter tant il y en avait, je dirais au moins 300 ».

En 2011, je suis retourné encore auprès des autorités et j’ai créé une association qui s’appelle « Te Faufaa Tupuna no Aimeho » Les Ti’i ne sont pas faits pour être immergés. Quand les Tahu’a sacralisaient un Ti’i, ce n’était pas pour qu’il finisse immergé. Il ne faut pas dire qu’ils sont protégés là où ils sont. Si on les sort de là, nos Tupuna seront très contents de nous.

www.ariirau.com

Rédigé par Ariirau Richard-Vivi le Mercredi 10 Juillet 2013 à 12:01 | Lu 1120 fois






1.Posté par Philippe le 14/07/2013 19:59 | Alerter
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Isidoros: est-ce Isidore de Milet ? Il est l'un des constructeurs de la 3ème église Sainte Sophie à Constantinople mais il a vécu au VIe siècle après J.-C, cela fait 1400 ans.
Je crains que le frère du grand poète Henri Hiro ne se fourvoie dans une quête identitaire un peu forcée.
Tout d'abord, il confond nature et culture: s'il y a une culture ma'ohie, il n'y a pas de nature ma'hoie - un concept pour le moins raciste.
Ensuite, toute culture est une programmation des esprits. Elle est alors un produit de l'histoire, toujours en mutation. De ce fait, l'irruption du popa'a et de l'Occident l'aura certes modifiée, peut-être altérée, mais elle en aura aussi assimilé des éléments originellement hétérogènes. Les cultures ne sont pas figées ni pures, comme le voudraient les nostalgiques conservateurs, elles sont métisses et vivantes.
S'il a existé une civilisation ma'ohie, alors oui, elle a disparu. Mais il en reste des éléments culturels importants, comme les langues et bien des aspects du quotidien.
La vision obsidionale d'Isidore Hiro, celle du Ma'ohi seul contre tous, est pour moi une posture stérile et fausse.

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