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Hamuta hanté par ses véhicules zombies


En 2023, la commune de Pirae a sorti 168 VHU de ses rues.  Crédit : Tom Larcher
En 2023, la commune de Pirae a sorti 168 VHU de ses rues. Crédit : Tom Larcher
Tahiti, le 22 avril 2024 - À Pirae, dans la vallée de Hamuta, une vingtaine de véhicules zombifiés jonchent le bord de la route. Des voitures à l’allure morbide qui semblent condamnées à stationner au même endroit, posant des problèmes de place, d’hygiène et de sécurité. La commune de Pirae avait pourtant enlevé 168 véhicules hors d’usage (VHU) de ses rues en 2023 grâce à une enveloppe dédiée à cette cause. Mais depuis un an, cette vingtaine de VHU qui hantent la vallée de Hamuta donne du fil à retordre à la commune, qui ne parvient pas à s’en débarrasser.
 
Rue Anthony Bambridge à Hamuta. Le long de cette rue serpentueuse qui longe la mairie de Pirae jusqu’au début de la vallée, des dizaines de carcasses de voitures gisent, entre deux voitures fonctionnelles. Parfois sans capot, souvent sans roues, leur état diffère mais la plupart ne semblent pas prêtes à reprendre la route de sitôt. Les plantes qui y poussent et les traces qu’elles ont laissées au sol en témoignent : elles sont là depuis longtemps, figées sous le soleil, sous le vent et la pluie, comme figées dans le temps. “Il y en a une quinzaine, voire une vingtaine”, témoigne Utarii Teheiura, chef de la police municipale de Pirae. Une vingtaine de voitures qui sembleraient appartenir à un garagiste qui, par manque de place, les stockerait sur la route en attendant de les réparer, explique Utarii Teheiura. “On sait à qui appartiennent ces véhicules, on les a identifiés et répertoriés. Mais quand on les verbalise, ils récupèrent leurs véhicules et les redéposent un autre jour, soit au même endroit, soit à un autre endroit un peu plus loin.”
 
Malgré les verbalisations répétées, et le montant de ces dernières qui s’élève à 16 100 francs par VHU, le garage ne semble pas vouloir apporter de solutions aux problèmes. “Dès qu’il remet un véhicule qu’il avait précédemment enlevé, on va lui remettre cette verbalisation de 16 100 francs. Il arrive donc qu’il y ait plusieurs verbalisations pour un même véhicule. C’est un vrai jeu, un jeu qui s’installe entre la personne en charge de ces véhicules et la police municipale”, ajoute Utarii Teheiura. Un jeu du chat et de la souris qui coûte cher, mais qui se perpétue dans cette vallée où les carcasses de voitures s’accumulent.
 
La lutte contre les VHU à Pirae
 
La commune de Pirae est pourtant rodée sur ces questions de VHU qui occupent les rues : Kalani Teniaro, responsable communication de la mairie de Pirae, explique d’ailleurs qu’un budget a été alloué à la lutte de la prolifération de VHU, car ils posent des problèmes “de salubrité, d’hygiène et de sécurité publique”. Déjà car leur stationnement occupe de la place, bien souvent sur la route, donc peut entraîner des ralentissements voire des accidents. Mais aussi car ces structures de métal vieillissantes favorisent le développement des nuisibles et “sont des déchets dangereux tant qu’ils n’ont pas subi une dépollution complète et rigoureuse”, peut-on lire sur le site ecologie.gouv. Alors la commune de Pirae se mobilise et emploie des policiers administratifs qui sont chargés d’aller enquêter sur le terrain pour localiser les carcasses de voitures, aller vers les propriétaires et tenter de les convaincre de les enlever. “Les habitants de Pirae sont habitués maintenant”, ajoute le chef de la police municipale de Pirae. “Dans la commune, pour remettre son VHU, il y a un formulaire à compléter, remise de la carte grise et d’une pièce d’identité. Puis on répertorie le véhicule avec une photo.”
 
Manque de place à Pirae
 
Une fois prise en charge, la voiture part dans une zone de stockage de transit de la commune où elle attend d’être traitée par le syndicat Fenua Ma avec qui la commune a un partenariat pour dépolluer la carcasse de ses résidus d’huile et d’essence. Fenua Ma va ensuite envoyer une machine, la presse, celle qui transforme la carcasse de voiture en un cube de métal compressé. “L’année dernière, ce sont 168 VHU, de particuliers ou de la voie publique, qui ont été ramassés par la commune. C’est énorme, c’est quasiment un parking de voitures”, dit Kalani Teniaro de la mairie. Pour être exact, c’est même plus de deux fois ce que peut accueillir le parking de la Maison de la culture (60 places), à titre de comparaison.
 
Le problème, c’est qu’aujourd’hui, le parc de stockage de la commune de Pirae pour les VHU est plein. Il se voit obligé d’attendre la venue de la presse, la machine du syndicat Fenua Ma pour concasser ces restes automobiles, ce qui peut parfois prendre du temps. C’est d’ailleurs l’un des freins à l’enlèvement des voitures dans la vallée de Hamuta. “On manque de place sur notre site de transit de stockage communal, le site qu’on utilise en attendant que la presse vienne chez nous. On n’a plus de place pour stocker les voitures et par souci de stockage ici en commune, on ne peut pas ramasser celles de Hamuta pour l’instant. Ça va prendre un petit moment avant d’avoir la date de passage de la presse à Pirae”, conclut Kalani Teniaro.

 

Les VHU, fléaux en métropole et à Tahiti

Les carcasses de voitures qui jonchent le bord de la route, rue Anthony Bambridge à Hamuta.  Crédit : Tom Larcher
Les carcasses de voitures qui jonchent le bord de la route, rue Anthony Bambridge à Hamuta. Crédit : Tom Larcher
Le problème des véhicules hors d’usage (VHU) s’éternise mais il n’est pas nouveau, que ça soit au niveau local ou national. En 2015, le député Serge Letchimy a estimé dans un rapport que 65 000 VHU ne finissaient pas dans des centres agréés, entraînant les conséquences citées plus haut : prolifération de nuisibles, pollution des sols et des eaux, dégradation du paysage… Selon un autre rapport d’information du Sénat datant du 8 décembre 2022, ce seraient 800 VHU qui seraient en attente d’une prise en charge rien que sur Moorea. Alors que selon ce même rapport, Tahiti aurait une capacité de traitement de 1 000 VHU par an.

Rédigé par Tom Larcher le Lundi 22 Avril 2024 à 17:51 | Lu 1801 fois