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Haere Pō publie le “tout Cuzent”


Haere Pō publie le “tout Cuzent”
Tahiti, le 26 décembre 2021 - Gilbert Cuzent, pharmacien de la Marine, a séjourné à Tahiti entre 1854 et 1858. Il a observé, étudié, décrit et raconté son île d’adoption et son archipel, mais également les Marquises, les Tuamotu et les Gambier. Il a publié de nombreux textes rassemblés en un ouvrage complet et unique par les éditions Haere Pō.

En son temps, Gilbert Cuzent (1820-1891) a publié notamment : “Archipel de Tahiti. Recherches sur les productions végétales” paru en 1860 et “Voyage aux îles Gambier (archipel de Mangarèva)” en 1872. Il est également l’auteur de divers articles aujourd’hui dispersés. Denise et Robert Koenig, des éditions Haere Pō, ont rassemblé le tout en un ouvrage qu’ils viennent d’éditer et qui s’intitule “Les archipels, îles de la Société, Marquises, Tuamotu, Gambier. Recherches sur les productions végétales”. Pour Robert Koenig, c’est le “tout Cuzent”. Ce livre est “un repère” et “Cuzent est un symbole”.

Cet ouvrage se découpe en deux grandes parties. La première est un condensé d’observations des archipels des Marquises, des Tuamotu, de Tahiti, des Gambier et de la Société. Le second rapporte les recherches de l’auteur sur les principales productions végétales de l’île. Mais avant d’entrer dans les détails, des informations biographiques s’imposent.

Il naît à Brest et entre dans l’Internat de la Marine à 19 ans. À 32 ans, il est promu pharmacien. Il a été désigné pour aller à Tahiti. Ce qu’il a dans un premier temps refusé. Il embarque le 24 mai 1854 à bord du Pomone, atteint Valparaiso (le canal de Panama n’existe pas encore) le 5 septembre puis quitte le port chilien à bord de l’Aventure le 29. Il va faire escale aux Marquises, aux Tuamotu. Il débarque à Tahiti le 19 novembre 1854 après 168 jours de mer.

Gilbert Cuzent était “curieux de tout”, rapporte Robert Koenig. “Il a été un témoin direct de la vie en Polynésie au tout début du protectorat”. Son séjour a duré de 1854 à 1858. Il jette un regard “original sur la société coloniale qui l’entoure”. Il dénonce “les abus qui se pratiquent dans le commerce des oranges, de la perle et de la nacre”, et s’élève contre ceux qui “mus par le désir égoïste de l’accaparement et du monopole ne négligent rien pour paralyser les heureuses dispositions des indigènes”.

S’il dépeint avec émotion la beauté des nuits du mois d’août et la nature où ‘tout est calme, silence, repos et sécurité’, sa tendresse pour les habitants transparaît dans la description des scènes familières ou familiales et aussi, d’une certaine façon, dans le dialogue franco-tahitien.

Histoire et anecdotes

En première partie, c’est toute la vie des archipels traversés qu’il détaille. Gilbert Cuzent parle des “tatouages bleuâtres qui ornaient le front et les joues”, des vêtements portés, des repas, du paysage, de ses rencontres, des instruments de musique, des habitations, des sacrifices humains, de certains procès, des épidémies.

En seconde partie, chaque plante a ses pages dédiées comme le kava, le cocotier, le bancoulier, le coton, la vanille, le citron… À l’époque, les pharmaciens fabriquaient les médicaments. Aussi, Gilbert Cuzent s’est-il s’intéressé aux plantes locales, mais également aux techniques pour les cultiver, à leurs usages. Par cet intermédiaire, il a porté son attention sur les gens. En laboratoire, il a déterminé les propriétés physiques et chimiques.

Par exemple, pour le kava qu’il est le premier à avoir analysé, il explique l’origine des propriétés enivrantes de la plante. Elles sont dues “(…) à une matière oléo-résineuse très abondante qui se dédouble en une huile essentielle jaune-citron et en une résine balsamique, âcre et piquante que j’ai nommée méthysticine. Les autres parties constituantes de la racine de kava sont : de la cellulose, des matières gommeuses et extractives, des sels terreux et alcalins, de l’oxyde de fer, de la silice, etc.

À propos des variétés de taro, il écrit : “(…), les indigènes préfèrent celles qui ont les pétioles ou la chair du rhizome colorés. Ils ont une prédilection toute particulière pour le taro à chaire noire qui, après cuisson, est mou, gélatineux et piquant au goût. Les Européens au contraire préfèrent le taro blanc ou légèrement violacé qui, après cuisson, est ferme, farineux et d’un goût agréable (…)”.

Ailleurs il parle de la sève de uru comme cosmétique, du tabac qui pousse à l’état sauvage, des mois de floraison de la canne à sucre, de l’amande douce du pandanus qui se mange comme une friandise… Inspirant, l’ouvrage historique et pratique est riche d’informations et d’enseignements. Il trouve un écho aujourd’hui selon Robert Koenig. “Les confinements que nous avons vécus nous rappellent que parfois on ne peut compter que sur soi”, et sur ce qui nous entoure directement.

Et aussi…

En annexe, se trouvent des textes sur la confection des boissons fermentées, les coraux et l’origine des atolls, l’origine des îles et des hommes, la légende astronomique des Ainanu ou bien encore les funérailles du prince Arii-Aue en mai 1855 (le fils aîné de la Reine Pomare).

Un savoureux dictionnaire français-tahitien est également intégré. Il traduit un certain nombre de phrase française en tahitien à utiliser en différentes situations : lors d’une rencontre avec un Tahitien dans la vallée, en cas d’accident, à l’arrivée dans un village ou lors d’un voyage autour de l’île. Ce qui participe à la description de la vie d’alors, des problématiques de l’époque : “Fais un grand feu, nous allons rester ici jusqu’à demain”, “Nous avons un lit européen à te donner et une moustiquaire, tu ne seras pas piqué par les moustiques”.

L’ensemble des textes a été rédigé par Gilbert Cuzent. Certaines illustrations sont issues de photographies de l’auteur, d’autres sont des tracés cartographiques. Une partie d’entre elles est une création originale de Guy Wallart pour la partie Recherches sur les principales productions végétales de l’île de Tahiti.

Dictionnaire français-tahitien
  • Dictionnaire français-tahitien
  • Couverture
  • Les produits divers
  • Illustration de Guy Wallart.

Rédigé par Delphine Barrais le Dimanche 26 Décembre 2021 à 16:26 | Lu 1308 fois