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Hackathon : épauler les jeunes victimes d’abus sexuel


La 4eme édition du Hackaton organisé par Big Bloom en Polynésie.  Crédit : Tahiti infos
La 4eme édition du Hackaton organisé par Big Bloom en Polynésie. Crédit : Tahiti infos
Tahiti le 17 mai 2024 - Pendant deux jours, l’organisation Big Bloom a tenu son quatrième Hackathon en terre polynésienne. Ce jeudi 16 mai, après 24h de dur labeur, trois équipes ont présenté leur initiative pour venir en aide à l’association Tiai Nui Here, un foyer pour les jeunes femmes ayant subi des violences sexuelles.

Un Hackathon, si on en croit la première définition donnée par Internet, c’est « une compétition d’innovation où les participants se réunissent pour générer des idées et concevoir des solutions sur une période très courte ». Pour le 4ème hackathon de Big Bloom à Tahiti, cette organisation non-gouvernementale qui a pour vocation d'accélérer les innovations sociales a choisi de traiter une problématique sociétale majeure en Polynésie, souvent qualifiée de « tabou » : les jeunes victimes de violences sexuelles.

Pour cerner le problème et bien en mesurer toutes les problématiques qui en découlent, mais aussi apporter des solutions concrètes et plausibles, l’organisation du hackathon a fait appel à l’association Tiai Nui Here. Cette association accompagne dans son centre « des jeunes filles victimes de violence sexuelle, qui sont placées par le juge des enfants par assistance judiciaire » décrit gravement Karine, coordinatrice Big Bloom en Polynésie. Grâce à leur expertise, et celle d’autres acteurs du public et du privé, trois équipes d’« hackathoniens » se sont attelées à la proposition d’une initiative qui permettrait d’accompagner et de répondre aux besoins de ces jeunes femmes. 24h, un mi-sprint, mi-marathon pendant lesquelles les cerveaux ont bien chauffé.

Une urgence qui s’éternise

Si le sujet peut être tabou dans certaines consciences, il ne l’est pas pour Karine. « En Polynésie française, près de 7% des femmes ont subi au moins une agression sexuelle avant 15 ans, contre 4% en métropole. Ces violences sexuelles sont, dans la majorité des cas, perpétrées par des ascendants familiaux, dont 96% sont des hommes » détaille la coordinatrice du hackathon. Les chiffres peuvent déranger, gêner, mais ils sont bien réels. Il était donc urgent « d’imaginer une solution innovante pour accompagner et soutenir les projets d’insertion des jeunes filles victimes de violence, pas qu’au sein du foyer de l’association Tiai Nui Here, mais de toutes les victimes de violence d’abus sexuels en Polynésie. »

Au terme de ces 24h, les équipes ont donc présenté leur projet « clés en main » à un jury, en espérant que ce sera le leur qui retiendra l’attention. Car l’initiative sélectionnée est par la suite « prototypée et mise en œuvre ». D’abord à l’échelle de l’association Tiai Nui Here afin d’aider au plus vite les filles qui y résident, puis à l’échelle de toute la Polynésie, si les moyens le permettent.

Le projet retenu

C’est finalement le premier projet, baptisé « sœur de cœur » qui a été retenu par le jury. C’est une sororité physique et virtuelle qui permettrait de soutenir les jeunes victimes dans ces moments traumatisants, mais aussi dans « l’après ». Car un des risques majeurs chez ces victimes, c’est qu’elles retombent dans le même schéma nocif qui les a exposées à ces violences. Le projet propose donc un suivi et un entourage bienveillant, notamment grâce à la mise en place d’une hiérarchie : les sœurs, victimes de violence ; les grandes sœurs, des femmes qui ont vécu ces violences et qui s’en sont sorties ; les marraines, toutes personnes souhaitant s’impliquer de près ou de loin et les mécènes, les donateurs.

Ainsi, les victimes recevront un support émotionnel, et des conseils de plusieurs interlocuteurs avec un point de vue différent. Le projet se veut également transgénérationnel, c’est-à-dire qu’une ancienne sœur devenue grande sœur aide à son tour des jeunes filles ayant vécu ces expériences traumatisantes. Le projet, tout juste validé, devrait germer d’ici septembre, grâce au concours d’autres associations du fenua.

Rédigé par Tom Larcher le Vendredi 17 Mai 2024 à 16:00 | Lu 298 fois