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Grève générale : Dernière chance pour s'entendre



Tahiti, le 6 septembre 2020 - Alors que la dernière réunion de négociation Pays-État-patronat-intersyndicale avant l'échéance du préavis de grève générale est prévue cet après-midi, Tahiti Infos dresse un état des lieux de l'avancée des discussions.

Lundi après-midi est prévue la dernière réunion entre le gouvernement, le haut-commissariat, les syndicats de salariés et le patronat avant l'échéance du préavis de grève générale déposé il y a une semaine par la CSTP-FO, la CSIP, O oe to oe rima, Otahi et la Fédération de la manutention portuaire. Alors que les syndicats se montraient jusqu'ici frileux à l'idée d'entamer un débrayage compliqué et impopulaire – vu le contexte sanitaire et économique – les derniers jours semblent avoir fait évoluer la situation. De sources concordantes, la CSIP a demandé à ses adhérents de se tenir prêt dans certains de ses "bastions" et la manutention portuaire prépare également ses troupes à un "arrêt de travail". Information confirmée côté patronat, où l'on notait jeudi dernier un "changement d'attitude" de "certains membres" de l'intersyndicale… État des lieux avant une réunion à enjeux, sur les plans social et de la stratégie sanitaire :
 
  • Déjà quatre semaines de discussions
 
Un peu de chronologie pour contextualiser cette réunion. Le lundi 10 août dernier –moins de quatre semaines après la réouverture des vols commerciaux internationaux et au début du rebond de l'épidémie au fenua – plusieurs organisations syndicales de salariés et d'enseignants, mais aussi des organisations patronales, adressaient un courrier au président et au haut-commissaire pour demander notamment le report de deux semaines de la rentrée scolaire, la mise en place d'une quatorzaine obligatoire pour les arrivants et l'obligation du port du masque hors domicile sur toute la Polynésie française. Dans la foulée, le mercredi 12 août, le président du Pays et son gouvernement recevaient les partenaires sociaux, mais pour leur adresser une fin de non recevoir.
 
Deux semaines plus tard, le 27 août, l'intersyndicale rassemblant les syndicats de salariés à l'exception de A ti'a i mua brandissait la menace du dépôt d'un préavis de "grève générale" reprenant les demandes antérieures. Une première rencontre avait lieu dès le lendemain avec le patronat, ce dernier se déclarant opposé à la grève mais d'accord avec certaines des revendications des syndicats. Dès la semaine suivante, lundi dernier, le haut-commissaire a rencontré seul l'ensemble des partenaires sociaux pour un premier contact. Une première rencontre spécifique Pays-État-syndicats de salariés a ensuite été organisée mercredi dernier et une seconde Pays-État-patronat s'est tenue jeudi dernier. Après quelques négociations discrètes ce week-end, l'intersyndicale prévoit de se revoir lundi matin au Cesec, avant une nouvelle rencontre avec les patrons et enfin une concertation lundi après-midi avec l'État et le Pays. À quelques heures de l'échéance du préavis de grève générale.
 
  • Retour de la quatorzaine, ça coince
 
Un sujet semble particulièrement insoluble, celui de la mise en place d'une quatorzaine obligatoire à l'arrivée en Polynésie française. Les syndicats de salariés y tiennent. Les patrons y sont fermement opposés pour les touristes et moins catégoriques sur les "résidents, nouveaux résidents et touristes affinitaires" pour qui ils demandent plutôt un renforcement de la stratégie de dépistage. De leur côté, l'État et le Pays sont catégoriques sur le maintien de leur stratégie du test obligatoire de moins de 72 heures et de l'auto-test 96 heures après l'arrivée. Stratégie qui a permis de détecter 19 cas positifs importés sur 17 000 voyageurs arrivés depuis la reprise des vols commerciaux le 15 juillet dernier, mettent en avant les autorités. Mais stratégie qui n'a pas empêché la réintroduction du virus deux semaines après la réouverture des frontières… Pour en arriver à la "circulation active" que l'on connaît aujourd'hui.
 
Autres arguments opposés par le Pays et l'État aux syndicats : d'une part, la quatorzaine est "incompatible avec l'activité touristique" ; Ce à quoi les syndicats rétorquent depuis plusieurs semaines que les autorités favorisent le secteur touristique au détriment des autres secteurs de l'économie. Et d'autre part, toujours selon les autorités, la quatorzaine est "irréalisable", l'île de Tahiti ne disposant pas des capacités d'hébergement suffisantes pour accueillir et placer en isolement les 2 500 à 3 000 personnes qui débarquent chaque semaine au fenua.
 
  • Plus de tests, ça se discute
 
Autre revendication forte des syndicats, portée notamment par le secrétaire général de la CSTP-FO, la demande d'une multiplication substantielle des tests et d'une stratégie de dépistage beaucoup plus large que celle pratiquée actuellement. Le syndicaliste Patrick Galenon milite notamment pour l'acquisition "d'automates" permettant des dépistages massifs. Mais côté Pays, on met en avant les difficultés d'approvisionnement au fenua pour ce type de matériels. Actuellement, la Polynésie réalise près de 200 à 250 tests par jours avec une capacité maximale quotidienne disponible de 300 tests à Malardé, 150 au CHPF et 16 dans "un autre laboratoire de la place". Les autorités se sont engagées à "accélérer la livraison" des commandes de réactifs et de matériels de prélèvement pour "augmenter les capacités de test" mais bien en-dessous des attentes des syndicats qui souhaitent un véritable changement de stratégie de dépistage… Enfin, pour les patrons, avant de penser tester davantage, il faut d'abord régler en urgence le problème de la prise en charge des cas contacts…
 
  • Coût des cas contacts, ça traîne
  
Le sujet n'est pas nouveau, mais au grand dam du patronat il n'avance pas. Le 20 août dernier, la direction du travail indiquait au Medef Polynésie qu'à l'inverse de la métropole, il existait en Polynésie un "vide juridique" sur l'application de plusieurs situations créées par l'épidémie de Covid-19 dans le droit du travail. La semaine dernière, le Medef et la CPME ont tiré la sonnette d'alarme principalement sur la situation préoccupante des "cas contacts" placés à l'isolement par le bureau de veille sanitaire le temps de leur dépistage, mais toujours pris en charge par leurs employeurs pendant cette période. Les organisations patronales évoquent un minimum de 180 nouveaux cas contacts par jours concernés par cette situation… Le Pays annonce un chiffre bien moins élevé.
 
Jeudi dernier, la ministre du Travail s'est dite prête à faire évoluer le code du travail sur ce point et a annoncé une projection sur l'impact financier des cas contacts dans les entreprises. Les patrons, eux, demandent d'aller plus vite.
 
  • Ecoles, masques obligatoires, caméras thermiques et caisse chômage au second plan…
 
Si les syndicats insistent sur l'obligation du port du masque sur tout le territoire de la Polynésie française, la généralisation de cette protection dans l'hyper-centre de Papeete, aux abords des écoles, dans les lieux publics de loisirs et dans la quasi-totalité des lieux recevant du public tend plutôt à satisfaire les représentants des salariés. Ces derniers estiment néanmoins que la situation générée par l'empilement des recommandations et obligations ces dernières semaines est trop complexe et qu'une simple obligation générale pour tous les lieux "hors domiciles" serait plus efficace.
 
Une autre demande de l'intersyndicale porte sur l'installation de caméras thermiques à l'entrée notamment de l'aéroport, mais une source syndicale confiait ce week-end que l'intersyndicale se montrait finalement assez flexible sur ce point. Le ministère de la Santé ayant opposé lors des réunions de la semaine dernière le fait que les caméras thermiques ne peuvent détecter la majorité des cas Covid asymptomatiques.
 
Dans l'Éducation, seuls quelques syndicats affiliés FO ont déposé un préavis de grève arrivant également à échéance mardi, tandis que les syndicats majoritaires Unsa et FSU estiment que le moment est mal choisi pour un tel mouvement. Les demandes portent sur un renforcement des gestes barrières, une limitation des contacts ou encore un décalage des vacances scolaires. Le Pays campe sur sa méthode de fermeture ponctuelle de classes ou d'établissements en fonction du dépistage de cas Covid.
 
Enfin, les syndicats de salariés évoquent dans leur préavis la mise en place d'une caisse chômage. Ni les patrons, ni le Pays n'y sont opposés. Mais le gouvernement estime néanmoins qu'une telle mesure ne doit pas être mise en place dans l'urgence de la situation de crise actuelle, puisque "tant les employeurs que les salariés ne disposent de la capacité financière pour soutenir ce dispositif". Des réunions de travail Pays-syndicats-patronat vont donc être mises en place et dans l'attente, le gouvernement met en avant son dispositif Diese prolongé jusqu'au 1er trimestre 2021 et récemment élargi aux bars, discothèques et boîtes de nuit.
 

Rédigé par Antoine Samoyeau le Dimanche 6 Septembre 2020 à 23:55 | Lu 3451 fois




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