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Gazpac Tahiti : “On a subi des cadences infernales”


Tahiti, le 15 septembre - Seule entreprise en charge de la fourniture d’oxygène médical en Polynésie française, Gazpac Tahiti a vu son activité multipliée par 13 depuis la mi-août. “Avec un stock tampon de 100 000 litres d’oxygène liquide à Tahiti, nous n’avons jamais été en risque de rupture de stock”, assure cependant sa directrice générale.
 
C’est une entreprise qui n’ouvre pas souvent ses portes. Gazpac Tahiti a dérogé à cet usage mercredi. L’unique fournisseur en oxygène médical de Polynésie française vient de vivre six semaines d’une intense activité avec l’explosion des cas de variant Delta au fenua. A l’heure où la tension s’atténue progressivement en filières Covid des structures de santé polynésiennes, “on a la volonté de féliciter nos employés, valoriser leur travail”, explique Myriam Balme, directrice générale de Gazpac Tahiti. Sous le feu d’une demande sans précédent, avec la propagation du variant Delta et l’afflux historique en hospitalisation qu’elle a entraîné, l’entreprise a été contrainte de multiplier par 13 ses livraisons d’oxygène médical à destination des structures de santé à Tahiti, Moorea et Raiatea, depuis le 15 août. “C’est un exploit. Et je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de structures industrielles capables de monter en cadence de cette manière du jour au lendemain.” L’oxygène médical est un produit reconnu d’intérêt thérapeutique majeur. Il ne pouvait connaître de rupture de stock.

Il faut savoir qu’en Polynésie, la seule entreprise capable de fournir ce produit est la société Gazpac Tahiti. Cette filiale du groupe calédonien Caillard & Kaddour livre les structures hospitalières de la santé dans le cadre de marchés publics. Elle fournit également la pharmacie d’approvisionnement.
En dehors de l’hôpital du Taaone qui dispose depuis 2013 de sa propre unité de production, Gazpac assure l’approvisionnement des hôpitaux de Raiatea, Moorea et Taravao, les cliniques Cardella et Paofai et le service médicalisé d’urgence (Smur) ou les pompiers pour les évacuations de malades en situation d’hypoxie. Et la demande a été soutenue en août : un patient en situation d’insuffisance respiratoire chronique consomme 15 litres d’oxygène médical gazeux par minute. Et jusqu’à 60 litres par minute pour les malades en service de réanimation.

​Consommation de 8 mois en 3 semaines

Il faut bien se rendre compte qu’au plus fort de l’activité, l’hôpital de Uturoa a eu un besoin comparable à celui du CHPF en période de routine. C’est énorme”, illustre Pauline Moreau, directrice de site de Gazpac Tahiti. Pour la seule journée de jeudi dernier, l’entreprise a ainsi organisé la livraison de 328 bouteilles d’oxygène médical sous pression à l’hôpital de Raiatea, soit l’équivalent de 3,5 millions de litres d’oxygène gazeux. Pour bien se rendre compte, courant août, la demande en oxygène médical a été multipliée par 22 à Uturoa, celle de l’unité hospitalière de Moorea par 51, l’hôpital de Taravao par 9 et même le Centre hospitalier du Taaone a vu sa consommation en bonbonnes d’oxygène multipliée par 9, en dépit d’une unité de production maison capable d’injecter jusqu’à 3 400 litres d’oxygène médical par minute sur son réseau interne.
 
Au cours des trois dernières semaines l’entreprise a honoré l’équivalent de huit mois des besoins habituels de la Polynésie”, souligne Myriam Balme. “On a subi des cadences infernales. Tous nos employés ont été sur-sollicités. Notre seule préoccupation a été d’éviter la rupture d’approvisionnement. Et ça a été un challenge relevé. On n’a pas arrêté, ne serait-ce qu’un week-end.” De 15 employés avant la crise, l’entreprise de Tipaerui a très vite dû recruter six intérimaires pour faire face à l’envolée de la demande en oxygène. Pendant six semaines, entre le dépotage des conteneurs isotanks, la mise en stock tampon de l’oxygène liquide, la surveillance des unités de remplissage des bonbonnes et leurs livraisons, l’activité de Gazpac s’est maintenue sur un rythme de sept jours par semaine, avec deux équipes en activité quotidienne pour garantir une permanence de 16 heures par jour. Au plus fort de l’activité, le service de l’Equipement est même venu en renfort en mettant des véhicules à disposition pour assurer la livraison des bonbonnes d’oxygène sur le port, pour être expédiées dans les îles, ou acheminer cette précieuse denrée médicale dans les structures de santé de Tahiti.

Rupture de stock évitée

Reste que si l’activité de l’entreprise a explosé durant ces six dernières semaines, les fortes tensions sur l’approvisionnement en oxygène médical étaient prévisibles. Il se trouve que dès le mois d’avril 2020 une convention de sécurisation a été conclue entre Gazpac et la Polynésie française pour éviter tout risque de rupture de stock, en cas de crise sanitaire. “Nous avions aussi investi dans des milliers de nouvelles bonbonnes et déjà pris nos dispositions pour mixer nos sources d’approvisionnement en oxygène. Le choix s’est porté vers des importations de Nouvelle-Calédonie et de Nouvelle-Zélande. Au plus fort de la crise on s’est même approvisionné en Chine. Nous avons toujours eu quatre isotanks positionnés sur site et prêts à l’envoi. Avec un stock tampon de 100 000 litres d’oxygène liquide à Tahiti, nous n’avons jamais été en risque de rupture de stock”, assure Myriam Balme.
En dehors de l’oxygène médical et d’autres gaz à usage médicaux (protoxyde d’azote, air comprimé, meopac, etc.), Gazpac Tahiti assure aussi la fourniture de gaz pour des besoins industriels : notamment du dioxyde de carbone pour les brasseries ou les entreprises de production de boissons pétillantes. Cette activité aussi a dû être maintenue au plus fort de la crise.

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Mercredi 15 Septembre 2021 à 18:43 | Lu 1882 fois