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Gaston Flosse, déjà en campagne


Tahiti, le 21 septembre 2021 - Gaston Flosse a longuement dénoncé mardi les “scandales” de la gouvernance Fritch. L’occasion de tirer profit du vent de contestation observé avec la mobilisation de samedi contre la loi sur l’obligation vaccinale. A sept mois des prochaines échéances législatives, le leader du Amuitahiraa annonce un rendez-vous bimensuel pour critiquer l’action de la majorité Tapura.
 
Gaston Flosse l’a annoncé de suite, mardi matin : A l’instar du rendez-vous hebdomadaire avec les chiffres du Covid, le leader du Amuitahiraa envisage de convier la presse chaque quinzaine pour distiller ses avis sur l’actualité, à chaud. Il promet de la régularité. On peut raisonnablement penser que le vieux roublard de la politique s’aménage ainsi un espace pour marteler les critiques de son parti sur l’action de la majorité gouvernementale, à neuf mois des prochaines échéances législatives. En chemin, dans sept mois, l’Hexagone a rendez-vous avec l’élection présidentielle. C’est le moment d’exister politiquement et de chasser de nouveaux électeurs sur le terreau de la contestation.

Flatter les masses pour espérer obtenir en retour leur adhésion : en matière de démagogie, le leader du Amuitahiraa n’a pas de maître localement après 60 ans d’expérience dans la communication politique. Le 7 septembre, c’est à l’appui des chiffres de la mortalité du Covid qu’il avait dénoncé la “catastrophe sanitaire” à mettre au crédit des autorités de l’État et du Pays. Il demandait alors la démission du haut-commissaire et du président. Des suggestions restées lettres-mortes, on s’en doute.

Mardi matin, le leader politique d'opposition s’est intéressé aux scandales de la gouvernance Fritch. Autour de lui, les fidèles de son premier cercle : Tauhiti Nena, Sylvianne Terooatea, Vaitea Le Gayic. Flosse a attaqué d’emblée sur le “scandale” le plus récent : l’interpellation du docteur Théron, lundi. Même si l’épisode judiciaire n’a rien à voir avec le gouvernement, puisqu’il a été ordonné par le parquet de Papeete, il en condamne “fortement et rigoureusement” les circonstances. Ce faisant, il se range au côté de quantités d’avis partagés sur les réseaux sociaux depuis lors, notamment sous le hashtag #LiberezTheron. “On ne se croirait pas dans un pays civilisé comme le nôtre. Aujourd’hui Théron, demain qui ?
 
Dissolution de l’assemblée
 
Une mobilisation s’organise pour jeudi matin à l’appel du collectif Nunaa a ti’a. La manifestation est prévue à Tarahoi dès 9 heures pour demander la libération du Dr Théron, alors que doit s’ouvrir à l’assemblée la première séance de la session budgétaire. “Si c’est pour manifester contre la façon de gérer notre pays avec ce Covid, contre l’incompétence et l’amateurisme d’Édouard Fritch, oui nous soutiendrons”, a souligné Gaston Flosse mardi. Car pour lui, après la mobilisation de 2 500 personnes samedi avenue Pouvana’a a Oopa pour demander l’abrogation de la loi sur l’obligation vaccinale “c’est la colère générale de la population contre le gouvernement”, qui s’exprime.

Colère sur laquelle il est intéressant de surfer. Si depuis début août, Gaston Flosse exige la démission du gouvernement, il songe dorénavant à proposer au président Macron d’ordonner la dissolution de l’assemblée. Pour ce faire, un “consultation populaire” devrait selon lui réunir “60 à 80 000 signataires pour protester contre la gestion du Pays”. De quoi transformer son souhait, espère-t-il : “Rendons la parole au peuple. Nous allons voir après la mobilisation de jeudi quelle sera la réaction d’Édouard Fritch : Va-t-il démissionner ? Demandera-t-il la dissolution de l’assemblée ?” L'alternative est improbable, mais  “c’est dans l’intérêt du peuple”.
 
Pour mobiliser “l’intérêt du peuple”, Gaston Flosse a aussi épinglé mardi le scandale de la vente par EDT pour 655 millions de Fcfp début septembre de ses parts dans le capital de la SEM Transport d’énergie en Polynésie (TEP). Sur le principe, cette vente est pourtant prévue par le Plan de transition énergétique forgé en 2014 alors que Flosse était encore président du Pays. Mais en l'introduisant ainsi, Flosse pouvait pointé un autre scandale, mardi : le Salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) resté inchangé à 152 914 Fcfp brut depuis octobre 2014. Le Vieux lion suggère de l’augmenter de 4%. Et pour montrer qu'il à de la suite dans les idées : “Nous demandons à tous ceux qui n’ont rien de venir signer la pétition pour demander la dissolution de l’assemblée”. A 90 ans, le Vieux lion trouverait-il le temps un peu long jusqu’en 2023 ? “Mieux vaut arrêter les dégâts aujourd’hui, plutôt que d’attendre que le bateau coule.” En attendant, l’espoir fait vivre.

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Mardi 21 Septembre 2021 à 18:45 | Lu 2904 fois