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Fret, carburant… Les armateurs dans la tempête


Tahiti, 27 septembre 2022 – Un mois après l'avis de la commission d'examen des tarifs maritimes interinsulaires, les armateurs n'ont pas vu venir ni la hausse des tarifs réglementés du fret, ni la baisse des prix du carburant évoqués pour le 1er octobre. La totalité des armateurs polynésiens, des îles et de la desserte Tahiti-Moorea, a signé un courrier commun pour alerter le vice-président du Pays sur la détresse économique que représente les 240 millions de Fcfp de surcoût carburant depuis juillet.
 
On les avait quittés rassurés, on les retrouve alarmés. Un mois après la réunion de la commission d'examen des tarifs maritimes interinsulaires (CETMI), les armateurs attendent toujours la décision du gouvernement d'augmenter les tarifs réglementés du fret maritime ou de baisser les tarifs tout aussi réglementés du carburant de leurs navires…
 
Mardi matin, la totalité des armateurs des navires desservant Moorea et les îles éloignées ont adressé un courrier commun au vice-président du Pays, Jean-Christophe Bouissou. Le message y est simple : les armateurs ne peuvent plus faire face à une hausse du carburant au 1er juillet dernier qui a déjà généré un “surcoût” de 240 millions de Fcfp pour l'ensemble de la profession. Les armateurs disent constater que d'autres secteurs d'activité ont pu bénéficier de revalorisations et d'ajustements décidés par le Pays. Ils rappellent au vice-président qu'il s'était engagé sur une décision au 1er octobre, mais disent avoir appris que le conseil des ministres ne se prononcerait finalement pas avant le 1er novembre. Une échéance qui n'est “plus tenable” pour la profession, qui a néanmoins réussi à décrocher un rendez-vous ce jeudi matin avec Jean-Christophe Bouissou.
 
Tous ensemble
 
Aremiti, Cobia, Dory, Terevau, Vaeara'i, Tuha'a Pae, Aranui, Taporo, Hawaiki Nui, Saint-Xavier Maris Stella, Mareva Nui ou encore Nuku Hau… Tous les armateurs sans exception ont choisi de faire front en commun. “Franchement, c'est historique”, commente l'une d'entre eux, lors d'une réunion qui s'est déroulée avec l'ensemble des responsables des compagnies maritimes mardi après-midi à la Confédération des armateurs à Fare Ute. Assurant tous parler d'une seule voix, les armateurs ont accepté de résumer la situation chacun à tour de rôle à l'issue de cette réunion commune. “Le vice-président s'était engagé sur une date. Le problème, c'est la non prise de décision. Apparemment, le message n'a pas été compris sur nos difficultés”, lâche un armateur. “Les conditions d'exploitation sereines pour notre activité ne sont plus réunies aujourd'hui. On rogne sur toutes les charges possibles et imaginables”, souligne un autre. “On n'attend rien d'autre que la bonne application des textes”, poursuit un troisième en référence à la CETMI du mois d'août dernier. “Et il ne nous faut même plus une solution, il nous faut la bonne solution. On ne va pas attendre que les cours du pétrole baissent”, conclut un quatrième.
 
Rappelons qu'au 1er juillet dernier, les armateurs des goélettes des îles ont subi une hausse du prix de vente du carburant de +20 Fcfp tandis que les armateurs de la desserte Tahiti-Moorea ont été affectés par une hausse de +30 Fcfp. Cette augmentation de l'indice de variation des prix du secteur de plus de 2% a entraîné automatiquement la dernière réunion de la CETMI. Et à l'époque, ce sont les armateurs eux-mêmes qui ont proposé aux représentants du Pays d'éviter de répercuter uniquement cette hausse du coût du carburant sur le tarif du fret maritime qui aurait dû augmenter de +8,21%. Les habitants des îles auraient trinqué immédiatement. La proposition retenue par l'avis de la commission était donc celle d'une combinaison entre hausse modérée des tarifs et effort du Pays sur le coût du carburant. Un scénario idéal avait même été proposé : une hausse minimale de 3,47% mais avec une baisse du carburant de -20 Fcfp.
 
“Rester à quai”
 
Depuis, c'est le silence radio. Les armateurs expliquent que leur seul contact avec l'administration a été un mail reçu vendredi dernier pour leur indiquer que leur dossier ne passerait pas d'ici la fin octobre en conseil des ministres en raison d'un agenda trop chargé du vice-président. Il faudra donc attendre un mois de plus pour avoir une décision du gouvernement. “Le déficit pour l'ensemble de la profession sera alors porté à 300 millions de Fcfp”, réagissent les armateurs. Ajoutés à cela aujourd'hui, les acteurs de la desserte Tahiti-Moorea ne peuvent se contenter d'une hausse des tarifs réglementés du fret maritime. Les trois opérateurs ont signé le courrier commun au vice-président. Ils affirment que s'ils devaient répercuter la hausse des prix du carburant sur le tarif de la desserte, c'est une augmentation de +20% sur le prix du billet Tahiti-Moorea qui se profilerait.
 
La marge de manœuvre est très faible. Outre les tarifs réglementés et le coût du fret réglementés, les licences de transporteurs maritimes imposent un nombre de rotations minimum pour chaque navire. Mais c'est pourtant sur ce seul levier du nombre de voyages dans les îles que les armateurs affirment pouvoir réaliser les économies nécessaires à leur survie. “Il faut s'attendre à des perturbations fortes”, mettaient en garde les professionnels mardi après-midi dans le bureau de la confédération des armateurs. “Franchement, ce n'est pas de gaieté de cœur. Mais si on doit en arriver là, on est décidé à laisser les bateaux sur le quai. Ce sera une nécessité.”
 

Rédigé par Antoine Samoyeau le Mardi 27 Septembre 2022 à 21:36 | Lu 2891 fois