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Flots d'encre sur Tahiti : une lettre d'amour à la littérature polynésienne



Daniel Margueron, auteur de "Flots d'encre sur Tahiti"
Daniel Margueron, auteur de "Flots d'encre sur Tahiti"
PAPEETE, le 19 novembre 2015 - Le dernier ouvrage de Daniel Margueron est dévoilé au Salon du Livre. Cette analyse de la littérature polynésienne francophone revient sur 250 ans de livres, nouvelles, essais ou poèmes sur la Polynésie.

Plus de 500 pages, c'est ce qu'il aura fallu à Daniel Margueron pour retracer 250 ans de littérature consacrée à la Polynésie. Un travail gigantesque, pour lequel l'auteur a dû se limiter : il ne s'attache qu'aux publications en français. Pas de livres en anglais ou en tahitien donc… Mais il en reste tout de même des milliers à présenter, analyser et classer. Un vrai travail de fourmi réalisé avec patience par cet amoureux de la littérature polynésienne, chercheur, critique littéraire et professeur de français à la retraite qui a enseigné en Polynésie pendant des décennies. "Flots d'encre sur Tahiti" est une continuation de son livre "Tahiti dans toute sa littérature" publié en 1989.

Véritable expert en son domaine, Daniel Margueron a tout lu et a consacré son temps à analyser les œuvres polynésiennes, en particulier au sein de la Société des études océaniennes dont il est un grand contributeur. Dans ce dernier ouvrage, il décortique les clichés qui parsèment les très nombreux livres laissés par les voyageurs après un passage en Polynésie et expose les courants, oppositions et thèmes dominants de notre plus modeste production locale. Une lecture indispensable pour tous les aficionados ou simple curieux de littérature et de la Polynésie

Vous pourrez retrouver l'auteur et son ouvrage au Salon du livre pendant les quatre jours de l'événement, soit au stand de la Société des Etudes Océaniennes, soit en dédicace à celui de la Librairie des Archipels.



Parole à Daniel Margueron

Tahiti Infos : Tous les livres dont vous parlez dans votre ouvrage parlent de la Polynésie, mais pas tous de la même manière. Pouvez-vous nous présenter les courants et leurs grands auteurs ?

Daniel Margueron : Il y a trois grands courants. D'abord les livres de voyages avec des auteurs comme Pierre Loti, Bougainville bien sûr, Victor Segalen, Georges Simenon, Romain Gary… En gros c'est la littérature de ceux qui sont venus en escale mais ne sont pas restés. Ce sont des milliers de livres.

Un livre à recommander dans cette catégorie ?

Victor Segalen, les Immémoriaux. C'est un très grand livre mais ce n'est pas le seul bien sûr. Il se penche sur une civilisation défunte, qui a été malmenée par l'évangélisation.

La deuxième catégorie est la littérature des européens installés à Tahiti ?

Oui voilà, ceux qui sont là dans la durée. Ils voient le pays autrement que les voyageurs. Ils ne sont pas dans le mythe mais dans un ancrage social, familial, qui fait qu'ils voient la Polynésie plus dans le quotidien de son existence. Mais ils ne sont pas plus objectifs que les autres : personne n'est objectif, de toute façon on est dans la fiction. Là pour quelques auteurs on pourrait citer Alex DuPrel, Marc Cizeron, Chantal Kerdilès, parmi tant d'autres. Ça représente une centaine de livres.

Donc la troisième catégorie ce sont les Polynésiens ?

Oui, les "autochtones", qui depuis une quarantaine d'années ont développé une littérature sur le pays, avec là aussi une centaine de livres publiés. Poésie, littérature, romans, essais, pièces de théâtre, tout y passe. C'est une littérature que l'on lit aujourd'hui essentiellement comme une littérature identitaire. Parce qu'elle est à la recherche d'une identité perdue, endeuillée, fantasmée, souhaitée, rêvée, etc. Là, les grands écrivains, c'est bien sûr Chantal Spitz, c'est Jean-Marc Pambrun, c'est Henri Hiro, c'est Moetai Brotherson, ce sont tous ces gens-là… Enfin il y en a plein d'autres. Un bon livre à recommander pour découvrir le genre, ce serait "Le bambou noir" de Jean-Marc Pambrun.

Quelle est la grande différence entre les écrivains nés à Tahiti et les autres ?

La principale différence est que pour les uns le français et la culture française est leur référence. Les écrivains polynésiens, eux, sont quand même enracinés dans l'univers polynésien et ils ont une vision du monde qui est polynésienne. Qu'ils soient Polynésiens de souche, demis et autres. Et les écrivains polynésiens ont souvent une langue cachée, la langue polynésienne, alors que pour les autres leur langue est uniquement le français. Donc on se rend bien compte qu'il y a une recherche stylistique chez des écrivains comme Chantal Spitz ou Flora Devatine, qui essayent d'écrire une langue qui soit à l'image de la rhétorique polynésienne.

Pourquoi les auteurs d'origine polynésienne n'émergent que depuis 40 ans ?

Alors là c'est une grande question que je pose dans le livre : 'pourquoi l'écrit ne s'est pas révélé plus tôt ?' Il y a tout un tas de raisons, que vous retrouverez dans le livre. D'abord une très faible population pendant très longtemps. Une aculturation peut-être pas suffisante pour écrire en français : en dehors de Papeete les langues polynésiennes restaient très vivantes. Il y a le fait que l'écriture n'est pas dans la culture polynésienne. Et puis il y a le fait que parler de soi, dévoiler son intimité, n'est pas toujours facile.

Donc ces nouveaux écrivains sont le fruit du métissage culturel entre Polynésiens et Européens, et ce serait pour ça qu'ils parlent autant d'identité ?

Oui, tout à fait. Et puis il y a une appropriation du pouvoir de l'écriture, et une reformulation. C’est-à-dire que ce que vont dire les Polynésiens de la société, de l'histoire ou autre, est une reformulation par rapport à leur vision des choses, et pas forcément la même que la vision des Européens.

Comment les différentes littératures s'opposent-elles ?

Je pense par exemple que le point de vue des écrivains polynésiens sur leur société est à l'envers du mythe, totalement, mais c'est aussi volontaire. Par exemple les écrivains des Samoa écrivent aussi contre le mythe des occidentaux. Les écrivains ont en général chacun un angle de vision de la société, mais chacun un différent. En ce moment les différentes catégories d'écrivains en Polynésie se regardent un peu en chien de faïence, parce que la littérature polynésienne se construit un peu contre la littérature occidentale parce qu'elle a besoin d'opérer un meurtre symbolique contre les grands auteurs occidentaux, Stevenson, Melville et les autres. Pour se construire il faut s'opposer et se créer un espace littéraire qui n'est pas celui que les autres occupaient avant.

Comment la littérature polynésienne va-t-elle évoluer ?

Elle va évoluer avec les mentalités des gens et l'évolution de la société. Si l'avenir demeure dans le statut quo actuel, d'un pays francophone et français, elle évoluera dans ce domaine-là. Si le pays devient indépendant, la littérature va forcément se trouver d'autres racines, parce que la littérature est toujours en lien avec la société dans laquelle elle évolue.

Rédigé par Jacques Franc de Ferrière le Jeudi 19 Novembre 2015 à 16:05 | Lu 1207 fois





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