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Fier.e.s, après le doc, l’expo


Tahiti, le 20 janvier 2025 - Le documentaire intitulé Fier.e.s, la voix du Pacifique de Raynald Mérienne, sélectionné en compétition au Festival international du film océanien, est assorti d’une exposition de photographies qui démarrera début février à la Brasserie Hoa. L’événement qui durera un mois permet de porter le message du film au-delà des salles.
 
C’est la photographe Cartouche qui a réalisé les 23 portraits qui seront présentés à la Brasserie Hoa pendant le mois de février. Cette exposition est une extension du documentaire Fier.e.s, la voix du Pacifique du réalisateur Raynal Mérienne. Films et clichés invitent d’une seule voix le public à plus de tolérance. L’idée est de dire qu’il n’y a pas de débat, les personnes trans et celles qui naviguent entre différentes identités existent, font partie de notre société. On doit aller au-delà de la tolérance. On parle d’acceptance”, explique la photographe. Contactée par le réalisateur en fin d’année 2023, elle a suivi le tournage et apporter sa sensibilité et sa vision au projet.
 
“Je me rappelle très bien : j’ai reçu un message de Raynald un soir, tard. Il me donnait rendez-vous pour un échange téléphonique”, rapporte Cartouche, choisie parmi plus de 200 photographes polynésiens.
 
“Je suis une femme LGBT, et je l’assume”
 
Cartouche Louise-Michèle est une artiste pluridisciplinaire de 27 ans. Elle a grandi sur l'île de Tahiti. Après le lycée, elle est partie en région parisienne où elle a vécu 6 ans. Ouvertement queer, se promenant librement dans son identité de genre, elle s’est rapprochée de la communauté LGBTQIA+ et des groupes militants féministes intersectionnels. “Lors de notre premier échange Raynald m’a dit vouloir travailler avec quelqu’un qui n’était pas seulement sensible au sujet, mais qui était vraiment impliquée. Je suis une femme LGBT, et je l’assume. Nous ne sommes pas nombreuses dans ce cas en Polynésie.”
 
En métropole, Cartouche a donné une nouvelle tournure a son travail photographique. Mettant en lumière les membres de la communauté, elle crée des images dans un but éducatif et militant, montrant la beauté dans le non conventionnel. De retour en Polynésie en 2021, elle a transposé les connaissances acquises à l'étranger aux situations locales. Elle s'est intéressée plus profondément à l'impact de la colonisation sur la population polynésienne. “De nombreux textes le confirment, ce sont bien les Européens qui, en arrivant, ont diabolisé les différentes identités, mis un terme à la liberté de genres et de rôles.”
 
En 2022, elle a cofondé le collectif artistique Feruri Nō Ananahi. Treize créatifs se sont réunis pour créer l'exposition Te Vahine, la déconstruction du mythe. “J’ai choisi, à cette occasion de présenter un travail sur les LGBT, les lesbiennes et les trans. Raynald est tombé dessus.” Et c’est ce qui l’a mis sur la piste de Cartouche. “Quand il m’a contacté, j’ai été profondément touchée, sans me rendre du compte de ce que cela impliquait.” Elle était embarqué dans le projet après le premier appel téléphonique.
 
“J’ai eu le privilège d’avoir carte blanche”
 
Cartouche participé au tournage en mars 2024. “J’ai eu le privilège d’avoir carte blanche, une liberté totale quant à la direction artistique.” Elle a choisi les éclairages et le setup du studio où elle a réalisé les portraits et qui a servi également à des prises de vue du film. Le setup étant le résultat du choix de la pièce, de la couleur des murs, de l’arrière-plan, l’éclairage, les réflecteurs…
 
Elle a travaillé comme à son habitude, invitant ses modèles à venir “comme ils sont”. Elle n’impose rien, demande à chacun.e de se présenter comme il ou elle se sent bien. “Je montre la beauté des gens tels qu’ils sont.” Au total, elle a photographié une quarantaine de personnes. Vingt-trois clichés seront exposés en février.
 
Combat en cours
 
L’exposition Fier.e.s est un prolongement du combat de Cartouche qu’elle diffuse à travers des œuvres volontairement “subversives”. Elle prône “la diversité des corps et des visages”, montre “la beauté dans le non conventionnel”. Adepte de la déconstruction du genre et de la désexualisation des corps, elle veut que “les âmes qui le contemplent, puissent au moins éprouver une émotion”.
 
L’acceptation de la diffrence lui tient particulièrement à cœur. Ses images sont teintées de ce qu’elle aime appeler le “Queer Gaze”, une démarche artistique qui met en lumière le poids de l’hétéronormativité, très présente dans notre structure sociale, en pointant du doigt ses dysfonctionnements qui mettent à mal les minorités de genres, d’orientations romantiques ou sexuelles tout en célébrant ces identités.
 
“Travailler sur ce projet a été pour moi l’opportunité de faire fleurir les bourgeons de longues années de recherche artistique, personnelle et militante. Elle précise : “Mon intention n’est pas de traiter ce propos comme une curiosité, mais bien de normaliser sa présence dans l’espace public et de conduire à l’acceptation de la dfférence au sein d’une même population. Les portraits ne sont pas provocants, ils sont “simples mais puissants dans leur humanité, car spontanés”.
 
Le projet d’exposition est né en même temps que le film. Il va donner une autre dimension aux 52 minutes projetées en salle. “D’abord parce qu’en 52 minutes, on ne peut pas parler de toute le monde.” En plus, une exposition multiplie les accès. D’autres expositions sont prévues pour dévoiler la quarantaine de portraits. Il est question, depuis le début, de mettre en place une exposition urbaine itinérante en Polynésie mais également en métropole voire dans les pays où sera présenté le documentaire. L’aventure continue.

Pratique

Du 4 février au 3 mars à la Brasserie Hoa.
Entrée libre, en présence de celles et ceux qui ont participé au tournage.
Le vernissage aura lieu le mercredi 5 février à partir de 17 heures.
Le documentaire sera projeté le mardi 4 février à 17h30 et le mercredi 6 à 13h au Grand théâtre suivi d’une session de 30 minutes d’échange avec l’équipe du film à partir de13h54.
 
 

Rédigé par Delphine Barrais le Lundi 20 Janvier 2025 à 19:47 | Lu 1627 fois